L’ingérence innacceptable : « Le scandale de la nomination d’un ami du président » – Les multiples casquettes du Pr Juvin nommé à l’hôpital Pompidou.

Le Monde | 29.02.12

La nomination du Pr Juvin aux urgences de l’hôpital Pompidou crée une polémique.Des médecins dénoncent un choix politique.

Peut-on être à la fois chef des urgences d’un mastodonte, l’Hôpital européen Georges- Pompidou (HEGP) à Paris, secrétaire national de l’UMP, député européen et maire de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine) ? Pour l’intéressé, le Pr Philippe Juvin, oui. Pour certains de ses confrères, absolument pas. La polémique est montée d’un cran, lundi 27 février, à la suite de la nomination du Pr Juvin, vendredi, à la tête des urgences de l’HEGP, alors que le départ de son prédécesseur était prévu en novembre.
Dans une lettre ouverte adressée à Mireille Faugère, la directrice générale de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), à laquelle appartient l’HEGP, André Grimaldi et Bernard Granger, responsables du Mouvement de défense de l’hôpital public, Pierre Faraggi et Bruno Devergie, de la Confédération des praticiens hospitaliers et Christophe Prudhomme, médecin urgentiste (CGT), demandent que « cesse cette situation ». Une démarche accompagnée d’une demande au ministre de la santé Xavier Bertrand que soit diligentée une enquête de l’inspection générale des affaires sociales sur cette nomination.
Le ton du courrier est particulièrement violent. Les détracteurs de l’ex-chef des urgences de l’hôpital Beaujon, à Clichy (Hauts-de-Seine) y dénoncent des « anomalies » dans la procédure, et s’agacent des multiples casquettes du Pr Juvin. « Nous sommes devant un cas d’emploi en grande partie fictif », écrivent-ils, estimant qu’« il (lui) est matériellement impossible d’exercer à temps plein son emploi hospitalo-universitaire pour lequel il est pourtant rémunéré à taux plein ».
« INGÉRENCE INACCEPTABLE »
L’approche de l’élection présidentielle n’est pas étrangère à la polémique. Dénonçant une « ingérence inacceptable », la Confédération des praticiens hospitaliers réclame que le changement de chef des urgences de l’HEGP n’intervienne qu’en novembre, au terme du mandat du prédécesseur du Pr Juvin. La CGT, la semaine dernière, avait déjà pointé « le scandale de la nomination d’un ami du président », voyant dans cette décision un « nouvel exemple de la « République des copains » ». « Si le fonctionnement actuel de l’université et du secteur hospitalier permet ce genre de situations, il démontre que des changements deviennent nécessaires et urgents », estimait-elle.
Philippe Juvin dit « tomber de l’armoire », et renvoie les attaques politiques à ses accusateurs : « On me fait payer le fait d’être de droite. Si j’étais de gauche, on n’y aurait pas vu de problème. » Concernant le cumul d’activités, il répond : « C’est le cas de nombreux médecins qui ont des responsabilités syndicales, politiques ou associatives, y compris parmi ceux qui m’attaquent. »
« J’ai fait mes preuves à l’hôpital Beaujon où j’ai amélioré les délais de prise en charge aux urgences (alors que j’exerçais déjà des responsabilités politiques), et j’ai été sélectionné parmi trois candidats dans le cadre d’une procédure très stricte qui a duré deux ans », plaide-t-il, ajoutant que le comité médical local a décidé de son arrivée dès à présent sur des bases « strictement professionnelles et au vu des besoins du service ». Sa mission sera de raccourcir les délais d’attente des urgences. Il promet des résultats mesurables d’ici un an.
La direction de l’AP-HP dément toute anomalie de procédure, affirmant que le processus a été « conforme au règlement intérieur ». Elle explique sa nomination dès à présent par un changement de périmètre du service, qui a accéléré son arrivée. Le ministère, pour sa part, estime qu’il s’agit d’un sujet « interne à l’hôpital » et rappelle le principe d’autonomie des établissements de santé.
Laetitia Clavreul
 Nomination critiquée du Pr Juvin (UMP) à l’hôpital Georges-Pompidou
LEMONDE.FR avec AFP | 24.02.12

 

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