Les sondages reflètent-ils l’opinion publique ou inversement ? Qu’importe, on continue le matraquage !

Charlie Hebdo – 21 mars 2012 – Raphaël Chevrier
La science des sondages est certainement la filière scientifique la plus perverse. Qui, de l’œuf ou de la poule était là le premier ?
Avec trois ou quatre sondages quotidiens, la présidentielle 2012 se transforme en course hippique où la surenchère des paris n’a plus peur du ridicule. Au centre de cette cacophonie, un candidat sortant forcé de sortir une grosse ânerie par semaine et des électeurs en pleine bataille pour conserver un semblant de vote idéologique.
Car de nombreuses études scientifiques noyées dans la propagande de la Sofrès & Co, convergent sur l’essentiel : l’influence véritable des sondages sur les comportements individuels – parce qu’on oublie la manière contestable de poser les questions ou la valeur scientifique des résultats.
Premier effet de cette dictature des chiffres, l’ «effet d’entraînement », ou « boule de neige », un terme utilisé dès 1884 dans une planche dessinée du magazine politique américain Puck. Encore plus pervers que la traduction du vote stratégique : l’électeur sera inconsciemment encouragé à voter pour le candidat donné vainqueur par les sondages, convaincu que si la majorité lui fait confiance il serait bien idiot de penser le contraire… A l’inverse, des chercheurs soulignent une tendance qui redonne foi en l’humanité : l’effet pitié. Attendri, l’électeur préférera donner sa voix au « loser » de service.
Autant de paramètres susceptibles de fausser les calculs. A ce niveau de pauvreté scientifique, chacun peut s’inventer son propre modèle de prévision « mathématique », En choisissant comme paramètre la taille du nez du candidat sortant ou la couleur de sa cravate, on parie de prévoir, nous aussi l’ensemble des issues des élections de la Vème république !

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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