Ile de France – Ils ont pour voisins proches les trains. 400 par jours, à six mètres de leurs fenêtres.

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Bienvenue chez les Gautier, à six mètres de la ligne TGV

Les trains les plus proches passent à six mètres de la fenêtre (Gokan Gunes et Nassima Ouail)
Ils ont pour voisins proches les trains. 400 par jours, à six mètres de leurs fenêtres. Si vous avez pris le TGV depuis Paris pour aller dans l’ouest, vous avez sans doute entre-aperçu ce bâtiment dont la couleur crème s’écaille par endroits, séparé des voies par un simple grillage.
Construit au début des années 1960 par la SNCF pour loger les cheminots travaillant dans les gares voisines de Montparnasse et Vaugirard, l’immeuble a aujourd’hui triste mine Sans la stèle de pierre assaillie par les mauvaises herbes au pied de l’immeuble, il serait difficile de croire que l’atelier du douanier Rousseau se trouvait ici même.
Dans le salon des Gautier, au premier étage, la table se met à vibrer. De la cuisine parvient le tintement des assiettes et des verres qui s’entrechoquent. Un TGV qui passe bientôt en sifflant sous les fenêtres de l’appartement. Cheveux grisonnants, ventre rond, Robert Gautier n’a pas l’air d’y prêter attention. « Cela fait plus de quarante ans que j’habite ici, j’ai l’habitude maintenant », explique-t-il.
Les lampes se dévissent, sauf celles à baïonnette
Les vibrations sont d’autant plus fortes que l’immeuble, construit sur pilotis, a du mal à les absorber. « Les lampes se dévissent toutes seules », affirme Bernard Bourdet, un voisin. D’autres locataires confirment. « Mais on ne rencontre pas ce problème avec les ampoules à baïonnette », relativise Robert.
Robert est au première loge pour regarder passer le TGV. (Gokan Gunes et Nassima Ouail)
Robert est aux premières loges pour observer et entendre le ballet incessant des TGV au départ et à l’arrivée de la gare Montparnasse. En moyenne 400 trains circulent chaque jour devant l’immeuble. Le premier passe sous les fenêtres des résidents à 4h30. « C’est mon réveil. »
Le spectacle n’est pas seulement auditif. Annick Derval, qui habite au deuxième étage, raconte qu’elle est parfois surprise dans sa cuisine par des arcs électriques qui se produisent sous sa fenêtre lors du passage des trains :
« Cela arrive souvent lorsqu’il fait froid et que la caténaire est gelée. »
Ancien cheminot, comme de nombreux résidents de l’immeuble, Robert s’est fait à toutes ces nuisances. Impossible d’ouvrir les fenêtres quand il est dans l’appartement, par exemple. « On aère quand on sort, parce que le bruit est trop fort. »
Cent décibels
Ayant entamé une action en justice contre ICF Novedis, filiale de la SNCF qui s’occupe de la gestion de l’immeuble, pour empêcher les loyers d’augmenter à chaque renouvellement du bail, l’Amicale des locataires, qui remplit le rôle de syndicat des résidents, a effectué des relevés avec un sonomètre. Résultat, la pression acoustique se situe, à l’intérieur de l’appartement de Robert, entre 85 et 90 décibels lorsqu’un train passe, avec des pics avoisinant les 100 décibels. Soit autant que dans une salle de concert.
Au passage des trains, le bruit peut atteindre jusqu’à 100 décibels dans l’appartement
 « Le plus dur, c’est en été », reprend Robert. « On ouvre les fenêtres quand il n’y a pas de train, c’est-à-dire la nuit entre 1h et 4h30. Quand il fait trop chaud, on fait avec. »
Le problème, c’est quand on invite des amis ou la famille. « Ils dorment avec des bouchons d’oreilles. Et quand ça ne suffit pas, on les met dans notre chambre, côté rue. »
Pourquoi, dans ces conditions, choisir de vivre ici ? Selon Bernard Bourdet, « il est tellement difficile de trouver un logement aujourd’hui, que les gens acceptent de venir ici ». Les loyers, même s’ils augmentent, restent très attractifs par rapport au marché : 1080 euros mensuels pour un F3. Résultat, chaque fois qu’un locataire quitte l’immeuble, il est immédiatement remplacé.
Nassima Ouaïl et Gokan Gunes 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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