Sarkozy juge Le Pen «compatible avec la République»

Libération– mardi 24 avril 2012 – Par LAURE EQUY envoyée spéciale à Longjumeau
Dans la ville de Nathalie Kosciusko-Morizet, le Président campe plus que jamais le candidat du peuple contre les élites et le «système médiatique».

Malgré l’averse, elle l’attend de pied ferme sur la chaussée, entre les journalistes. Lorsque Nicolas Sarkozy arrive dans la rue piétonne de Longjumeau (Essonne) pour saluer les commerçants, la septuagénaire en manteau de pluie pointe son doigt sur lui: «Il faut gagner c’est impératif!» «Alors si c’est impératif, je vous embrasse!», s’exclame son candidat. Les partisans, en ce mardi midi gris, sont moins nombreux que les curieux prenant quelques photos dans la ville de Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole du Président, où François Hollande est arrivé en tête dimanche. Mais Sarkozy reçoit par un large sourire les encouragements et les «bravo Président».
Plus tard, en réunion publique à l’auditorium, il lance à son public: «C’est vous que je veux convaincre, pas eux.» Eux, «les commentateurs girouettes», «les observateurs», «les spécialistes» contre lequel Sarkozy intensifie ses attaques. Jouer le «peuple de France» contre «le système médiatique» et «la gauche qui n’habite pas les quartiers où l’on souffre», camper plus que jamais le candidat du hors système contre le favori des élites et, surtout, assumer de parler aux électeurs du Front national: Sarkozy joue à fond son rôle de challenger qui doit provoquer, enchaîner les coups, surprendre pour espérer rattraper son retard.
«François Hollande reprochait aux électeurs du FN leur choix, aujourd’hui il veut leur parler. C’est lequel le vrai François Hollande? Quand il décide de parler aux Français qui souffrent, c’est normal, alors que moi, il fallait me le reprocher», boxe-t-il à sa sortie de voiture. Multipliant les pieds de nez à la presse qui, selon lui, ne misait même pas sur sa qualification dimanche, Sarkozy fustige le «terrorisme du système médiatique»: «Quand François Hollande et Jean-Luc Mélenchon marient leur programme, c’est très bien mais quand je parle aux électeurs de Marine Le Pen, ça pose problème.» Faisant une pause dans un café, il se montre même très compréhensif à l’égard du vote FN «pas répréhensible», juge-t-il: «Si Marine Le Pen a le droit de se présenter», c’est qu’elle est «compatible avec la République». «Je dénie le droit de faire la leçon de morale à ceux qui ont porté leur suffrage à une candidate qui avait le droit de se présenter», repète-t-il dans son discours.

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