Juste un mot – Considération par Didier Pourquery

  Le Monde du 20/02/2012
Voilà un mot qu’aime bien le candidat  Hollande. Ou ses conseillers… Fait-il partie d’éléments de langage soigneusement concoctés ? Vient-il naturellement dans la bouche du candidat ? Dans ces campagnes à la communication fabriquée, on a du mal à se prononcer. Reste que François Hollande utilise souvent le mot « considération ».
Lors de ses voeux au peuple, il a même parlé de « considération et respect » à propos des Français. Depuis, il a appliqué ces expressions à plusieurs publics ; notamment pour dire que les professeurs, eux aussi, y ont droit (à la considération, au respect).
Le respect, on connaît. Depuis les années SOS-Racisme et ses fameux « potes », on nous l’a servi sur tous les tons, comme une trouvaille extraordinaire. Au fait, le respect ne serait-il pas la base même de la démocratie ? Son plus petit commun dénominateur ?
 A croire que cela n’était pas évident. J’te respecte, tu m’respectes. Les années Sarkozy ont montré qu’il n’était pas inutile d’insister à nouveau sur cette injonction tant le président lui-même, de la dalle d’Argenteuil au Salon de l’agriculture, paraissait souvent l’oublier.
La considération, c’est une autre affaire. Le verbe « considérer » désigne l’attention que l’on porte à une chose, à un sujet, à une question, mais aussi l’estime que l’on manifeste pour quelqu’un. Notez le glissement : on regarde avec attention, on observe de près, puis on apprécie. Les considérations sont aussi des propos libres, des notes.
En ce sens, le mot a un goût suranné dû sans doute aux Considérations inactuelles de Nietzsche. Denis Tillinac publie cette semaine (chez Plon) un essai dont le titre reprend à l’identique celui de l’ancêtre Friedrich Wilhelm. Ces nouvelles Considérations inactuelles se veulent – selon le bandeau – « scandaleusement antimoderne ». Ecrites à la façon des Nourritures terrestres, elles mêlent observations, saillies et conseils à la jeunesse ; le tout joyeusement réactionnaire et goûteux comme une pièce de boeuf et son aligot de l’Aubrac.
Restons dans la Corrèze de Tillinac et revenons à Hollande, à sa considération et à son respect pour les gens. En juillet 2011, au lendemain de la primaire des Verts, il nous a aidés à bien faire la différence quand il a déclaré : « J’ai du respect pour Eva Joly, elle a gagné, elle aura à travailler avec nous, mais j’ai aussi de la considération pour Nicolas Hulot. » Respect pour le vainqueur, considération pour le vaincu. N’y aurait-il pas un peu de condescendance dans cette considération ?
Rappelons-nous le « je vous prie d’agréer l’expression de ma considération distinguée » des fins de lettre à la française. Politique et politesse utilisent parfois les mêmes mots. C’est de la communication, après tout. Or, l’étiquette est très claire là-dessus : seul un supérieur parle de « considération distinguée » ; dans une position subordonnée, on offre ses « salutations respectueuses ». En parlant de considération, le candidat Hollande s’entraînerait-il à la distance souriante et glacée qu’affectionnait Mitterrand président ? C’est à considérer

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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