Depardieu, des Valseuses à Villepinte

Les Inrocks – 11/03/12
Gérard Depardieu le 11 mars 2012 à Villepinte (capture d'écran)
 
 Au départ cette image de Depardieu m’a procuré une sensation de naufrage. Comment pouvait-on en une vie d’acteur passer des Valseuses à Villepinte ? Avec cette phrase bizarre, presque enfantine : « Depuis que ce nouvel ami qu’est Nicolas Sarkozy, avec Carla Bruni, est au pouvoir, je n’entends que du mal de cet homme qui fait que du bien. »
 Une phrase qui accroche, comme le grumeau dans la pâte à crêpes. Celui dont on ne parvient pas à se débarrasser. En quelques mots Gérard Depardieu nous a fait basculer dans un autre monde, régi par les lois d’une sorte d’inconscient collectif du showbiz où le rapport à la politique serait perçu non pas à travers la notion éminemment désuète d’intérêt général, mais tout simplement en fonction des liens d’amitié.

 

Et selon ces lois de l’amitié, manifestement supérieures à celles de l’élection, tout s’inverse. Nicolas Sarkozy, qui n’est malgré tout qu’un nouvel ami, partage en réalité le pouvoir avec Carla Bruni. À bien écouter Gérard Depardieu, on subodore même que c’est d’elle qu’il détient le pouvoir véritable. À savoir celui de faire monter l’acteur sur scène pour dire avec des mots simples et une faute de grammaire, que cet homme, le mari de son amie, fait que du bien.
 Et puis l’acteur poursuit, pour que l’on comprenne bien à qui il s’adresse. Les gens comme lui, ceux du peuple, d’en bas… Ceux à qui l’on n’a pas appris à s’exprimer :
 « J’espère que tous ceux qui sont comme moi, qui n’ont pas trop de verbe et simplement un oui, qu’il soit franc et honnête, pour lui, merci. » Gérard Depardieu – comédien
 
Gérard dans le film RRRrrr ! (2003)
 
 Et voilà que l’on apprend soudain quelque chose. Cet homme – de loin le plus connu des acteurs français vivants – qui a joué pour les plus grands réalisateurs, dit les textes des meilleurs auteurs de Georges Bernanos à Marguerite Duras serait donc un homme sans trop de verbe ? Habité seulement par les mots des autres, dont il viendrait en direct de se libérer devant tout le monde, à Villepinte, pour dire enfin maladroitement, avec son pauvre verbe à lui, ce qu’il pensait. À savoir : votez pour cet homme qui fait que du bien…
 Pas sûr que ça suffise, mais, comme on dit, c’est de la belle ouvrage…

JP. Raffarin, B. Accoyer, G. Depardieu, B. Chirac, JF. Copé et C. Bruni à Villepinte
Regardez l’enthousiasme de cette brochette de politique et de people mêlés au premier rang. Alors où est-elle la magie de Villepinte ? Dans ce coup de poker qui consiste à se défausser à la dernière minute du quinquennat sur l’Europe ? Dans les yeux de Carla ? Dans le baiser ostentatoire du Président à Rachida Dati ? Dans les sifflets haineux de la salle à l’évocation des syndicats, des étrangers qui viennent en France voler le pain des Français ? C’est cela la magie survendue de Villepinte ?
Le meeting de Villepinte est un triste résumé du quinquennat bling-bling que la France vient de vivre. Show-off. Dégoulinant d’argent dépensé à tort et à travers. Mais laissant tellement de Français sur le bord de la route, simple spectateurs du manège rutilant et du bonheur de Nicolas Sarkozy et de ceux qui sont invités eux à la fête.
Vivement Mai.

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