« Le journal du sorcier » : NKM menottée au candidat-président

Nouvel Obs  le 09-03-2012 Par Le Conseiller Spécialiste en communication

NKM dans le piège du porte-parolat : 3 conseils pour se forger un destin politique

La maire de Longjumeau,  ex-ministre de l’Ecologie est devenue la porte-parole du candidat Nicolas Sarkozy. Si celui-ci venait à perdre, cela pourrait bénéficier à sa carrière politique selon « Le Conseiller », spécialiste en communication qui tient à garder l’anonymat.
J’ai eu l’occasion de relater dans les pages du « Nouvel Observateur » quelques bribes de mes conversations avec NKM, bien avant sa désignation comme porte-parole de Nicolas Sarkozy. Elle est l’une des premières à avoir pressenti l’impasse de la droitisation, et à préparer l’après-présidentielle. La voilà aujourd’hui menottée au candidat-président, choisie justement pour sa différence, avant le grand saut dans le vide.
Ticket de métro à quatre euros, frictions avec Claude Guéant à propos de la viande halal et plus largement problèmes de positionnement dans un entourage de Nicolas Sarkozy déjà bien verrouillé… les difficultés et les premiers couacs de sa mission sont trop évidents pour en rajouter encore.
Les handicaps de Nathalie Kosciusko-Morizet
 Mais aujourd’hui l’enjeu est bien pour elle de dessiner l’ensemble des scénarios possibles pour en sortir par le haut, coûte que coûte. Le rôle de porte-parole qu’elle endosse, tant bien que mal, doit ainsi lui permettre soit de faire taire les voix dissonantes par la démonstration de son efficacité, soit de nourrir son personnage politique par une défaite fondatrice si d’aventure la campagne peinait toujours à décoller.
 L’hypothèse de la victoire de Nicolas Sarkozy, qui serait aujourd’hui forcément une reconquête majeure et une surprise gigantesque, équivaudrait pour NKM à assurer sa place au paradis : le président ne devrait rien à personne, sauf aux quelques personnes qui auraient partagé avec lui la douleur de cette campagne mal emmanchée.
 C’est en revanche en imaginant l’UMP post-défaite que les choses deviennent intéressantes. Car NKM semble aujourd’hui lestée de plusieurs lourds handicaps pour prétendre au leadership :
 – elle n’est que modérément appréciée par l’appareil et la base militante active, qui lui reprochent, derrière son apparence et sa nature bourgeois-bohème, une âme plus progressiste que la nature profonde de l’UMP – j’avoue même être surpris de la violence de certaines critiques à droite, mélange de défiance et de jalousie ;
 – elle est victime d’un paradoxe : elle incarne la part réussie du bilan de Nicolas Sarkozy (le Grenelle de l’environnement), à la réserve près que c’est une partie de son bilan qu’il a lui-même reniée, en déclarant notamment que « l’environnement, ça commence à bien faire« . Il est ainsi stupéfiant de constater que le Grenelle n’est jamais valorisé dans l’inventaire des cinq années écoulées ;
 – elle reste bien trop jeune pour espérer devenir n°1 tout de suite, ce qui l’oblige à des calculs trop savants en prévision d’un avenir à 10 ans, plus qu’incertain.
 Quel avenir politique ?
 Face à ces difficultés, je lui conseille de faire plusieurs paris :
 – dans l’immédiat, le pari de la loyauté absolue à Nicolas Sarkozy : elle doit prouver à son camp qu’elle ne craint pas de se forger une image dure, et d’être désormais détestée par la gauche. En bref, prendre le risque de l’impopularité ;
 – ensuite, le pari que la prise en otage de l’UMP par la Droite populaire – qu’elle déteste tant – ne sera plus possible dans la prochaine configuration de la droite, puisqu’une défaite se solderait par une déflagration telle, que les quelques députés du courant droitier auraient eux-mêmes à choisir leur camp dans l’urgence, selon des considérations variées : sauver un mandat en pactisant avec l’extrême-droite, truster le créneau de la droite dure en restant dans le courant majoritaire, s’isoler au sein du parti pour poursuivre un stratégie de coups d’éclat… Leur force de poussée pour déplacer le centre de gravité de la droite en serait alors grandement diminuée.
 – enfin, en termes de tactique politique, le pari d’être le chevalier blanc d’une droite capable des pires combats fratricides. A elle de réussir ce que n’a pu faire Ségolène Royal en 1995, lorsque celle-ci parlait du combat Jospin-Emmanuelli comme de « deux trains, roulant en sens inverse, prêts à se percuter à pleine vitesse ». NKM doit parvenir à se positionner en juge de paix et surtout en faiseuse de majorité.
Reste que la conquête idéologique est loin d’être gagnée d’avance, et qu’il faudra que la passion de NKM soit longue et révélatrice pour que les critiques les plus féroces contre elle cessent de provenir de son propre camp.
 « Le Conseiller » tient une chronique hebdomadaire dans « Le Nouvel Observateur » intitulée « Le journal du sorcier ».
 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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