La Sarkozie en plein désordre

Médiapart 18 avril 2012
23 avril 2007. Nicolas Sarkozy tient meeting à Dijon. La veille, le candidat UMP a obtenu plus de 31 % des voix. La victoire lui semble quasiment acquise. Ce soir-là pourtant, il sort de son chapeau un soutien de poids : Eric Besson. Inconnu du grand public, le député PS de la Drôme, rédacteur du projet économique de Ségolène Royal, a lâché sa candidate mi-février, à la suite de gros désaccords.
A la tribune, à Dijon (vidéo ici), Besson annonce qu’il votera Sarkozy et dénonce la caricature qui est faite du candidat UMP. Tant pis si, trois mois plus tôt, il a signé un violent pamphlet contre le candidat UMP, best-seller du PS, dans lequel il le qualifie de « néoconservateur américain à passeport français ». Un mois plus tard, il est nommé secrétaire d’Etat en charge de la prospective, avant de devenir ministre de l’immigration (en 2009) puis de l’industrie (en 2010).
« Qui connaît M. Besson ? » avait lancé Ségolène Royal en riant, au lendemain du départ du député. « J’ai découvert des noms que j’ignorais », ironise aujourd’hui, comme en réponse, Jean-François Copé, concernant l’avalanche de ralliements pour François Hollande.
 2012 Cinq ans après la déroute de Royal, le même scénario se produit, à l’envers. En quelques heures, mardi 17 avril, six anciens ministres de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy ont indiqué leur soutien au candidat socialiste.
 Le président-candidat est d’abord lâché par ceux qu’il avait promus dans son gouvernement. Martin Hirsch (ex-haut-commissaire aux solidarités actives et ancien président d’Emmaüs), Fadela Amara (ex-secrétaire d’Etat à la politique de la ville et ancienne présidente de Ni putes ni soumises) et Jean-Pierre Jouyet (ancien secrétaire d’Etat aux affaires européennes, puis président de l’Autorité des marchés financiers – AMF) sont subitement en train de se souvenir de leur attachement à la gauche. Le premier a indiqué au Monde avoir « l’intention de voter François Hollande ». La seconde est allée plus loin dans un entretien à Libération. Tout en assurant qu’elle n’avait « rien négocié », elle a rappelé ses 23 années au PS et livré un long éloge de François Hollande, « un ami », qu’elle affirme avoir toujours soutenu… Quant au troisième, ami intime de François Hollande, s’il est tenu par le devoir de réserve imposé par son poste, son vote pour le candidat socialiste est acquis depuis plusieurs mois.
Ces girouettes viennent s’ajouter aux ralliements de l’ex-candidate à l’élection présidentielle Corinne Lepage (qui fut ministre de l’environnement d’Alain Juppé avant de rejoindre Bayrou puis de le quitter) et de Jean-Jacques Aillagon (ministre de la culture de Chirac, en guerre avec Sarkozy depuis son éviction de la direction du Château de Versailles) – qui l’avait déjà annoncé le 8 mars dans Libération.
Mardi, Le Parisien nous apprenait que, à l’exception de Bernadette, qui continue de jouer les chauffeuses de salles dans les meetings de Sarkozy, le clan Chirac penche pour Hollande : l’ancien président de la République lui-même, sa fille Claude, son gendre et ancien secrétaire général de l’Elysée, Frédéric Salat-Baroux. Plusieurs proches de Chirac étaient d’ailleurs présents au discours de Hollande à Vincennes, dont Laurent Glépin, ancien chargé de la communication à l’Elysée, Hughes Renson, un proche collaborateur, ou Thierry Rey, ancien compagnon de Claude et père du jeune Martin Chirac.
 L’UMP minimise, dénonce et dégaine, mercredi soir, un communiqué intitulé « Tous mobilisés derrière Nicolas Sarkozy », cosigné par des ténors issus de la Chiraquie (Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, François Baroin, Christian Jacob, Jean-François Copé, Michèle Alliot-Marie, Jacques Toubon, etc.). Il n’empêche, le symbole est là.
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Une ambiance de défaite dans la campagne Sarkozy 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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