Les Russes ont atteint le mystérieux lac sous-glaciaire Vostok

Notre-planète.info – 10 février 2012 – Christophe Magdeleine
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Lac sous-glaciaire Vostok décelé par satellite
 
L’épopée antarctique des chercheurs russes qui sont parvenus, au terme de plus de 20 ans de forage, à atteindre le célèbre lac Vostok, enfoui sous quatre kilomètres de glace dans l’Antarctique, a suscité de vives réactions au sein de la communauté scientifique internationale.
Le forage a débuté dans la région de la station Vostok(1) dans les années 1970, l’existence du lac n’était pas encore connue. En 1996, les chercheurs russes, en coopération avec leurs collègues britanniques, ont découvert, caché sous une très épaisse calotte glaciaire, le plus important lac sous-glaciaire terrestre : celui-ci constitue une des plus grosses réserves d’eau douce de la planète.
Le lac Vostok est plus grand que celui d’Onega (Carélie) et rappelle par ses contours le lac Baïkal. Il contient au moins 5 400 km cubes d’eau totalement pure et mesure 250 km de long sur 50 km de large. Séparé en deux par une ride, il atteint 800 mètres de profondeur d’un côté, 400 m de l’autre.
Son âge est estimé à environ 14 millions d’années, ce qui correspond à l’âge de la glace qui le recouvre, tandis que l’eau qu’il contient aurait entre 500 000 et 1 million d’années.
Un forage tumultueux
En 1998 le forage a été suspendu au moment où il ne restait que 130 mètres à parcourir avant d’atteindre les eaux du lac. En effet, la communauté internationale a réclamé la mise au point d’une technologie spéciale permettant de réduire au minimum une éventuelle pollution des eaux du lac.
En 2000, les chercheurs russes ont mis au point une technologie de forage excluant toute pollution du lac. Les pays membres du Traité sur l’Antarctique ont exigé des tests de cette technologie, estimant qu’elle n’était pas suffisamment fiable du point de vue écologique.
C’est un hasard qui a permis de débloquer la situation : en 2004, des glaciologues danois ont foré un puits dans la partie nord du Groenland en se servant d’une technique pratiquement identique à celle proposée par les chercheurs russes. Il s’est avéré que seuls les dix premiers centimètres du puits de forage étaient pollués, le reste étant stérile. En 2006, la station a été remise en état et les travaux de forage ont repris.
Finalement, au bout de 30 ans de travaux de forage, les chercheurs russes ont atteint la surface du lac Vostok, a annoncé lundi à RIA Novosti une source proche des milieux scientifiques. Une véritable course contre la montre s’est engagée pour achever ce forage avant que le brutal et rigoureux hiver Antarctique mette fin temporairement aux opérations. En effet, il fait déjà -45°C en Antarctique, le continent le plus froid de la Terre.
« A la station Vostok en Antarctique, nos chercheurs ont achevé un forage de 3 768 mètres et atteint la surface du lac subglaciaire« , a indiqué l’interlocuteur de l’agence, le 6 février 2012, sans toutefois donner plus de précisions.
Les chercheurs russes envisagent d’atteindre le fond du lac Vostok au cours des années 2013-2014, a annoncé jeudi 9 février à RIA Novosti Sergueï Boulat, spécialiste de l’Institut de physique nucléaire de Saint-Pétersbourg. M.Boulat indique que la profondeur de l’eau au-dessous du trou de forage est estimée à 600-700 mètres.
Une attente scientifique forte : des changements climatiques à la vie extra-terrestre
« Il n’y a aucun autre endroit sur Terre qui a été isolé pendant plus de 20 millions d’années« , a déclaré Lev Savatyugin, un chercheur de la mission. « C’est une rencontre avec l’inconnu.« 
D’après le professeur Martin Siegert de l’Université d’Edimbourg (Ecosse), il s’agit d’une « performance majeure pour les Russes qui travaillent depuis des années sur ce projet« , bien que ce dernier « n’ait délivré pour le moment aucune donnée scientifique« .
Remonter les archives du climat passé
Selon le porte-parole de l’Institut russe de recherche scientifique pour l’Arctique et l’Antarctique Sergueï Lessenkov, l’achèvement des travaux de forage doit notamment permettre de réaliser « une étude scientifique fondamentale » sur les changements climatiques. En effet, l’analyse de l’eau du lac Vostok devrait permettre aux spécialistes d’établir un scénario des changements climatiques naturels pour les prochains millénaires.
Un laboratoire terrestre pour trouver de la vie sur d’autres planètes
L’étude de cet immense plan d’eau devrait également permettre de tirer d’importantes conclusions sur l’existence de vie sur d’autres planètes, dont la lune de Jupiter Europe, qui possède elle aussi un océan sous-glaciaire.
« Le forage de Vostok peut devenir intéressant pour tester de l’instrumentation, celle qui sera peut-être envoyée un jour vers Europe par exemple« , note Frances Westall du Centre de biophysique moléculaire d’Orléans. En effet, « la difficulté pour forer la croûte de glace d’Europe et atteindre son océan est comparable« , explique l’exobiologiste François Raulin, du Lisa (Laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques, CNRS).
A la recherche de formes de vie inconnues
Le glaciologue français Jean Jouzel, cité par le Figaro, parle d' »une question de prestige national » et fait part de ses inquiétudes concernant les techniques utilisées lors de la dernière étape du forage, évoquant le risque de contaminer le lac avec des bactéries de la surface. Il est à souligner que l’eau du lac a été préservée de tout contact avec l’atmosphère depuis au moins 500 000 ans.
Ce lac pourrait contenir des formes de vie inconnues à ce jour mais il n’est pas à exclure que les couches supérieures du lac soient stériles, tandis que des microbes fossiles ou leurs traces puissent être trouvés dans les profondeurs du lac. En effet, l’examen de la carotte de glace a démontré qu’il n’y avait que 2 ou 3 cellules par millilitre d’eau, ces cellules ayant pu s’infiltrer lors du transport de l’échantillon au laboratoire.
Selon l’expert russe, une carotte de glace extraite du lac sera transportée à Saint-Pétersbourg en mai 2013. Toutefois, cet échantillon pourrait ne pas fournir de preuves permettant de confirmer l’existence d’une vie dans le lac. « Cet échantillon (…) pourrait ne contenir aucune bactérie, étant donné qu’il sera pris de la surface« , a indiqué M.Boulat. D’après le chercheur, si le lac Vostok contient des formes de vie inconnues à ce jour, elles pourraient être découvertes dans des couches d’eau plus profondes.

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