La nuit du Fouquet’s – Interprétation erronée du chef de l’Etat : le Fouquet’s n’est pas en cause, selon les français outrés, mais les puissants du CAC 40 avec qui fêter une élection … !

Nouvel Obs 07/03/2012

Il faut sauver le Fouquet’s

 Dans sa quête effrénée de rédemption, Nicolas Sarkozy a montré du doigt un établissement qui ne mérite pas autant d’indignité
Les actes de contrition ont parfois des conséquences funestes. Notre Président, tout entier concentré sur le sauvetage de son image en miettes, a battu sa coulpe sur notre télévision publique avec une force de conviction qui pourrait presque émouvoir le chaland.
Mais, dans sa quête effrénée de rédemption, il a montré du doigt un établissement qui ne mérite pas autant d’indignité. Selon lui, le responsable de tous ses malheurs serait ce maudit Fouquet’s, établissement huppé des Champs-Elysées, situé au cœur du triangle d’or de la mode, du cinéma et des affaires, ce lieu magique où la jet-set et les banquiers se croisent autour d’un Saint-Estèphe ou d’un Dom Pérignon.
Crier haro sur le Fouquet’s, une ineptie
Oui, le mal vient de là, a-t-il confessé devant des journalistes éplorés. Il le promet : il n’ira plus. Or, en montrant du doigt ce remarquable restaurant, où le personnel trié sur le volet contribue au rayonnement de la gastronomie française dans le monde, le candidat commet une erreur monumentale.
Personne ne lui a jamais reproché de se montrer au Fouquet’s. Les Français ont seulement été outrés de voir le monarque fêter son élection en 2007 avec ceux qui l’ont fait roi, le gratin du CAC 40, les oligarques de la France d’en haut, celle des tout-puissants, de l’élite de la finance, de l’industrie et de la communication.
Il y avait de l’indécence à se pavaner avec ses parrains des grandes fortunes, voire une folle impudeur. La même fête aurait pu avoir lieu dans les anciens abattoirs de la Villette ou dans les catacombes de Paris, avec les mêmes invités, la critique n’aurait pas bougé d’un iota.
Crier haro sur le Fouquet’s est donc une ineptie. Et une injustice. Imposer une marque d’infamie au temple de la sole meunière et du tartare poêlé est un lâchage peu élégant. Que vont dire tous les touristes américains ou japonais qui passent devant l’établissement maudit ? Vont-ils inaugurer une nouvelle forme de tourisme ? Vont-ils venir désormais se recueillir sur le lieu qui a provoqué la chute d’un des hommes les plus célèbres au monde, le mari de Carla ?
Qu’Hollande y déjeune
Nicolas Sarkozy, apôtre frénétique du storytelling, pourrait, en cas de défaite, se retrouver la victime d’un nouveau rite : ses successeurs narquois, pourraient inaugurer une plaque rappelant ce moment fatal, cette nuit, non pas de Varennes, mais du Fouquet’s, où un génie de la politique, par une légèreté inouïe, s’est fait hara-kiri, dès les premières minutes de son règne. Cette terrible imprudence de début de quinquennat ne doit pas condamner la gargotte du Gotha. Le Fouquet’s ne doit pas devenir un dommage collatéral d’un désastre annoncé.
Je propose à François Hollande, s’il parvient à atteindre son but, de réhabiliter le Fouquet’s et d’aller y déjeuner en famille le plus tôt possible. Défendre le patrimoine culinaire français est un impératif. La stratégie du rassemblement passe aussi par ce genre de geste. En payant l’addition, bien sûr…
 Par Serge Raffy

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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