Le (CSA) a tranché : La publicité un think tank libéral de l’Institut Montaigne va cesser : Une pub déguisée pour Sarkozy à la télé ?

Nouvel Obs  06-04-2012

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA)  fait retirer des publicités trop sarkozystes

 L’Institut Montaigne, auteur de ces pubs qui reprennent l’argumentation de l’UMP, reconnaît « une erreur ».
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a tranché : la campagne de publicité de l’Institut Montaigne va devoir prendre fin d’ici trois jours.*  Selon les informations du « Nouvel Observateur », l’instance de régulation de l’audiovisuel s’est prononcée cette semaine pour l’interdiction de ces publicités à compter du lundi 9 avril.
En cause : le message politique contenu dans les spots diffusés sur la chaîne d’information BFM-TV et sur les radios BFM et RMC par l’Institut Montaigne, un think tank libéral réputé proche du patronat et de l’UMP. Une partie de ces « idées pour demain » reprend en effet des éléments de langage de Nicolas Sarkozy, comme nous le soulignions ce mardi. Les clips proposent par exemple d’assouplir les conditions de rupture d’un CDI ou de réduire les cotisations patronales. S’agit-il de publicité politique déguisée ? L’Institut Montaigne s’en défend… mais n’a de toute évidence pas convaincu le CSA. Le régulateur a également demandé que ce « type de message » ne soit plus diffusé à l’avenir en période de campagne électorale.
« Notre objectif a été atteint »
« Notre groupe cessera la diffusion des clips de l’Institut Montaigne dimanche soir », nous confirme Alain Weill. Pour autant, le patron du groupe Next Radio (qui regroupe BFM-TV, BFM et RMC) refuse de reconnaître un désaveu.
Le CSA nous a fait part de cette demande dans le cadre de nos échanges réguliers avec eux. Aucune notification écrite ne nous a été adressée. En attendant ces programmes courts sont diffusés -à la demande du CSA – hors écran publicitaire. Nous avons accepté la campagne de ce think tank car TF1 et LCI ont fait de même 2007. À l’époque cette campagne n’avait suscité aucune polémique. Si Terra Nova nous avait proposé une campagne similaire, nous l’aurions acceptée. Il est nous aussi arrivé de diffuser des messages publicitaires de syndicat sans que cela pose le moindre problème. »
Interrogé par « le Nouvel Observateur », le directeur de l’Institut Montaigne, Laurent Bigorgne, cherche lui aussi à minimiser. Il reconnaît toutefois « une erreur ». « Nous aurions dû être plus attentif sur ce point. Nous ne l’avons pas anticipé. Nous n’avions aucune intention de troubler l’ordre public ni d’empiéter sur la campagne officielle ».
Avant diffusion, l’institut Montaigne avait pourtant sollicité l’avis de l’Arpp, l’ancien bureau de vérification de la publicité, qui avait émis un avis favorable, mais pour une diffusion hors écran, c’est-à-dire hors tunnel publicitaire. Un avis qui n’a pas été respecté. « Cela ne répondait pas aux critères d’une publicité », nous déclare son directeur général, Stéphane Martin.
Pour autant, l’institut Montaigne se dit satisfait : « Notre objectif a été atteint. Notre campagne aura été programmé 26 jours sur les 31 prévus initialement ».
Nabil Touati (avec Baptiste Legrand)
Par Nabil Touati
* Note : pourquoi attendre ?

 REGARDEZ. Une pub déguisée pour Sarkozy à la télé ?

