Toulouse Affaire Merah : Un gouvernement responsable n’a nul besoin d’établir un état d’urgence pour traquer un tueur, fût-il terroriste.

LE MONDE | 30.03.2012

Une opération policière trop politisée

Pour s’assurer du respect de ces consignes électoralistes, N.Sarkozy  a dépêché à Toulouse , Claude Guéant ; ce dernier a ainsi revêtu l’habit de directeur général de la police nationale qu’il avait abandonné en 1998. De fait, le ministre a oublié qu’il disposait de subordonnés plus qualifiés que lui pour diriger les opérations ; il a politisé une opération policière. En ne laissant pas le RAID choisir la temporalité de son action et son mode opératoire, Claude Guéant est responsable des errements connus.
Par Floran Vadillo, politologue, spécialiste des questions de renseignement (Centre Emile-Durkheim, Sciences Po Bordeaux)
Passé le temps du recueillement, la campagne électorale semble avoir repris ses droits et le thème de la sécurité se mue en avantage ou handicap supposés. La France redécouvre le terrorisme et, à travers lui, les services de renseignement chargés de sa prévention et de sa répression.
Dans ces conditions de drame en période électorale, les critiques les plus irrationnelles prospèrent et la polémique se fixe tant sur l’action du RAID que sur celle de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) accusée d’avoir failli. En effet, une démarche cathartique nous contraint à désigner des coupables, des maillons responsables de funestes dysfonctionnements.
Mais le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) n’aurait guère agi avec plus de réussite que le RAID dans la conduite d’une opération contrainte et politique : car le président de la République a fixé la feuille de route de cette unité d’élite. Pour s’assurer du respect de ces consignes électoralistes, il a dépêché à Toulouse son ministre de l’intérieur, Claude Guéant ; ce dernier a ainsi revêtu l’habit de directeur général de la police nationale qu’il avait abandonné en 1998.
De fait, le ministre a oublié qu’il disposait de subordonnés plus qualifiés que lui pour diriger les opérations ; il a politisé une opération policière. En ne laissant pas le RAID choisir la temporalité de son action et son mode opératoire, Claude Guéant est responsable des errements connus.
La politisation de cet assaut s’inscrit dans la politisation de toute la gestion de crise. Aucune voix ne s’est élevée contre la décision de déclencher, sous le coup de l’émotion, le niveau écarlate du plan Vigipirate. Pourtant, un gouvernement responsable n’a nul besoin d’établir un état d’urgence pour traquer un tueur, fût-il terroriste. De surcroît, un gouvernement responsable ne leurre pas les citoyens : le niveau écarlate n’a rien changé aux mesures de sécurité appliquées en niveau rouge puisque stade d’alerte et dispositif déployé ne coïncident pas toujours
De sorte que, au niveau rouge en place depuis 2005, l’on applique les mesures prévues au niveau orange ou jaune, et concernant le niveau écarlate déclaré en Midi-Pyrénées, on met en oeuvre celles qui sont relatives au niveau orange, voire rouge. Envoyer des renforts en nombre ne nécessite pas de tels effets d’annonce.
De même, proclamer que notre dispositif juridique de lutte antiterroriste est lacunaire relève du mensonge et occulte le vrai défi qui consiste à définir les moyens octroyés à nos services de renseignement. Une loi relative aux activités de renseignement, précisant les missions et les moyens offerts aux services pour les accomplir, suffirait à prévoir ce genre de problématiques. Mais le bénéfice électoral semble faible et explique l’absence de réflexion à ce sujet.
Enfin, le débat autour de la prétendue faille de la DCRI paraît excessif. Sans préjuger des résultats de l’enquête, il convient de souligner la bonne coopération des services de renseignement extérieur et intérieur ainsi que la célérité de l’enquête. Aurait-on pu repérer Mohamed Merah plus rapidement ? Certainement, s’il avait montré une plus grande dangerosité au préalable, si les moyens de surveillance technique n’étaient pas contingentés, si les effectifs des services de renseignement étaient pléthoriques et permettaient de surveiller tous les membres des mouvances islamistes, des têtes de réseau aux jeunes recrues.
Aurait-on dû l’arrêter lors du dépôt de plainte évoqué par l’une de ses voisines ? Sans aucun doute si l’on ne se préoccupait pas de démanteler tout un réseau plutôt que de le conduire à une plus grande clandestinité en arrêtant l’un de ses membres, dénué d’importance, à l’époque.
Sans aucun doute également si le renseignement de proximité n’était assumé par la sous-direction à l’information générale (SDIG), un service en déshérence, scorie rejetée par la création de la DCRI. Un service aux fonctionnaires démobilisés faute de reconnaissance, faute de moyens, de considération et d’écoute. La vraie polémique en matière de renseignement réside dans cet aspect précis de notre dispositif national.
Repères :
11 mars Mohamed Merah assassine, à Toulouse, Imad Ben Ziaten, un sous-officier.
15 mars Il récidive à Montauban et tue Mohamed Legouad, Abel Chennouf et Loïc Liber, membres du 17e régiment du génie parachutiste.
19 mars Tuerie au collège juif Ozar-Hatorah de Toulouse. Jonathan Sandler, ses deux enfants, Arieh, 5 ans, et Gabriel, 4 ans, sont tués ainsi que Myriam Monsonego, 7 ans. Un adolescent est grièvement blessé. Le plan Vigipirate écarlate est activé dans la région Midi-Pyrénées (levé le 24 mars).
22 mars La police lance l’assaut contre le domicile de Merah à Toulouse et le tue. Cinq policiers sont blessés.
Commission sénatoriale des lois : Refus, des ministres Intérieur et Défense, d’interroger le DGSE et DCR sur l’affaire Merah, sous prétexte de ” devoir de réserve ” ?, ( pour autant, si peu observer par les intéressés eux-mêmes … )
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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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