La mystérieuse  » Joconde  » madrilène du Prado en visite à Paris – Turin L’autoportrait de Vinci hospitalisé

Le Monde 29/03/2012 Madrid Correspondante

Qui a peint La Joconde du Musée du Prado,  » soeur jumelle  » du chef-d’oeuvre de Léonard de Vinci, dont on sait aujourd’hui qu’elle a été réalisée en même temps que l’original ? Est-ce Salaï, l’élève androgyne et voleur, à qui le maître lègue ses tableaux ? Ou bien Francesco Melzi, le second disciple, héritier des manuscrits ?
La provenance de l’oeuvre, exposée depuis l’inauguration du Prado, en 1819, propriété de la collection royale espagnole depuis le XVIIe, demeure inconnue. Elle était considérée comme une des copies postérieures à l’original.
Il aura fallu que le Louvre demande le tableau en prêt, afin de l’exposer aux côtés de la Sainte Anne, pour que soit réalisée une étude minutieuse de la peinture.
Le 21 février, le musée madrilène a présenté les conclusions techniques de la restauration de sa Joconde. Les résultats sont  » surprenants « , selon Gabriele Finaldi, directeur adjoint de conservation et recherche du musée. Mais la Monna Lisa madrilène n’a toujours pas livré tous ses secrets.

Traits similaires
Les radiographies et infrarouges révèlent que, sous la couche noire qui entourait le buste de La Joconde, étaient peints non seulement un paysage identique à celui de l’original, mais surtout des traits et retouches similaires.  » Les lignes se répètent dans les deux tableaux, explique Ana Gonzalez, chercheuse au département technique du Prado. Le processus de création est plus complexe que celui d’une copie habituelle. « 
On y trouve bien quelques différences. Les montagnes sont plus hautes, et La Joconde du Prado a des sourcils, contrairement à celle du Louvre. Mais  » chaque changement effectué par Vinci se reflète dans la copie. Les retouches sur la taille, la position des doigts, la ligne du décolleté, le contour du voile ou de la tête sont identiques « , explique Mme Gonzalez. Une conclusion s’impose : cette copie a été réalisée en même temps que l’original de Vinci, par un auteur présent dans l’atelier durant tout le processus de réalisation.
Qui est-il ? Le Prado penche pour l’un des deux élèves de confiance du maître, Salaï, dont le testament prouve qu’il possédait une copie de La Joconde, ou Francesco Melzi. Deux peintres mineurs et méconnus qu’il est difficile d’identifier. Le tableau, d’ailleurs, n’a guère les qualités de l’original.  » C’est une technique très différente, avec une calligraphie compacte et affectée, qui n’a rien à voir avec le « sfumato » de Vinci « , relève le directeur du département de peinture italienne, Miguel Falomir.
L’intérêt de la copie ne réside pas dans sa qualité artistique mais dans ce qu’elle nous apprend de l’original et du processus créatif de Vinci.  » Ce n’est que le début d’un travail de recherches plus ample « , insiste Gabriele Finaldi. Au Louvre, la copie peut être comparée à l’original.
Sandrine Morel
Sur YouTube : un reportage de l’AFP sur La Joconde du Prado.
 L’autoportrait de Vinci hospitalisé
L’autoportrait de Léonard de Vinci est un chef-d’oeuvre en très grand péril. Il représente le peintre dans son grand âge, telle que la légende a depuis fixé ses traits : longue chevelure et longue barbe de patriarche, moitié Père Noël, moitié Dieu le père.
 Assuré pour 50 millions d’euros, ce dessin à la sanguine daté de 1515 et attribué à Léonard quitte rarement les caves de la bibliothèque nationale de Turin où il est conservé. Il en a pourtant été extrait le 23 février, pour gagner Rome dans un caisson pouvant résister à une chaleur de 200 degrés, lui-même placé dans un camion blindé suivi par des motards. Le check-up subi pendant un mois à l’Institut central pour la restauration et la conservation des archives et des dessins est alarmant. Le 20 mars, les 16 experts qui se sont penchés sur son cas ont rendu leur diagnostic. Le dessin souffre de foxing, soit une contamination fongique.  » L’oeuvre est mal-en- point, a expliqué Maria Cristina Misiti, la directrice de l’institut. Les résultats de nos recherches ne sont pas encourageants. « 
Selon les experts, le processus de dégradation aurait commencé au début du XXe siècle. Lors d’une exposition en 1929, il a été fixé au mur sans trop de précautions, ce qui aurait provoqué des lésions comparables à des brûlures. De plus le papier, mélange de chanvre et de lin, n’est pas de très bonne qualité.
Et maintenant ? Ce n’est qu’au mois de juin, après d’autres examens, que l’on saura précisément quel type de soin apporter au malade. Plusieurs hypothèses sont envisagées, y compris celle de ne rien faire. Une chose est sûre pourtant, le chef-d’oeuvre devra rester au moins deux ans  » hospitalisé « , à Rome d’abord, puis à Turin. Après quoi il devra mener une vie retirée.  » Vu son état, le dessin ne pourra plus voyager et il ne pourra pas être exposé de nouveau avant au moins deux ans « , assure Antonia Pasqua Recchia, secrétaire générale du ministre des biens culturels.
Philippe Ridet (Rome, Correspondant)
L’autoportrait lors d’une exposition
 
 
 

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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