Lejaby – Interview à Rilleux-la-Pape après la reprise de 193 salariés : l’amertune des collègues licenciées et l’appel au secours

 Nouvel Obs 25/02/2012 Par Celine Rastello journaliste

Lejaby : « L’appel au secours » des « oubliées »

 Nicole Mendez, 59 ans, « reprise » à Rillieux-la-Pape (Rhône), veille à garder le contact avec ses 133 collègues licenciées. Interview.
133 licenciements sur 326 : le couperet est tombé « du jour au lendemain » pour les Lejaby de Rillieux-la-Pape (Rhône), quand, le 18 janvier, le tribunal de commerce de Lyon a annoncé la reprise de 193 de ses salariés et la fermeture du site d’Yssingeaux.
Début février, après une promesse de Nicolas Sarkozy, le site d’Yssingeaux (Haute-Loire), menacé de fermeture, a été repris par un sous-traitant de LVMH. Et les autres ?
Près de 200 personnes avaient déjà été licenciées suite au plan social, en 2010, qui a frappé les ateliers de Bourg-en-Bresse, Bellegarde (Ain) et Le Teil (Ardèche). Les salariées de l’atelier de coupe de Rillieux, quant à elles, ont reçu leur lettre de licenciement il y a quelques jours.

 Nicole Mendez, déléguée CFDT Lejaby Rillieux-la-Pape (Richard Mouillaud / MaxPPP)
« Le Nouvel Observateur » a interrogé Nicole Mendez, 59 ans, salariée de l’atelier de Rillieux-la-Pape depuis 1974 et déléguée CFDT. Elle fait partie des « repris ».
Avez-vous des nouvelles des personnes licenciées ?
– Les licenciements ont été annoncés comme ça, du jour au lendemain. Quand ils l’ont appris, les salariés, qui pour la plupart avaient une grande ancienneté, certains jusqu’à 30 ans, sont d’abord rentrés chez eux et se sont terrés, effondrés. Dans la mesure où certains ont été repris, il n’y a pas eu de rapport de force. Les dés étaient jetés. On veille, depuis, à garder le contact, car il est essentiel de maintenir le lien.
De quelle manière y parvenez-vous ?
– On fait surtout des chaînes téléphoniques : une appelle l’autre pour prendre des nouvelles, et celle-ci en appelle une autre… Il serait impossible de les voir tous régulièrement et ça nous permet de contacter tout le monde. Certaines viennent nous voir pour qu’on les aide à remplir leurs papiers de CSP (Contrat de sécurisation professionnelle), pour celles qui l’ont choisi. D’autres ont des questions sur le cabinet PBC, en charge du reclassement. Depuis le jour du licenciement, une cellule psychologique est en place. Les gens peuvent s’exprimer et ils le font. Comme on les connaît, on suit plus particulièrement les personnes qu’on sait être les plus en difficultés : beaucoup de femmes seules, payées pas loin du SMIC. Pour garder le contact, toujours, on travaille aussi à l’organisation d’une réunion avec tous les oubliés de Lejaby. Elle devrait se tenir avant la fin du mois.
Quel est l’actuel état d’esprit des salariés de l’atelier de Rillieux-la-Pape ?
– Tout cela est tellement dommage. Le site de Rillieux a déjà connu un plan social en 2003. On était viscéralement attachés à cette entreprise, et on ne comprend pas ce qui lui arrive. On l’aime cette boîte, c’est tout. Après, on est toujours sous le coup de l’annonce des « pistes » de Laurent Wauquiez et du préfet de région. S’ils en ont eu pour Yssingeaux, nous estimons qu’ils peuvent en avoir pour les autres sites. Mais on n’a toujours aucune nouvelle. La préfecture du Rhône nous a dit à la mi-février qu’elle avait peut-être des « pistes » et qu’il fallait être patients. Mais ces « pistes » existent-elles seulement vraiment ? On est patients, peut-être un peu trop…
Des jalousies se sont-elles fait sentir au sein des salariés ?
– On aurait pu le craindre, mais non. Les filles ne sont pas jalouses, mais ressentent un profond sentiment d’injustice par rapport aux déclarations de Nicolas Sarkozy qui dit qu’il a « sauvé Lejaby. » On est comme une grande famille qui aurait perdu plusieurs de ses membres qui en sont des piliers. On aimerait s’organiser pour retrouver du travail pour ceux qui sont restés sur le carreau.
De quelle manière est perçue la reprise du site d’Yssingeaux ?
– On est contents pour eux, c’est certain. Mais ce n’est pas tout de faire un effet d’annonce, et personne n’est dupe : on est en période électorale. Cette façon de faire rend amers ceux et celles qui sont restés sur le carreau. Si c’est possible à un moment pour certains, pourquoi pas pour les autres ? Si c’est juste pour passer une élection et tout laisser tomber après, à quoi ça sert ? Les politiques, si on n’appartient pas au clocher, ils nous laissent tomber. Mais on ne gouverne pas un pays en ne regardant que son clocher. Cette façon de faire me donne mal au ventre. De manière générale, il est grand temps d’arrêter la casse des emplois sur le territoire. Je me bats depuis des années et me battrai encore. Nous lançons un appel au secours pour tous les salariés de Lejaby restés sur le carreau.
Qu’attendez-vous aujourd’hui du gouvernement ?
Honnêtement, plus grand-chose. La campagne est lancée, le président a passé son chemin. Un effet d’annonce avant une candidature et puis voilà. Ce n’est pas comme ça que je conçois la politique, à coup de scoops. Un bon politique devrait avoir une vision à long terme en écoutant ce qui se passe en bas. Toute la mandature de Nicolas Sarkozy est faite sur du scoop : un événement, une loi… Il gouverne la France comme un patron gère une entreprise, en se concentrant sur l’immédiat plutôt que le long terme. C’est sûr, c’est plus facile.

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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