Grâce au nucléaire, la France jouit d’une totale indépendance énergétique… sauf l’hiver !

Du mensuel « La Décroissance » – mars 2012 – Stéphane Lhomme
La France est assurée d’une totale indépendance énergétique grâce à son incroyable industrie atomique. Las ! En période de froid, heureusement que les voisins sont là.
La France a été continuellement et massivement exportatrice d’électricité tout au long de la vague de froid qui vient de la frapper. Les données officielles* consultables sur le site web du Réseau de transport d’électricité (RTE) sont édifiantes : du 2 février (soir) au 17 février inclus, ce sont les pays voisins, à commencer par l’Allemagne, qui ont évité à la France nucléaire de se retrouver en situation de pénurie, voire de black-out généralisé. Cette électricité importée, quia correspondu par moments à la production de neuf réacteurs nucléaires, est  venue de presque tous nos voisins : Belgique, Allemagne, Angleterre, Italie et Espagne se sont unies pour sauver la France électronucléaire (seule la Suisse restant très légèrement déficitaire). Il apparaît donc que la France nucléaire est autosuffisante en électricité… sauf aux moments où cela compte vraiment ! Pourtant, depuis des décennies, les pouvoirs publics justifient l’option nucléaire par sa supposée capacité à chauffer la France de façon autonome, sans dépendre de ses importations. C’est ainsi que l’on se retrouve avec 58 réacteurs nucléaires et des millions de chauffages électriques.
Un de ces hivers…
Or, lorsqu’il fait froid, la consommation de ces millions de convecteurs est telle que le parc nucléaire français pourtant gigantesque, est totalement dépassé. Résulta, il faut recourir à l’option qui était censée être évitée : les importations ! Et encore, malgré les efforts continuels d’EDF et de l’Etat, le chauffage électrique n’équipe à ce jour « que » 30% des ménages. Mais cette part augmente constamment puisque 70% des nouveaux logements sont équipés de convecteurs. De fait, les problèmes d’alimentation électrique rencontrés cette année ne sont qu’un aperçu de ce qui nous attend : un de ces hivers, inévitablement, le réseau électrique français s’effondrera ou, au mieux, EDF devra procéder à des délestages régionaux.
Des vois s’élèvent pour suggérer, face à cette situation, de construire de nouveaux réacteurs nucléaires. Cette « solution » n’aurait pas seulement pour conséquence de démultiplier le risque de catastrophe et la production de déchets radioactifs, elle serait aussi inefficace et ruineuse. Inefficace car, comme le montre le chantier actuel de l’EPR de Flamanville (Manche), il faut dix ans pour construire un réacteur. Dix ans, dix hivers à passer en attendant… Ruineuse car il est économiquement suicidaire d’utiliser des centrales nucléaires juste en hiver et les laisser à l’arrêt le reste de l’année. Bien sûr, EDF pourrait susciter de nouvelles consommations et de nouveaux gaspillages pour utiliser les centrales toute l’année, mais est-ce bien raisonnable ?
Sous perfusion
En déplacement à la centrale de Fessenheim le 9 février, au cœur de la vague de froid, le candidat Nicolas Sarkozy a prétendu que la France ne pourrait se chauffer sans ses centrales nucléaires. Il a soigneusement évité de s’expliquer sur le fait que, au moment même où il parlait, la France était sous perfusion électrique. Car il aurait alors été obligé de reconnaître que, loin d’être la réponse à la surconsommation électrique française, le nucléaire en est, en réalité, la cause. En effet, c’est bien pour « justifier » leur programme nucléaire que les autorités françaises ont décidé, de longue date, de développer le chauffage électrique : il faut bien consommer l’électricité produite, non ?
Il est grand temps de prendre acte de la réalité : lorsqu’il s’agit de se chauffer, la France est en état de  dépendance et de vulnérabilité ; contrairement à ce qui s’est passé par chance cet hiver, des incidents de production ou de distribution amèneront tôt ou tard au black-out. Ou bien ce seront les pays voisins qui ne pourront plus exporter toute l’électricité que la France nécessite. Ou encore, des tensions géopolitiques amèneront ces pays à refuser d’exporter vers la France. Cela peut paraître improbable à ce jour, mais qui connaît l’avenir ?
Sans le nucléaire…
Cela nous amène d’ailleurs à rappeler que la France nucléaire est en situation de dépendance toute l’année, et pas seulement l’hiver : le combustible des centrales, l’uranium, est importé à 100%. Un jour, la France ne pourra plus imposer la politique néocoloniale qui lui permet de s’accaparer l’uranium de divers pays africains. Ou alors quelques problèmes surgiront avec le dictateur kazakh Nazarbaev, le nouvel « ami » de la France (Khadafi a été vite remplacé !), avec lequel M. Sarkozy a signé des accords pour lui acheter de l’uranium. Face à leur échec, les pros nucléaires tentent de se défendre en rappelant que, si l’on ne se chauffe pas « au nucléaire », alors il faut recourir au gaz. Il se trouve que… c’est déjà le cas de 45% des ménages français : même lorsqu’il est poussé à son maximum, le nucléaire reste minoritaire. Sans le gaz, la France serait congelée.
Mais, sans le nucléaire, la France aurait correctement isolé son parc immobilier, elle aurait aussi développé les énergies renouvelables, elle serait électriquement indépendante même en hiver. Et, il ne faut jamais l’oublier, elle ne risquerait pas à chaque instant que survienne une catastrophe comme celles de Tchernobyl ou de Fukushima.
*http://clients.rte-France.com/lang/fr/visiteurs/vie/tableau_de_bord.jsp

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Energie, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.