Jardin – Trop tôt, la nature a été piégée. Notre société aseptisée ne supporte plus le moindre aléas en oubliant que d’autres, plus graves, sont à venir.

 Médiapart 05/02/ 2012 Par Claude-Marie Vadrot
Rude fin d’hiver et réchauffement climatique au jardin
Les nouveaux hivers tardifs représentent une menace permanente et nouvelle sur le milieu naturel et l’agriculture.
 Il fait froid. C’est indéniable, et les médias s’enflamment. Même si en consultant les relevés des dernières années il est facile de constater que des températures basses du même ordre de grandeur ont été mesurées, avec ou sans neige. Mais trop de journalistes, pris au piège de l’instantanéité, ont de moins en moins de mémoire et transforment quelques centimètres de neige et le verglas en catastrophe nationale. De plus il y aura toujours quelques imbéciles ou objecteurs de climat pour aller raconter allègrement aux journaux de 20 heures qu’ils y voient la preuve que les modifications du climat sont une fable.
Les jardiniers savent bien, comme les climatologues, que la réalité est différente et ne confondent pas modifications climatiques et disparition des hivers. Les jardiniers savent aussi ce que je constate dans mon jardin : les narcisses, le perce-neiges, les iris à bulbes, les crocus sont en fleurs sous quelques centimètres de neige, hampes pendantes sous le gel.
 Ils constatent aussi que les bourgeons des pêchers, des pêchers, des abricotiers et des pruniers étaient déjà très gonflés laissant parfois déjà apparaître depuis quelques jours des pointes de couleurs. Trop tôt, la nature a été une fois de plus piégée. Une conséquence des modifications climatiques qu’annonce de Groupement International pour l’Etude du Climat qui travaille sur cette question depuis 1988. La récurrence des automnes et surtout des hivers doux, comme celle constatée en mon jardin de Loire n’implique pas la disparition des grands froids.
Bien au contraire. Il les rend de plus en plus dangereux. Les journalistes des villes ne le savent pas, ne veulent pas le savoir, se bornant à aligner le nombre des voitures dont les conducteurs ne savent plus conduire sur quelques flocons de neige et s’en prennent aux services publics qui seraient incapables de les protéger. Notre société aseptisée ne supporte plus le moindre aléas en oubliant que d’autres, plus graves, sont à venir. 
 Une Grande aigrette a capturé un poisson sur un étang pris par la glace
Les nouveaux hivers tardifs représentent une menace permanente et nouvelle sur le milieu naturel et l’agriculture. Les hérissons qui batifolaient dans mon jardin la semaine dernière ont regagné leurs abris de branchages et de feuilles pour dormir encore un peu ; et les fouines se sont rendormies au grenier. Tout comme les ours qui ont regagné prestement leurs tanières d’hivernage.

Sur les bords de la Loire qui charrie de la glace, quelques aigrettes cherchent en vain de la nourriture et s’épuisent. Les oiseaux, qui ne lisent pas les livres des climatosceptiques, ont cru à l’arrivée du printemps. Ils sont revenus en avance, avec beaucoup d’avance, de cieux plus cléments et ils ne trouvent plus de nourriture, les granivores comme les insectivores. L’aide que je leur apporte pour compenser, ne les sauvera pas tous car ils ne peuvent pas repartir vers un climat doux lointain au terme de leur migration avancée. D’autant plus qu’ils sont nombreux, trop nombreux, à être à la recherche d’une flaque d’eau leur offrant de quoi boire. Que va-t-il rester des fleurs fruitières en devenir brusquement congelées après avoir été gorgées d’eau et de soleil?
Il est à craindre que beaucoup se dessèchent et tombent, diminuant fortement les récoltes. Dans le centre de la France comme au Sud. Il est là le danger : au jardin comme dans les grands vergers où un traitement chimique de plus, ne leur rendra pas miraculeusement de la vigueur aux bourgeons abîmés. Les variations climatiques sont une menace de plus en plus précise contre la production agricole. Et il n’y a rien à faire. Sauf à agir pour mettre un frein aux émissions de gaz à effet de serre.
Les serres en plastique sauveront les salades, la mâche et quelques navets. Mais pour les arbres fruitiers, il n’existe guère de remèdes, pour l’amateur comme pour le professionnel. Et tous ceux qui comptent sur leurs jardins pour survivre, pour faire face à la crise, n’ont rien pu faire. Parce que depuis des années, les climatosceptiques battent les estrades en répétant que les écologistes et les amoureux de la nature ne sont que des catastrophistes professionnels. Parce que, soulagés par les nouveaux prophètes du bonheur du développement sans fin, les politiques, tous les politiques, sont trop heureux de les écouter et de ne rien faire
Le soleil illumine mon jardin glacé pris au piège des modifications climatiques, et je ne peux rien faire pour la flore et la faune. Ni sauver les abeilles mortes et tous les insectes qui avaient cru au printemps. 
Une abeille naissante morte de froid

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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