Nouvel Obs  le 04042012
VIDEO. Le CSA instruit un dossier sur une campagne de publicité lancée par l’Institut Montaigne qui tombe à pic pour le candidat UMP.
Et si la campagne électorale se jouait aussi… dans les écrans de publicité diffusés sur la TNT ? L’Institut Montaigne, think tank libéral réputé proche du patronat et de l’UMP, a lancé une campagne sur la chaîne d’information BFMTV et sur les radios BFM et RMC. Officiellement, il s’agit de vanter les propositions de ce club de réflexion… mais le message fait furieusement penser au projet de Nicolas Sarkozy. A tel point que le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), inquiet, instruit actuellement un dossier.
A l’heure où les médias sont soumis à une obligation de stricte égalité de temps de parole entre les dix candidats à la présidentielle, l’Institut Montaigne achète des espaces publicitaires depuis la mi-mars pour promouvoir sa trentaine de propositions. Le format est inhabituel pour de la pub : près d’une minute, décliné jusqu’à 9 fois par jour sur BFMTV. Objectif affiché : « toucher le plus grand nombre« .
L’orientation politique du message ne fait guère de doute. Si une partie de ces « idées pour demain » apparaissent consensuelles, comme la lutte contre l’illettrisme et l’aménagement des rythmes scolaires, la majorité des propositions sont d’inspiration libérale. Le think tank propose ainsi d’assouplir les conditions de rupture d’un CDI, d’instaurer un chèque syndical (une mesure décriée par les syndicats) ou encore de réduire les cotisations patronales. L’institut va jusqu’à proposer de légaliser les statistiques ethniques dans les entreprises, un sujet sensible, déjà censuré par le Conseil constitutionnel.
Ces spots de pub se veulent « fidèles à l’esprit des travaux de l’Institut Montaigne sur la compétitivité et la cohésion sociale », se félicite le think tank. Elles sont aussi « fidèles » aux arguments de campagne de Nicolas Sarkozy. Deux mimi-films plaidant pour l’instauration de la TVA sociale reprennent même (involontairement ?) des éléments de langage du candidat-président. Les similitudes sont troublantes :
De la publicité politique à la télévision ? Vidéo par Le NouvelObservateur
Simple coïncidence ? « On ne s’est pas calé sur la phraséologie de Nicolas Sarkozy », se défend l’institut Montaigne, interrogé par « le Nouvel Observateur ».
Ces spots ne visent à soutenir aucun candidat. Nous souhaitons simplement sensibiliser l’opinion à nos travaux », poursuit le think tank.
Et combien cette campagne publicitaire coûte-t-elle ? Selon le « Canard enchaîné » du mercredi 28 mars, c’est le cabinet d’audit KPMG, partenaire de l’institut Montaigne, qui paye intégralement l’addition. L’agence de communicationTilder, également citée par l’hebdomadaire satirique, a en revanche vigoureusement démenti toute implication.
 Malgré notre insistance, l’institut Montaigne refuse de dévoiler le montant des investissements engagés: « Nous sommes un organisme privé. Rien ne nous oblige à révéler le coût cette opération ». Un organisme certes privé mais qui intervient dans le débat public en pleine campagne présidentielle. La transparence, l’institut Montaigne l’exige pourtant pour les principaux candidats en évaluant le coût de leur programme. Une transparence que le think tank ne s’applique pas tout de suite. Il nous invite à consulter leur bilan comptable, qui sera mis en ligne… l’an prochain. Patience, donc.
Le CSA s’interroge
En attendant, le CSA aura peut-être son mot à dire. « Un arbitrage est en cours », nous apprend le Conseil supérieur de l’audiovisuel, qui dira si cet achat d’espace publicitaire respecte ou non la législation : les messages du think tank auraient-ils dû être diffusés hors écran publicitaire, dans un espace identifié ? L’instance régulatrice dira aussi si cet annonceur peut, au nom du débat démocratique, s’offrir des publicités à caractère politique, ce qui n’est pas autorisé pour les partis.
Et si le CSA poussait plus loin sa réflexion, il pourrait s’interroger sur la sincérité des messages publicitaires. Le spot plaidant pour une hausse « raisonnable » de la TVA propose de l’augmenter… d’environ 4 points. Une modération toute subjective. L’institut Montaigne affirme aussi -comme Nicolas Sarkozy – qu’un relèvement comparable de la TVA en Allemagne n’a entrainé aucune hausse des prix. Un argument fallacieux, comme l’a relevé notre « Pinocchio » après l’interview de Nicolas Sarkozy fin janvier.
La diffusion en boucle des publicités prendra fin une semaine avant le premier tour de l’élection présidentielle. D’ici là, sauf décision contraire du CSA, la diffusion se poursuit donc sur BFMTV, BFM radio et RMC. Des médias qui ont pour point commun de faire partie du groupe Next Radio TV. Le groupe d’Alain Weill ne s’est pas inquiété du mélange des genres entre publicité politique et publicité pour haricots. 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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