L’œuvre exceptionnelle de Jean Renoir sortie en 1937 : « La grande illusion » restaurée

.La Dépêche  le 19/02/2012 08:50 | Gilles-R. Souillés

Comment Toulouse a sauvé « La grande illusion »

L’équipe du film, considéré comme l’un des dix meilleurs de tous les temps./Photo Cinémathèque
 C’est un (beau) scénario comme seul le cinéma peut en inventer. L’histoire singulière d’une « Grande illusion ». D’un film sur la guerre de14-18, pris à son tour dans les tourments du réel, et de ses résurrections.
 Pierre Fresnay Erich van Stroheim
Longtemps, les spécialistes s du 7e art ont cru que cette œuvre de Jean Renoir, sortie pour la première fois sur les écrans en 1937, primée au festival de Venise, puis interdite par la censure, avait disparu corps et biens. Avant qu’elle ne réapparaisse miraculeusement dans les années 1970… à la cinémathèque de Toulouse
« On a perdu la trace du négatif original pendant la seconde guerre mondiale, explique Christophe Gauthier, le conservateur. En fait, il a été récupéré par les Allemands en 1940 et ramené à Berlin au Reichfilmarchiv. À la libération, le bâtiment s’est retrouvé en zone soviétique et les Russes l’ont rapatrié à Moscou au Gosfilmofond ». La suite ? L’histoire d’une amitié entre Raymond Bordes, le fondateur de la cinémathèque de Toulouse,et son homologue moscovite, qui lui restitue finalement le négatif caméra de « La grande illusion ».
C’est à partir de ce négatif unique que vient d’être réalisée une restauration numérique du film dans un laboratoire de Bologne, en Italie, à la demande de Studio Canal, qui voulait le ressortir en salle. La cinémathèque de Toulouse a suivi de près chaque étape de ce travail de précision.
« Des passages redevenus audibles »
« La première restauration de 1997 était déjà remarquable, note Christophe Gauthier, mais avec les techniques de l’époque. Le numérique donne une qualité de son et d’image inégalable. On peut tout faire, y compris de la 3D, si on l’avait voulu ». Mais son souci était justement « de ne pas aller trop loin, pour ne pas trahir les intentions initiales » de Jean Renoir et « garder la patine originale ».Son et image ont été scannés pour reprendre les imperfections et les dégradations dues aux outrages des années. « Nous avons aujourd’hui des passages redevenus audibles, alors qu’ils ne l’étaient plus », s’enthousiasme Christophe Gauthier.
Une dernière renaissance saisissante du film, dans sa version de 1958. « C’est à ce moment-là qu’il a été reconstitué dans son intégralité, précise le conservateur. Dans sa première version de 1937, l’allusion aux maladies vénériennes des soldats français avait été supprimée. Et en 1946, c’est la relation amoureuse entre Jean Gabin et une Allemande qui avait été coupée ». Jugée trop scandaleuse.

Jean Gabin Pierre Fresnay
Mais les temps ont changé. Pas le message de Jean Renoir qui nous parle encore de fraternisation, d’honneur et d’amour, au cœur des absurdités de la guerre. Un chef-d’œuvre porté par d’immenses acteurs à redécouvrir incessamment à Toulouse en clôture du festival « Zoom arrière », le samedi 17 mars.
En avant première. Numérique ou pas, le génie ne vieillit pas.
Le chiffre : 2 – restaurations > Film. La version numérique réalisée aujourd’hui par Studio Canal est la deuxième restauration du film de Renoir. Une première restauration avait été réalisée en 1997, mais avec une technique analogique. C’est la cinquième version du film en comptant celles de 1937,1946 et 1958. 
 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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