Martin Hirsch répond à l’UMP – « Je suis prêt à tout débat sur le fond avec mes détracteurs, y compris les plus méprisants d’entre eux » À quoi doit servir ma prise de position publique ?

Nouvel Obs  20-04-2012   Par Martin Hirsch Ancien Haut-Commissaire aux solidarités

Après mon soutien à Hollande, mes réponses aux pressions de l’UMP

LE PLUS. « Indigne », « ingrat », « cynique » : les quolibets n’ont cessé de pleuvoir sur l’ancien haut-commissaire aux solidarités actives, symbole de l’ouverture à gauche de Nicolas Sarkozy, après que celui-ci a annoncé son soutien à François Hollande. Pourtant, personne ne s’est interrogé sur le fond de cette décision, sur laquelle il revient pour Le Plus
En indiquant le sens de mon vote, lundi, lors d’une interview au « Monde », j’ai déclenché une avalanche de leçons d’élégance, de sarcasmes, de mépris et d’injures. La vraie surprise, c’est que pas une de ces réactions ne se réfère à la question de fond que je soulevais et qui justifiait mon propos : la programmation d’une remise en cause du revenu de solidarité active.
Travail de sape sur le RSA
 Il faut être sourd et aveugle pour ne pas avoir entendu et vu un travail de sape sur le RSA, dont le premier coup de pioche a été donné par Laurent Wauquiez, dont il faut rappeler qu’il a écrit des pages attendrissantes sur sa fierté d’avoir appartenu à la commission que j’ai présidée qui a inventé le RSA. Ceci m’a valu, il y a un an, une explication orageuse avec le président de la République. J’avais expliqué que, derrière un discours sur le coût de l’assistanat, on utilisait les excédents financiers du RSA pour les consacrer à d’autres politiques plutôt que d’en améliorer l’efficacité et de les orienter vers les poches auxquelles ils étaient destinés : celles des travailleurs les plus pauvres.
 À l’époque, il m’avait fait valoir que si certains attaquaient le RSA, dans la majorité et le gouvernement, lui continuait à le défendre. Ces derniers mois, la donne a changé, dans le discours et dans les intentions. Traduction concrète : le chiffrage du programme du candidat Nicolas Sarkozy prévoit un milliard d’euros d’économies sur le RSA ! Autant que ce qu’il coûte, en plus du RMI. Il se trouve que personne ne l’a relevé. Qu’attendait-on de moi ? Que je me drape non pas dans ma dignité, mais dans l’indignité, rebaptisée, c’est selon, devoir de réserve ou élégance ?
 Une vraie lâcheté et un vrai lâchage
 J’avoue que je n’ai pas la sagesse de Job qui lui permettait de dire : « Le seigneur me l’a donné. Que le seigneur soit loué. Le seigneur me l’a repris. Que le seigneur soit loué ». Surtout j’estime que ceux qui sont pauvres comme Job, n’ont pas à être les victimes de cette prétendue sagesse, qui serait une vraie lâcheté et un véritable lâchage.
 Alors je ne trahis pas une majorité qui a soutenu effectivement le RSA entre 2007 et 2010, mais je ne me tais pas quand il s’agit de le défaire. L’énigme est ailleurs : pourquoi une réforme qui est approuvée par une majorité des électeurs de droite et par une majorité des électeurs de gauche, exception faite des électeurs de l’extrême droite, suscite-t-elle tant d’acharnement ? La réponse est peut-être dans la question, comme souvent.
 À quoi doit servir ma prise de position publique ? À ce que le RSA soit renforcé et non pas affaibli. Si la droite conserve la majorité, qu’elle ne puisse pas le défaire en silence. Si la gauche obtient la majorité, qu’elle l’améliore vite  en se souvenant que le père du RMI, Michel Rocard a toujours considéré que la gauche aurait dû d’emblée faire le RSA en 1988 et qu’un RSA plus efficace est une réponse simultanée à des questions d’emploi et de pouvoir d’achat.
 Transformer des idées en réalité
 Les deux grandes réformes auxquelles j’ai contribué depuis 2007, le RSA et le service civique ont deux points communs. Le premier est qu’elles ont été votées sans opposition, parce que nous les avons concertées avec la droite et avec la gauche. Le deuxième est que certains aimeraient dire qu’elles existent sans y consacrer les moyens nécessaires. Je me bats aussi pour que le service civique ne connaisse pas le sort du service civil entre 2005 et 2007 : un élan vite stoppé.
 Ma conception de la politique est simple, n’en déplaise à ceux qui ne la partagent pas et qui l’ont exprimé avec vivacité ces derniers jours : transformer des idées en réalités, traduire des convictions en actions et ne pas me laisser détourner de ce chemin ardu par les jurys auto- proclamés des concours d’élégance. Je suis prêt à tout débat sur le fond avec mes détracteurs, y compris les plus violents et les plus méprisants d’entre eux.
 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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