Nouvelle ère de l’activisme et de la transparence : Coopération Anonymous – WikiLeaks

Rue 89 04/03/2012

Hacker News  – WikiLeaks et les Anonymous : un mariage de raison

Le site de Julian Assange et le réseau informel de hackers se sont associés pour publier des millions d’e-mails dérobés à Stratfor, une société de renseignement privée.
Qui, il y a encore quelques mois, imaginait que des médias comme Rolling Stone ou La Repubblica utiliseraient des documents piratés par les Anonymous, cette bande de hackers insaisissables, nés sur les rives potaches du forum américain 4Chan ?
WikiLeaks, a débuté lundi la publication de près de cinq millions d’e-mails dérobés à Stratfor, une société de renseignement privée américaine, avec une vingtaine de médias partenaires.
Ces e-mails, ce sont les Anonymous qui se les sont procurés, lors d’une attaque survenue en décembre.
Des Anonymous ont confié à Wired qu’ils avaient décidé de donner les documents à WikiLeaks parce que cette organisation était davantage en mesure « d’analyser et de diffuser » ces informations : « En fait, WikiLeaks est le partenaire idéal pour ce genre de trucs. On se procure les documents, WikiLeaks le publie de la manière appropriée. J’espère que ce n’est que le commencement d’une belle relation. »

Affiche mêlant Julian Assange et le masque des Anonymous (Abode of Chaos/Flickr/CC)
Des Anonymous de plus en plus médiatiques
Depuis quelques mois, les combats des Anonymous ont fait irruption dans les médias : le traité Acta, les révolutions arabes et surtout la fermeture de Megaupload – un des sites les plus fréquentés d’Internet – ont décuplé l’intérêt des médias pour ces hackers masqués.
A rebours total de leurs habitudes – non sans crispations en interne – une partie des Anonymous francophones a pris part à une conférence de presse.
Un exercice inédit organisé par plusieurs médias français où ils ont expliqué vouloir « naturellement gagner en visibilité et se séparer de son image principale de hackers ».
Entre les médias et Anonymous, WikiLeaks
WikiLeaks peut être un moyen d’accéder aux médias, explique Frédéric Bardeau, auteur de « Anonymous, peuvent-ils changer le monde ? » (éd. Fyp) :
« Avant Megaupload, personne n’aurait eu l’idée de demander une interview des Anonymous : les médias s’y intéressent de plus en plus. Ça les agite beaucoup : ils cherchent un moyen de gérer les médias, et WikiLeaks peut servir de pare-feu, d’interface. »
Cole Stryker, auteur d’un livre sur les Anonymous, est enthousiaste à propos de leur collaboration avec WikiLeaks : « C’est énorme : c’est la première fois que les Anonymous coopérent avec une entité “en dur”, conférant un légitimité politique sans précédent à ce groupe souvent discutable. »
Pour lui, c’est justement grâce à WikiLeaks que les Anonymous peuvent se faire une place dans l’agenda médiatique : « WikiLeaks fournit aux Anonymous un canal d’expression publique. Les médias font confiance à WikiLeaks, [qui] ajoute une couche de crédibilité à toute fuite qu’ils publient. »
Que peut gagner WikiLeaks dans l’affaire ?
Ce n’est pas la première fois que WikiLeaks publie la moisson des Anonymous (les e-mails de Sarah Palin, par exemple). Mais la stratégie de l’organisation de Julian Assange a évolué, écrit Andy Greenberg, journaliste pour Forbes et un des meilleurs connaisseurs de WikiLeaks : « A partir du moment où il a fait les gros titres en 2010, Julian Assange a minimisé son association avec les hackers et s’est davantage concentré sur son rôle en tant qu’organisation médiatique et moyen d’expression pour les “lanceurs d’alertes”. »
Il y a encore un an, WikiLeaks condamnait les attaques que menaient les Anonymous contre Visa ou Mastercard, à l’origine du blocus financier qui touche l’organisation de Julian Assange.
Les Anonymous, sauveurs de WikiLeaks ?
Seulement voilà, depuis, WikiLeaks est en mauvaise posture : blocus financier et ennuis judiciaires ont affaibli l’organisation. Pour Cole Stryker, s’associer avec les Anonymous est un moyen de sortir de l’ornière : « Si les Anonymous continuent d’abreuver WikiLeaks de documents, le site pourrait retourner à la position proéminente qu’il semble avoir perdu à cause de difficultés techniques, de problèmes légaux, de bisbilles internes et de conflits avec leurs médias partenaires. Peut-être que la seule chose qui puissent le sauver est une source fraîche de nouvelles fuites. »
Andy Greenberg pointe cependant les dangers d’une telle alliance : « Une association publique avec un groupe de hackers comme Anonymous pourrait endommager la crédibilité morale de WikiLeaks, juste au moment où le groupe en a le plus besoin. »
« Vers une nouvelle ère »
Lâché par les grands médias (New York Times, Guardian…), empêtré dans une affaire d’agression sexuelle en Suède, privé de sa « boîte aux lettres » qui lui permettait de recevoir des documents, asséché par un blocus financier, menacé par des poursuites aux Etats-Unis, Julian Assange montre avec cette nouvelle série de documents que son organisation bouge encore. Cole Stryker : « Avec cette nouvelle collaboration, les Anonymous ont obtenu une crédibilité nouvelle, et WikiLeaks une source extrêmement précieuse. Cette étrange symbiose fournit à chacun exactement ce dont il a besoin pour continuer. Une nouvelle ère de l’activisme et de la transparence pourrait bien avoir commencé. »
 
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