2012 – Patrick Weil – Du neuf pas cher : Les auteurs de l’ouvrage font de la restauration de la « confiance » l’objectif central du prochain quinquennat

Livre du jour Le Monde

« 80 propositions qui ne coûtent pas 80 milliards », sous la direction de Patrick Weil

L’art naît de contrainte et meurt de liberté, disait André Gide. Il peut en aller de même avec les programmes politiques.
Pour s’en convaincre, il faut lire cet ouvrage collectif dont le titre montre que l’on peut intégrer l’impératif de rigueur sans pour autant renoncer à changer le cours des choses : 80 propositions qui ne coûtent pas 80 milliards.
A l’origine du projet, un groupe essentiellement composé de chercheurs et de hauts fonctionnaires, mais ouvert à d’autres, avocats, journalistes, banquiers. Ils se sont réunis pour la première fois le 6 mai 2009, et, puisqu’ils n’ont pas trouvé mieux à l’époque, se sont donné un nom : le « Club du 6 mai ». Sans réaliser que ce choix les liait opportunément au calendrier politique, puisque c’est le 6 mai 2007 que Nicolas Sarkozy a été élu président de la République et que c’est le 6 mai 2012 que les électeurs diront qui ils veulent placer à la tête de l’Etat pour le prochain quinquennat.
Disons-le d’emblée : le « Club du 6 mai » n’est pas une officine sarkozyste. C’est même tout le contraire. « Les cinq dernières années n’ont pas été bénéfiques pour la France, c’est un euphémisme », écrit Patrick Weil, le coordinateur de l’ouvrage, dans l’introduction. Ancien militant socialiste, cet historien réputé pour ses travaux sur l’immigration précise toutefois que son « club » ne roule pour aucun candidat. « Nous avons reçu Eva Joly et François Hollande, mais nous aurions pu en inviter d’autres. Notre idée est de nourrir le débat sans sectarisme, disons de Mélenchon à Bayrou », explique au Monde Patrick Weil.
Si le « club » ne s’interdit pas d’accueillir des personnalités extérieures, ce cas de figure n’est pas le plus fréquent. « Notre modèle de travail, c’est celui du faculty seminar des universités américaines, confie Patrick Weil, qui a pu, comme professeur invité à la faculté de droit de Yale, participer à de tels conclaves. L’idée est qu’un spécialiste planche sur un sujet puis confronte ses idées avec des non-spécialistes venus d’horizons divers. Ce type de discussion est souvent très fécond. »
Convaincus que Nicolas Sarkozy a « introduit le despotisme au sein de la République » et alimenté « la méfiance entre les Français en usant de mots qui divisent », les auteurs de l’ouvrage font de la restauration de la « confiance » l’objectif central du prochain quinquennat. Cela peut se jouer sur le terrain institutionnel, à travers, par exemple, l’élection du Sénat au suffrage universel direct et à la proportionnelle, ce qui aurait pour vertu de diversifier la représentation nationale sans pour autant rendre le pays ingouvernable, puisque l’avis des députés continuerait de prévaloir en cas de désaccord persistant entre les deux Chambres. Autre idée : rompre avec la concomitance des scrutins présidentiel et législatif – un décalage qui pourrait permettre de rééquilibrer les pouvoirs.
Il s’agit bien là, on le voit, d’idées qui ne coûtent pas des milliards. Certaines, même, peuvent rapporter beaucoup, tel cet impôt international sur les citoyens les plus fortunés du monde, qui, non conditionné à leur nationalité, réduirait l’attractivité des paradis fiscaux…
Froidement techniques pour certaines, présentant un parfum d’utopie pour d’autres, parfois timides, audacieuses souvent, ces propositions ont un point commun : rappeler que les contraintes budgétaires, si pesantes soient-elles, ne sont pas une excuse pour se résigner à l’immobilisme.
80 PROPOSITIONS QUI NE COÛTENT PAS 80 MILLIARDS. Sous la direction de Patrick Weil. Grasset, 334 pages, 19 euros.
Thomas Wieder
 Edition du 14.02.12
 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Politique, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.