Netanyahou veut enrôler Obama contre l’Iran.

Le Canard Enchaîné du 7 mars 2012 – Claude Angéli
La préparation de la rencontre du président américain avec le Premier ministre israélien, le 5 mars, a mobilisé beaucoup de monde. Pendant plusieurs semaines, chefs d’état-major, patrons des services de renseignement et ministres des gouvernements n’ont cessé d’aller et venir entre Washington et Tel-Aviv. C’est dire si le téléphone entre les deux capitales ou les messages secrets ne pouvaient suffire à « définir un accord sur des intérêts communs face à l’Iran » (formule d’un diplomate français). Ces collaborateurs de Netanyahou et d’Obama – les deux se détestent cordialement – avaient été chargés d’arrondir les angles, mais sans espérer vraiment y parvenir.
Une preuve parmi d’autres : avant son départ pour le canada, où il a été accueilli par un Premier ministre très pro-israélien, Netanyahou avait annoncé qu’il allait formuler deux exigences devant Obama. Et d’une : les Etats-Unis doivent obtenir que Téhéran démantèle son usine d’enrichissement d’uranium enterrée sous une montagne, à Fordo. Et de deux : que les savants iraniens transfèrent à l’étranger tout leur stock d’uranium enrichi à plus de 3,5%. Autant demander aux religieux iraniens de raser leur barbe, mais, peu importe, Netanyahou veut montrer qu’il tient la dragée haute au grand allié américain.
Président sur la défense
Mieux, le Premier ministre israélien menace toujours de ne pas avertir la Maison-Blanche s’il décidait bientôt de bombarder les usines nucléaires de mollahs. Et, avant d’arriver à la Maison-Blanche, sa position pouvait se résumer ainsi : Vous, Américains, vous devez nous prouver que vous interviendrez militairement et brutalement dans le cas où les sanctions ne dissuaderaient pas l’Iran de fabriquer ses bombes. » Sous-entendu, on attend pour voir.
Enfin, histoire de signaler que ses aviateurs sont fin prêts, Netanyahou a demandé au général Jonathan Locker, son collaborateur militaire direct, de ne pas quitter ses fonctions, comme prévu, mais de rester à ses côtés encore quelques mois. En raison de la situation, bien sûr, mais aussi parce que sa garde rapprochée vient de perdre plusieurs vedettes. Notamment le directeur du Conseil national de sécurité, qui, après quinze ans de fidélité, a osé monter quelques divergences avec Netanyahou sur le nucléaire iranien.
Avant de recevoir son interlocuteur israélien, Obama a dû faire preuve de bonne volonté durant la conférence annuelle de l’Aipac, le lobby pro-israélien et communautaire. C’est, à Washington, le passage obligé pour tous les présidents américains. Face aux 13 000 participants à cette réunion, Obama, que la plupart estimaient bien mollasson face à l’Iran, a dressé la liste de toutes les décisions prises par lui en faveur d’Israël. « Il aurait pu aussi rappeler qu’il s’était écrasé face à Natanyahou, ironise un diplomate  du Quai d’Orsay, quand celui-ci a refusé de mettre un terme à la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est ».
Guide suprême espoir
Obama a-t-il réussi à convaincre le Premier ministre israélien de s’armer de patience ? Selon les services américains de renseignement, les savants atomistes iraniens ont bien progressé dans leurs recherches, mais le guide suprême, Ali Khamenei, ne leur a pas  encore donné l’ordre de fabriquer des bombes.
D’où l’espoir que les dures sanctions prises contre l’Iran l’amènera à y réfléchir à deux fois. D’autant que Barack Obama n’a guère envie de se lancer dans une nouvelle guerre. « Le président américain ne tient pas à rééditer la dramatique erreur de Georges Bush, qui a attaqué l’Irak sur la base de fausses informations », affirment, à Paris, les analystes du Secrétariat général à la Défense.
 Mais les arguments d’Obama n’ont pas fait baisser le ton au chef du gouvernement israélien. Selon les attachés militaires français en poste à Washington, « Netanyahou a confirmé à Obama qu‘Israël se réservait la possibilité d’une attaque unilatérale [contre l’Iran] au nom du droit souverain de l’Etat hébreu, mais qu’il n’avait pas encore pris sa décision ».
 
Les généraux et les chefs de services barbouzards américains et israéliens  n’ont donc pas fini de se concerter ou de se surveiller… sous le regard des européens, qui ne pèsent vraiment pas lourd dans ce jeu dangereux.
 
En Israel la population est majoritairement opposée à une attaque unilatérale de l’ Iran (Zebuzzeo.blogspot)
 
Un sondage de la population israelienne révèle qu’il existe une majorité hostile à des bombardements aériens qui seraient opérés « en solo » par l’aviation de Tsahal contre les installations nucléaires de l’Iran. Cette enquète réalisée par une université du Maryland aux USA et par un institut israélien (Dahaf) montre que 35% des 1000 personnes questionnées ne souhaitent pas une entrée en guerre contre l’Iran et que 41% seraient pour, si l’ « oncle Sam » venait donner un coup de main.

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