Santé – Enquête ( suite ) sur les mandarins cumulards

Le Monde  29/03/2012

L’emploi du temps bien rempli de Philippe Douste-Blazy

IL N’A PLUS de mandat politique, mais Philippe Douste-Blazy est lui aussi un professeur d’université-praticien hospitalier (PU-PH) multifonctions. Affecté à Paris en 2008, il donne des cours à la faculté de médecine Paris-Diderot et est rattaché à l’hôpital Lariboisière, établissement de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).
Mais ce n’est pas tout. Il est aussi président du conseil d’administration d’Unitaid, l’agence dédiée à la collecte des taxes sur les billets d’avion pour lutter contre les risques sanitaires dans les pays en développement, et est à ce titre secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des financements innovants. Au point, il le sait, que certains s’interrogent dans le milieu hospitalier sur la réalité de ses activités de PU-PH.
A la faculté, celui qui a été ministre de la culture, puis de la santé, puis des affaires étrangères, est bien présent.  » Je prépare des cours, j’en donne en master et même en première année « , détaille-t-il. Ce qui lui prend beaucoup de temps, dit-il :  » Les gens pensent que les ministres et députés ne font que ça dans leur vie, mais j’ai un métier, et je l’exerce avec plaisir. « 
 » Autographes « 
 » Il fait sa charge comme tous les autres enseignants « , confirme Benoît Schlemmer, doyen de la faculté.  » Quand il y a eu l’affaire concernant Luc Ferry – l’ex-ministre de l’éducation était payé mais n’enseignait pas – , j’avais fait vérifier un certain nombre de choses. M. Douste-Blazy est bien professeur chez nous, je vous l’assure, affirme Vincent Berger, le président de l’université. On m’a même raconté que quand il est revenu enseigner, les étudiants lui demandaient des autographes. « 
Pour son poste hospitalier, la situation est moins simple. Il n’apparaît pas sur le site Internet de l’hôpital Lariboisière.  » Je n’exerce plus comme cardiologue, je fais de la santé publique. Donc je n’ai pas de consultation, et pas de malades, explique M. Douste-Blazy. Je m’occupe du programme de médicalisation des systèmes d’information. « 
Christophe Ségouin, le chef du service de santé publique auquel il est rattaché, explique que ce dernier n’y travaille pas, mais qu’ils se croisent dans des réunions où ils échangent notamment sur la question du dépistage du sida. Il précise que les médecins attachés à un hôpital mais détachés sont chose courante. En fait, et M. Douste-Blazy l’inclut lui aussi dans ses attributions, il exerce  » des fonctions de représentation à l’international « . Ce que confirme la direction de l’AP-HP. Sans que personne ne précise clairement qui il représente, et dans quel contexte. L’emploi du temps de M. Douste-Blazy est en effet rempli de déplacements à l’étranger, où il visite des hôpitaux dans le cadre de jumelages, participe à des conférences, etc.
C’est pour cette mission que le praticien Douste-Blazy est payé. Mais par qui ? Par l’AP-HP, assure-t-il. C’est vrai, c’est elle qui lui verse ses émoluments (5 111 euros brut par mois), mais elle précise que le ministère de la santé compense avec des fonds dévolus aux missions d’intérêt général. Ce que ne savait pas l’intéressé. D’Unitaid, en revanche, il dit ne rien avoir voulu toucher.
Nathalie Brafman et Laetitia Clavreul
Philippe Douste Blazy en campagne

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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