Loin d’être proches

La Voix du Nord – lundi 20.02.2012 – Matthieu Verrier
La présidentielle, c’est la rencontre d’un homme avec un peuple. Cette mythologie gaullo-républicaine, mille fois ressassée, devient tarte à la crème lorsque le peuple reste un concept et la rencontre une incantation. Alors les candidats veulent du contact avec des « vrais Français ». Le président de la République l’a martelé dès son annonce de candidature, sur TF1.
 
Samedi, il inaugurait son QG de campagne dans « un quartier de classes moyennes », affirmait-il. « Moyenne supérieure », précisait l’allure des riverains. Le chef de l’État, venu à pied depuis son domicile, promettait d’essayer la plupart des restaurants et des commerçants des alentours. Qu’on se le dise, le président est descendu de son piédestal pour tâter le pouls des Français.
 
François Hollande, lui, a profité d’un week-end en Corrèze pour garder le contact avec sa ruralité. Mais comment nouer cette proximité tant désirée quand la machine médiatique reste collée aux basques du prétendant à l’Élysée ? Le candidat socialiste devrait se rendre aujourd’hui en banlieue. Aucune précision n’a été dévoilée. De peur d’ameuter micros et caméras. De peur de biaiser cette fameuse « rencontre d’un homme et d’un peuple ». Qu’on se le dise, l’énarque qui s’est illustré dans la conduite du PS a remporté une primaire populaire et reste en phase avec la normalité de ses concitoyens.
Le parcours d’un candidat à la présidentielle comporte des étapes obligatoires. Les sorties d’usine sont incontournables, comme la visite agricole. Le labourage du terrain n’est pas réservé aux seuls militants. Le champion doit aussi descendre des tribunes. Les électeurs veulent entendre la parole des politiques, pour connaître leurs propositions, leur personnalité, leur charisme. Mais ils veulent aussi être écoutés. Désirer autant qu’être désiré.
Jusqu’à l’élection, il faudra trouver un équilibre. Il est de bon ton de critiquer les médias qui, avides d’images, d’histoires et d’instantanéité, saturent l’espace et le temps des têtes d’affiche, aux dépends d’un contact direct.
La recherche de cette rencontre n’est pas nouvelle. Les initiatives de Valéry Giscard d’Estaing, s’invitant à déjeuner dans une famille ou conviant des éboueurs à l’Élysée, restent un modèle du genre. Toutefois, en politique, faire n’a pas de sens sans faire savoir. D’autant plus que les deux favoris ont besoin d’un nouveau souffle. François Hollande a déroulé. Il s’est présenté devant les Français au Bourget, Il a avancé ses propositions. Et après ? Une campagne est désormais un enchaînement de séquences et d’histoires qu’il faut renouveler très fréquemment. Le contact avec les Français en est un moyen.
Le président sortant, lui, se trouve devant la lourde tâche de faire oublier son « Casse-toi, pauvre con » et ses cordons de CRS qui entourent ses déplacements de chef d’État. À soixante-deux jours du scrutin, la rencontre entre un homme et un peuple n’appartient pas à la mythologie.
Juste à ce que les Américains appellent le storytelling, la construction de récit.

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