Avis de souffrance à la Poste

Backchich infos – Xavier Monnier lun, 16/04/2012  
Suicides de cadre et de postier, souffrance dans les services, procès pour harcèlement.  Le malaise gagne tous les corps de la grande maison jaune. Sauf sa tête qui a repoussé son conseil d’administration à l’après présidentielle. 
«Madame Astrid Herbert Ravel communique de manière à soutenir sa procédure judiciaire en cours pour harcèlement moral contre trois dirigeants de La Poste dont deux qu’elle n’a jamais rencontrés et un, une seule fois, à sa demande. L’objet de sa procédure est d’obtenir de La Poste une transaction financière d’un montant astronomique au prétexte que ses dix dernières années professionnelles ne correspondent pas à ce qu’elle pense mériter. A ce stade La Poste réserve les éléments de ce dossier pour la justice.»
Ce sont les quelques lignes délivrées par le service de presse de la Poste à Challenges, magazine qui a souhaité faire réagir la maison jaune aux accusation portées par une de ses cadres, Astrid Herbert Ravel. 
«Cela montre l’état d’esprit dans lequel ils sont, décrit à Bakchich son avocate, Me Marie Courpied. Ils ont voulu taire la souffrance, ils continuent à ignorer le problème». Au moins jusqu’au 23 janvier prochain. A cette date a été audiencé au Tribunal de grande instance de Paris le procès pour harcèlement moral de Jacques Bailly, PDG de la Poste, Georges Foulcaud Lestienne, directeur délégué aux ressources humaines, et Jean-Yves Petit, directeur du développement social, passeront devant le tribunal de grande instance. 
Stratégie du déni
«Oser dire que je recherche de l’argent avec cette histoire, c’est ridicule. Evidemment que mes demandes (NDR: 680 000 euros de dommages et intérêts) sont élevées, assume Mme Herbert Revel, mais elles correspondent à 10 ans d’enfer. Si j’avais voulu de l’argent ce n’est pas au pénal que j’aurais attaqué mais au civil».
La quarantaine souriante, l’ancienne élève de l’ENS-PTT confie l’enfer professionnel qu’ont été ses dix dernières années à la Poste. Tout a commencé avec un harcèlement sexuel en 2002. En réponse, lui est gentiment demandé de rester à son domicile, deux ans durant quand son agresseur ne subit aucune réprimande. Sans mission, sans activité mais payée… Un protocole interne de harcèlement moral s’ouvre en 2004, conclut bien à une situation avérée de harcèlement moral, après que le délai de prescription pénale soit passée. Son harceleur en sort indemne. 
En 2005, Astrid est alors réaffectée à un poste sans aucune mission concrète, ni suivi. Avant une «dispense d’activité» en 2007, des menaces de se voir déclarer médicalement inapte en 2008, puis un poste de chargé de mission au service du logement. Toujours sans mission. 
73000 postes supprimés sans plan social
«Ils ont fait traîner les choses puis m’ont isolé, se remémore-t-elle. J’étais chargée de mission dans un bureau près de l’escalier de service. Un mot a même été passé afin que l’on ne me dérange pas, on me donnait à faire des dossiers déjà bouclés. Pour me faire craquer». son refus de négocier son départ s’accompagne de nouvelles pressions, du retrait des rares dossiers confiés et de son dépôt de plainte à l’encontre des pontes de la boîte. «C’était devenu la seule façon de se faire entendre, de ne pas se laisser faire et obliger les dirigeants de la Poste à assumer leurs responsabilités». Elle ne regrette pas. A côté des mails menaçant contre lesquels elle a porté plainte, lui sont parvenus de nombreux témoignages de soutien et de souffrance. «Des cadres, des postiers victimes de harcèlement se sont retrouvés dans mon exemple. Après mes passages radios et mes interviews, ils m’ont décrit leur situation, leur désespoir, les pressions dont ils sont l’objet.»
Et l’ancienne DRH de dénoncer la casse sociale dont est victime la Poste depuis 2002. «73 000 postes supprimés en 10 ans, d’ici à 2015 ce sont la moitié des effectifs qui auront été supprimés. Et tout ça sans plan social, c’est de la magie !  Ca ne peut pas se réaliser sans drame» Presqu’un discours syndical. «Même des gens de France Télécom m’ont appelé.» Le fantôme est lâché.  

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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