Candidat-caméléon : Le nouveau (nouveau, etc.) Sarkozy est arrivé !

 Nouvel Obs 06/04/2012 Par Renaud Dély

Candidat-caméléon, Nicolas Sarkozy est bien celui du changement permanent… de lui-même.

Nicolas Sarkozy a un ennemi : le temps. Candidat de l’instantanéité, de l’urgence, de l’immédiateté, le président sortant ne redoute rien tant que la durée. Deux menaces essentielles pèsent sur sa campagne : la mémoire de l’électorat qui, au regard de son bilan détruit la crédibilité de ses engagements, et le recul que prennent ceux qui observent l’ensemble de sa campagne pour tenter d’en cerner l’introuvable cohérence.
Pour surmonter ces handicaps, il lui faut donc bouger sans cesse, et construire, ou plutôt déconstruire, sa campagne en une succession de séquences, brèves, et surtout indépendantes l’une de l’autre.
Il est comme ces tableaux dont on ne perçoit le sens que lorsqu’on s’en éloigne. De près, on peut être impressionné par un tour de force, s’émerveiller devant une annonce, applaudir une trouvaille, mais dès que l’on prend du recul et que l’on tente de le saisir dans sa globalité, on est saisi par d’indépassables contradictions internes.
Son gourou, Patrick Buisson, nous vend un récit « national » qui se réclame de Renan, ponctué de fulgurances qui se voudraient dignes des coups de pinceau d’un Van Gogh ; on se retrouve avec du Derrida repeint par Mondrian… Un rectangle noir par-ci, un carré rouge par-là, une bande blanche au milieu, c’est beau, coloré, impressionnant, mais le quidam peine à apprécier l’harmonie de l’ensemble.
Faute de projet cohérent, on assiste à une inédite déconstruction programmatique. Ainsi, le nouveau (nouveau, nouveau, nouveau, etc.) Sarkozy est-il arrivé avec la présentation de sa « Lettre au peuple français ». S’il n’est guère plus gouleyant que le beaujolais, le nouveau Sarkozy a le mérite, lui, de débouler non pas une fois par an, mais tous les quinze jours.
Depuis sa conférence de presse de jeudi, l’intéressé est donc désormais garant du retour à l’équilibre financier et apôtre de lutte contre les déficits et l’endettement qui, sous son mandat, ont atteint un niveau record. En dramatisant ainsi la crise, et donc les efforts nécessaires à fournir, Nicolas Sarkozy prétend séduire les électeurs centristes de François Bayrou. Le souci, c’est qu’il y a quelques jours, il assurait avec la même fougue que nous étions déjà sortis de la crise et il se posait en rempart face aux « vagues migratoires incontrôlées » pour récupérer le vote d’extrême droite.
Deux semaines plus tôt, le même Sarkozy – car il s’agit bien du même… – celui qui se veut désormais seul capable de rassurer les marchés financiers… se voulait « candidat du peuple », anti-élites et en guerre contre les puissants. « Candidat du peuple » vraiment, ou candidat des marchés ? On s’y perd. N’était-il pas, peu avant, l’indéfectible allié d’Angela Merkel pour poser en président protecteur… jusqu’à la perte de notre fameux triple A, symbole de la faillite financière du quinquennat.
Bref, en moins de deux mois, le candidat–caméléon Sarkozy a déjà présenté quatre profils différents et contradictoires. Série en cours puisque l’intéressé répète qu’il ne se privera pas de dégainer des propositions ébouriffantes jusqu’au jour du scrutin.
Alors, lequel est le vrai Sarkozy ? Lequel de tous ceux-là doit-on croire ? Le « bougisme » du candidat est supposé ne pas laisser suffisamment de « temps de cerveau disponible  »  à l’électeur pour qu’il se pose ces questions dérangeantes.
L’autre manoeuvre du candidat UMP consiste à déplacer le curseur pour faire mine de traiter d’un sujet sans s’y attaquer au fond. En l’espèce, l’affaire de la date du versement des retraites fait figure de cas d’école. Nicolas Sarkozy a promis aux personnes âgées, un électorat qui vote plus que d’autres, que les pensions seraient désormais versées dès le 1er du mois plutôt que le 8. Fort bien. C’est évidemment une très bonne mesure, annoncée depuis un an, qui évitera aux personnes âgées de ne pas être à découvert en début de mois, notamment lorsqu’elles doivent verser leur loyer. Tant mieux. Mais leurs découverts réapparaîtront, hélas, en fin de mois si rien n’est fait pour améliorer leur niveau de vie.
L’essentiel ne serait-il pas d’augmenter les petites retraites et de restaurer leur pouvoir d’achat ? A cela, non seulement Nicolas Sarkozy, ravi de son petit coup électoraliste, ne répond pas, mais, pire, lui qui a reculé l’âge de la retraite sans augmenter le montant des pensions, fustige la volonté de François Hollande de permettre à ceux qui ont commencé à travailler dès l’âge de 18 ans, de partir en 60 ans s’ils disposent de leurs annuités. Les personnes concernées sont pourtant, la plupart du temps, des gens aux revenus modestes.
Mouvement perpétuel et rideaux de fumées à tout va, telles sont donc les ultimes bouées de sauvetage sur lesquelles mise le candidat Sarkozy. « Le changement, c’est nous ! », a-t-il osé il y a quelques jours. Ce n’est pas faux. Nicolas Sarkozy est bien le candidat du changement, et même du changement permanent… mais du changement de lui-même.
Renaud Dély – Le Nouvel Observateur

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Politique, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.