Rappel de la Sociologue Monique Pinçon-Charlot de l’accroissement, très brutal, des inégalités sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy

Nouvel Obs  09-mars 2012 Par Monique Pinçon-Charlot Sociologue

Sarkozy président des riches : une politique cynique et décomplexée :  Les chiffres sont incontestables

Nicolas Sarkozy, président des privilégiés. C’est la conclusion d’une étude du réseau Terra Nova. Les plus aisés seraient les grands gagnants du quinquennat. Des résultats qui ne surprennent pas la sociologue Monique Pinçon-Charlot, qui voit dans la nature décomplexée de cette politique un basculement important.
Lancé à la conquête d’un nouveau mandat, Nicolas Sarkozy cherche aujourd’hui à revêtir son costume de « président du peuple », un habit qu’il s’était pourtant empressé d’ôter au soir du 6 mai 2007, une fois sa victoire acquise.
 Fort du double-langage qu’il manie avec talent, il s’efforce de faire oublier, depuis son entrée officielle en campagne, la politique qu’il s’est évertué à mettre en place pendant cinq ans. Une politique clairement favorable aux classes les plus aisés du pays, accompagnée d’une tentative de destruction des services publics et des mécanismes de protection sociale. Une politique menée avec une violence inouïe.
 Les chiffres sont incontestables. L’étude de Terra Nova vient encore de le démontrer. Sur les 84 milliards d’euros d’argent public déployés, 50 milliards sont allés aux employeurs, 18.5 milliards aux ménages les plus aisés et seulement 15.4 milliards au reste de la population. Des résultats similaires à ceux qui figurent au sein des travaux que je mène depuis des années avec Michel Pinçon.
 Une concentration des richesses jamais vue
 La concentration des richesses en France n’est pas un phénomène nouveau. Elle est l’une des conséquences de la dérégulation des marchés amorcée dans les années 80, qui a progressivement ouvert les portes de l’État aux divers spéculateurs et lobbies. Mais cette situation a été considérablement aggravée depuis 2007.
 Selon les chiffres communiqués par le ministère des Finances en mai 2011, le bouclier fiscal a permis à 14.443 foyers fiscaux de recevoir 591 millions d’euros représentant un trop perçu sur les impôts acquittés en 2009, soit 41.000 euros en moyenne. Mais les foyers ne disposant que de 3.400 euros de revenus annuels, qui représentent 47 % des bénéficiaires du bouclier fiscal, ne perçoivent que 3 % des remboursements, soit 2.686 euros par foyer.
 Ces contribuables à faibles revenus peuvent être assujettis à l’impôt sur la fortune (ISF) en raison de propriétés immobilières. Ou bien des bénéficiaires d’ »optimisations fiscales » particulièrement efficaces : en 2010, 32 foyers fiscaux déclarant un patrimoine supérieur à 16,5 millions d’euros ont déclaré des revenus annuels inférieurs à 3.500 euros. Par contre, les contribuables bénéficiant de 45.000 euros, et d’un patrimoine supérieur à 16,5 millions d’euros ont perçu 352 millions au titre du bouclier, soit 380 000 euros en moyenne.
 Le bouclier fiscal était donc un facteur d’accroissement des inégalités très brutal. Sa suppression a mis un terme à ce dysfonctionnement, mais parallèlement, les modifications de l’impôt de solidarité sur la fortune ont accentué les inégalités. Ainsi, le seuil d’imposition est passé de 800.000 à 1,3 million euros. Ce qui a permis à 600.000 assujettis d’échapper à l’ISF. Et surtout, les taux d’imposition sont devenus dégressifs en fonction des montants de patrimoine : ils sont passés de 0,55 % à 0,25 % pour les patrimoines situés entre 1,3 et 3 millions d’euros, et se sont effondrés de 1,8 % à 0,5 % au-delà. Plus le patrimoine est élevé, plus l’économie est importante pour le contribuable. Résultat : l’ISF ne rapporte plus à l’état que 2,5 milliards d’euros contre 4 milliards avant la réforme.

 Sous le mandat de Nicolas Sarkozy, la proximité du pouvoir politique avec les capitaines d’industrie et les principales fortunes du pays a été érigée en véritable système de gouvernement. Plus que jamais, une oligarchie concentre l’essentiel des richesses, domine l’ensemble des domaines de l’activité économique et sociale (de l’industrie aux médias, en passant par les arts et les lettres…).
 Les mesures mises en place, comme la loi TEPA, ont bénéficié aux plus fortunés. En se présentant comme le président du pouvoir d’achat, Nicolas Sarkozy avait donc omis de préciser aux Français qu’il serait le « président du pouvoir d’achat… des plus riches ».
 Une politique totalement décomplexée
 Là où Nicolas Sarkozy a introduit une véritable rupture, c’est dans le caractère résolument décomplexé voire cynique de cette politique. Sa foi dans le règne de l’argent, il n’a jamais cherché à la dissimuler, une fois parvenu à la tête de l’État. Une politique décomplexée et assumée qui fut d’autant plus violente et difficile à encaisser pour la part de la population qui n’a pas eu la chance de profiter des mesures décidées.
 Les très grandes fortunes ont connu un fléchissement quant à la valeur de leur patrimoine professionnel en 2008 et 2009, en raison de la crise financière internationale. Mais très vite, ces fortunes se sont rétablies. Dans le palmarès du magazine Challenges, le nombre de milliardaires en euros est passé de 200 en 2008 à 278en 2011. Il suffisait de 14 millions d’euros en 1996 pour tenir le 500ème place de ce palmarès. Il en fallait 60 en 2011, soit quatre fois plus. Dans le même temps, le smic n’augmentait que de 57 % et le PIB de 63 %. Les écarts entre les très hauts patrimoines et les revenus ou l’activité économique se sont donc sensiblement accrus.
 Campagne électorale oblige, Nicolas Sarkozy a émis récemment du bout des lèvres un certain nombre de regrets concernant la soirée hautement symbolique du Fouquet’s. Une soirée qui avait réuni un certain nombre des plus grandes fortunes du pays et qui restera célèbre pour avoir été tristement annonciatrice du quinquennat qui allait suivre.
 Cette soirée, Nicolas Sarkozy cherche aujourd’hui à la justifier en la réduisant à un épisode intime, une conséquence directe de sa rupture avec sa femme. Cette soirée était pourtant profondément politique. Ses regrets comportent une large part de mise en scène.
 S’il venait de nouveau à être élu, il serait à craindre de voir cette politique perpétuée, notre système de sécurité sociale et le smic irrémédiablement menacés.
  Propos recueillis par Sébastien Billard
 Nicolas Sarkozy lors de l’émission « Des paroles et des actes » le 6 mars 2012 (L. BONAVENTURE/SIPA)
 
 
 

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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