L’indicateur européen « espérance de vie sans incapacité » montre que vivre plus longtemps ne signifie pas forcément vivre en bonne santé.

Notre planète 19/04/2012 : Le site de référence en environnement et sciences de la Terre depuis 2001
L’espérance de vie s’allonge en Europe mais dans quel état de santé ?
Si l’Europe se targue d’avoir l’une des meilleures espérances de vie au monde, c’est sans prendre en compte le degré d’incapacité des personnes âgées. Or, le suivi de l’indicateur européen « espérance de vie sans incapacité » montre que vivre plus longtemps ne signifie pas forcément vivre en bonne santé. C’est particulièrement vrai pour la France.
Bien que l’espérance de vie soit en constante augmentation dans les pays de l’Union européenne, vivre plus longtemps n’est pas toujours synonyme de bien vieillir. Savoir jusqu’à quel âge une personne vit réellement en bonne santé est une question à part entière qui prend tout son sens dans le cadre d’une dégradation quasi généralisée de notre milieu de vie.  
L’espérance de vie sans incapacité (EVSI) indique combien de temps on peut espérer vivre sans incapacité. Elle est calculée annuellement pour tous les pays de l’Union européenne depuis 2005. Ces chiffres sont rendus publics dans le cadre de la première réunion annuelle de l’Action conjointe européenne sur les espérances de vie en bonne santé (EHLEIS pour European Joint Action on Healthy Life Years), dirigée par l’INSERM.
En 2009 l’espérance de vie sans incapacité s’établissait à 61,3 ans pour les hommes de l’Union européenne (EU27) ; ce qui représente près de 80% de leur espérance de vie à la naissance (76,7 ans). L’EVSI a atteint 62 ans pour les femmes ; ce qui représente les trois quarts de leur espérance de vie à la naissance (82,6 ans).
Les valeurs de 2010 pour les hommes
En 2010, c’est la Suède qui avait l’espérance de vie la plus longue (79,6 ans) pour les hommes de l’Union européenne et la Lituanie la plus courte (68 ans). C’est toujours la Suède qui avait, cette année-là, l’EVSI la plus longue (71,7 ans) et la République slovaque l’EVSI la plus courte (52,3 ans).
De meilleurs résultats pour les femmes
En 2010, la France et l’Espagne avaient l’espérance de vie la plus longue (85,3 ans) pour les femmes de l’Union européenne et la Bulgarie la plus courte (77,4 ans). Malte avait l’EVSI la plus longue (71,6 ans) pour les femmes et la République slovaque l’EVSI la plus courte (52,1 ans).
Ecarts entre les hommes et les femmes
Alors que l’écart d’espérance de vie (EV) entre les hommes et les femmes atteignait près de 6 années (5,9 ans) dans l’Union européenne en 2009, l’écart d’espérance de vie sans incapacité atteignait à peine une demie année (0,7 an). Si bien que la proportion des années vécues sans incapacité était inférieure de 5 points (-4.9) chez les femmes en comparaison avec les hommes (75% versus 80%).
En 2010, c’est en Lituanie que l’écart d’espérance de vie entre les hommes et les femmes était le plus important (10,9 années) et en Suède qu’il est le plus faible (4 années). C’est aussi en Lituanie que l’écart d’EVSI était le plus important (4,6 années) mais c’est en République slovaque, cette fois, qu’il était le plus faible (0,2 année). C’est au Portugal que l’écart dans la proportion des années sans incapacité (EVSI/EV) était le plus grand (près de 9 points) et en Bulgarie que cet écart était le plus faible (environ 3 points).
Mais dans tous les cas de figure observés, les femmes européennes vivent plus longtemps que les hommes et passent une plus grande proportion de leur vie avec des incapacités. Par contre, les écarts d’espérance de vie sans incapacité (EVSI) sont beaucoup plus réduits et dans 7 cas sur 27 (chiffres de 2009), les hommes ont une espérance de vie sans incapacité (EVSI) légèrement supérieure à celles des femmes. C’était le cas en 2009 de la Belgique, du Danemark, de l’Italie, des Pays bas, du Portugal, de l’Espagne et de la Suède, soit un nombre significatif des pays de l’Europe de l’ouest.
Le cas de la France
La France, qui affiche l’espérance de vie la plus longue pour les femmes en 2010 comme en 2009 occupe seulement la 10ème place en terme d’EVSI, illustrant ainsi un cas de figure où longue vie ne coïncide pas avec une bonne santé.
Ainsi, en 2010, un homme français avait une espérance de vie sans incapacité de 61,9 ans (pour une espérance de vie de 78,2 ans), en baisse de près d’un an depuis 2008. En 2010, une femme française avait une espérance de vie sans incapacité de 63,5 ans (pour une espérance de vie de 85,3 ans), en baisse de plus d’un an depuis 2008.
Vivre plus longtemps mais à quel prix ?
Ces informations nuancent fortement le formidable espoir que suscite l’allongement de la durée de vie. Trop souvent, on considère cette augmentation comme la preuve irréfutable que notre mode de vie, pourtant désastreux pour l’environnement et donc pour notre santé, est le meilleur qui puisse être pour les Hommes.
En effet, l’état de l’environnement en France est dans un triste état : les eaux sont polluées, l’air est malsain dans les agglomérations, la biodiversité ne cesse de reculer alors que nos campagnes sont massivement contaminées par les pesticides…
Dans le même temps, l’exploitation industrielle aberrante du vivant engendre des scandales sanitaires. Nous sommes de plus en plus exposés à des substances chimiques cancérigènes via les cosmétiques et les produits alimentaires, tandis que nos comportements ne s’améliorent pas franchement : sédentarité, cigarette, alcool… A ce titre, l’Europe est le continent où l’on meurt le plus du tabac et où l’on consomme le plus d’alcool
Résultat : les maladies dites émergentes et les cancers sont en explosion. Fin 2011, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail estimait à 365 000 les nouveaux cas de cancers en France, un nombre en augmentation constante. Les causes sont multiples mais pour l’agence sanitaire, seulement 5 à 10 % ont une cause endogène (altération génétique). Les autres, soit 90 à 95 % des cancers, sont liés à des causes exogènes, c’est-à-dire, à l’environnement au sens large. Celui-ci inclut les modes de vie (tabac, alcool, sédentarité, habitudes de consommation alimentaire, exposition solaire…) et les expositions à des facteurs environnementaux, aux agents chimiques, physiques et infectieux de l’environnement général et professionnel.
L’espérance de vie sans incapacité est donc un indicateur précieux pour mieux appréhender les conditions de notre fin de vie et en finir avec cet optimisme béat : vivre plus vieux ne signifie pas forcément vivre son troisième âge en bonne santé et cela change tout. Maintenir la vie coûte que coûte et en profiter sont deux états tout à fait différents.
Enfin, soulignons que pour la première fois depuis 25 ans, l’espérance de vie aux États-Unis a diminué. Les principales causes : le passif du tabagisme et l’obésité. Preuve que rien n’est acquis.
Source : Les dernières données sur l’espérance de vie en bonne santé dans les 27 pays de l’UE rendues publiques à Paris cette semaine – INSERM
Auteur : Christophe Magdelaine / notre-planete.infoTous droits réservés
Lettre d’informations du 15 avril 2012 au 21 avril 2012
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La pollution urbaine réduit l’espérance de vie en Europe

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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