L’Elysée côté jardin – Echos de la campagne UMP : les cafouillages ! Extraits

Le Monde

 La journée basque pimentée de Nicolas Sarkozy

Arrivant à Bruxelles, le chef de l’Etat attaque. « Si les militants socialistes s’associent à des gens de l’ETA pour des manifestations violentes, cela ne va pas », a asséné le candidat UMP, qui avait accusé directement le candidat socialiste avant de quitter le Pays basque. « Hollande a annoncé l’épuration, s’il  était élu, de tous les magistrats, de tous les fonctionnaires et de tous les ambassadeurs qui ne pensaient pas comme lui. Alors, forcément, ça échauffe les esprits des gens de la base », avait déclaré le chef de l’Etat.
Les proches du candidat sont consternés. « C’est une semaine catastrophique. Nicolas Sarkozy revient au point de départ. Pour le PS, c’est une bénédiction et il ne faut pas que Sarkozy tombe dans le syndrome du guerrier blessé », indique un conseiller du président. « Il n’aurait pas dû prononcer le mot ‘épuration’, cela montre qu’il est à cran », poursuit ce conseiller. « Au PS, ils considèrent que c’est définitivement  gagné et chez nous, Guillaume Peltier [spécialiste des sondages à l’UMP] n’est pas euphorique », confie un autre proche.
« IMPROVISATION DANGEREUSE »
Cette semaine devait être celle où M. Sarkozy continuait d’imposer ses thèmes, avec un discours sur  l’éducation annoncé pour mardi 28. Il a été surpris par le coup de Jarnac de lundi soir : la proposition de François Hollande de taxer les plus hauts revenus à hauteur de 75 %.
Dès le petit-déjeuner de la majorité, mardi, M. Sarkozy dénonce une « improvisation dangereuse » du candidat socialiste. Mais c’est la droite, totalement prise de court, qui doit improviser. Car M. Hollande a fait, à gauche, un coup gagnant similaire à celui joué par M. Sarkozy en 2007, lorsqu’il avait proposé un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, parvenant ainsi à dominer le débat. « Hollande a réussi un coup minable mais démagogiquement efficace », s’afflige Brice Hortefeux.
Dans ce contexte, les propositions de M. Sarkozy sur l’école sont devenues peu audibles. Selon l’institut CSA, ses propositions (moins de professeurs, mieux payés) n’ont convaincu qu’un quart des Français. « Les gens s’en foutent de savoir si les profs sont mieux payés, ils veulent plus de gens pour s’occuper de leur enfants et ne moquent de savoir ce qu’il y a sous le capot ».  s’afflige un haut conseiller du président. « La séquence éducation a été un bide », renchérit un autre
> Lire : Sarkozy propose aux profs de travailler plus pour gagner plus
Mardi, il a accumulé les déconvenues. Il a fait une bourde, en annonçant que la journaliste française blessée Edith Bouvier avait été exfiltrée de Syrie. A tort. « Je me suis montré imprécis, je m’en excuse auprès de vous », dira-t-il aux journalistes. Puis viendra une troisième déconvenue, la censure par le Conseil constitutionnel de la loi pénalisant les génocides, adoptée dans la précipitation pour s’attirer les bonnes grâces de la communauté arménienne.
S’y ajoutent les cafouillages de ses troupes. Vendredi 24 février, Nathalie Koscisuko-Morizet a commis une énorme bourde, évaluant le coût d’un ticket de métro parisien à plus de 4 euros. Le ministre de l’intérieur, Claude Guéant, a cru utile de qualifier le Front national de « nationaliste et socialiste ». Quant à Henri Guaino, la plume volubile du président, il a explosé d’autoritarisme devant le président du conseil général de l’Essonne, le socialiste Jérôme Guedj, au cours d’un débat sur France 3. Le président lui a conseillé de mieux choisir ses émissions et interlocuteurs.
M. Sarkozy, lui aussi, a fait des erreurs. Après avoir attaqué deux actionnaires du Monde sur RTL, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse, il a eu la critique de trop, s’en prenant sans la nommer à la compagne de François Hollande, Valérie Trierweiler, coupable d’avoir une émission télévisée sur Direct 8.
Au moins le président parvient-il à faire un bon coup, dénonçant jeudi matin sur France Inter l’engagement du directeur de France Culture, Olivier Poivre d’Arvor, en faveur du candidat Hollande. L’attaque, qui a semé le trouble à Radio France, ne suffit pas à rassurer les troupes. « Sarkozy s’est fait chahuter sur France Inter », déplore un membre de l’équipe de campagne.
SEMER LA ZIZANIE AU FN
L’on veut encore y croire, avec le meeting de Bordeaux, prévu samedi 3 mars, qui va parler de République et d’immigration et, avant le grand meeting programmatique de Villepinte (Seine-Saint-Denis) du 11 mars, le débat sur France 2 mardi 6 mars. Nicolas Sarkozy devrait affronter Laurent Fabius, et a laissé entendre qu’il avait proposé un duel avec Jean-Marie Le Pen, histoire se semer la zizanie entre le père et la fille. Interrogé par notre confrère Abel Mestre, Jean-Marie Le Pen a indiqué :  « Je ne suis pas candidat, je ne débat pas avec un candidat. » A droite, on se prépare à affronter François Hollande lors d’un prochain débat. Pour l’élu, c’est acquérir le titre d’avoir débattu avec le probable futur président.
Reste enfin le livre de Nicolas Sarkozy, qu’Emmanuelle Mignon a fortement rallongé. « Emmanuelle a rajouté plein de pathos », déplore un membre de l’équipe de campagne. La bataille entre conseillers s’éternise pour, sinon empêcher, du moins repousser sa parution après le début de la campagne officielle. Enfin, si M. Sarkozy choisit finalement de se rendre à l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couchés », ce sera pour l’émission diffusée le 17 mars. le candidat passera les fêtes de Pâques à la Réunion
Cependant, la continuité de l’Etat est assurée: les équipes de l’Elysée organisent le déplacement au sommet de l’OTAN à Chicago les 21 et 22 mai. Après les élections.
 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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