neuf-quinze – Campagne 2012 : Histoire de match

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 Sarkozy / Hollande : un match, vraiment ?

 09h15 – C’est tout de même un jeu avec de drôles de règles, cette campagne. Ainsi, Arnaud Leparmentier, du Monde, explique(1) que Sarkozy a passé une semaine catastrophique (note de blog que repompait mot pour mot le journal de 8 heures de France Inter). C’est possible, c’est même probable, mais examinons les éléments avancés par notre confrère du Monde. Cette semaine serait catastrophique pour le sortant, parce qu’il a perdu un point dans un sondage d’intentions de vote au premier tour, tandis que Hollande en gagnait un. Bien. Avec cette petite perte et ce petit gain, notons qu’on reste largement au-dessous de la marge d’erreur des sondages, ce qui est de nature à relativiser la catastrophe, mais passons.
La semaine sarkozyenne serait en outre catastrophique, parce que Hollande a réussi à confisquer le débat de la semaine, avec sa fameuse proposition des 75%, celle qui va conduire Jean Dujardin à s’expatrier en Suisse, et reconvertir le Parc des princes en champ de luzerne (2). Autrement dit, selon Leparmentier, il suffit de sortir de son chapeau une proposition fracassante, indépendamment de toute considération sur son efficacité ou sa faisabilité, et au prix d’une incohérence totale (3) avec ses discours passés, pour remporter la manche de la semaine. C’est reconnaître à quel point le match n’est pas un match de projets, de cohérences de personnes, mais un match d’occupation d’espace médiatique. Quand on y réfléchit bien, ce n’est pas très gai, quel que soit par ailleurs le résultat du match.
Si l’on tente, en dépit de l’heure matinale, d’approfondir encore la réflexion, le meilleur allié de chaque camp, dans ce match pour les colonnes de journaux et les minutes d’antenne, est la surréaction effarée du camp d’en face. Plus vif sera l’effroi promotionnel de l’adversaire, plus sûre sera la victoire. Si ce sont bien les règles de la partie, alors soyons cohérents, et reconnaissons que Sarkozy a in extremis sauvé sa semaine en accusant Hollande de mijoter une « épuration » des policiers et des magistrats, ce qui amène la presse de gauche à condamner son énervement, son dérapage, etc. Retranché dans son bar de Bayonne, il a magnifiquement retourné la partie. Bravo !
A notre confrère du Monde, glissons une autre lecture de ce qui se passe. Si Sarkozy est aujourd’hui en très mauvaise posture, ce n’est pas à cause du Fouquet’s, ni du Paloma, ni des Rolex, ni des défaites d’étape que commentent brillamment les journalistes politiques. C’est tout simplement parce qu’il est le sortant et que son bilan économique est mauvais. Depuis de Gaulle en 1965, ce qui ne nous rajeunit pas, aucun sortant n’a jamais gagné la présidentielle (Giscard a perdu, Mitterrand et Chirac ont été réélus après des cohabitations). C’est évidemment moins amusant pour les commentateurs de matchs, ça tue le suspense, et j’ai bien conscience que cela troublera jusque dans nos forums, aussi me contentai-je de suggérer à mi-voix cette explication rabat-joie. Quoiqu’il en soit, suite du match la semaine prochaine.
1) http://elysee.blog.lemonde.fr/2012/03/01/serie-noire-pour-sarkozy-qui-decroche-face-a-hollande-selon-lifop/
(2) http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=4733
(3) http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php#13309
 Daniel Schneidermann
 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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