Police – Le grand désarroi des policiers : «On est devenu une boîte privée»

Médiapart 04 mai 2012 | Par Louise Fessard
Après le coup de sang de policiers de Seine-Saint-Denis, défilant le 25 avril, sirènes hurlantes, sur les Champs-Elysées pour protester contre la mise en examen pour homicide volontaire d’un de leurs collègues, Mediapart revient sur les raisons du mécontentement policier.
 Récupérant leur colère, le candidat Nicolas Sarkozy s’était aussitôt prononcé le 26 avril pour « une présomption de légitime défense, car dans un Etat de droit, on ne peut pas mettre sur le même plan un policier dans l’exercice de ses fonctions et le délinquant dans l’exercice de ses fonctions à lui ».
Ce mouvement spontané de policiers est cependant révélateur d’un malaise bien plus profond, lié à une gestion décriée de la police depuis 2002. Tentant de recadrer un mouvement «qui part dans tous les sens», les deux principaux syndicats de gardiens de la paix, Unité SGP Police FO et Alliance Police, appellent à des rassemblements distincts, respectivement les 10 et 11 mai. En attendant, une centaine de policiers en civil et hors service ont de nouveau manifesté vendredi à Paris. Les policiers se sont rassemblés «spontanément» Porte Maillot, devant le Palais des Congrès, et entrepris peu après midi de défiler vers l’avenue des Champs-Elysées.
Deux policiers, rencontrés à plusieurs reprises ces derniers mois, décrivent des logiques administratives déshumanisées et des épisodes, comme les consignes visant les étrangers, qui les ont choqués. Tous deux ont la trentaine et sont gardiens de la paix. L’un, Nicolas, dans une unité de voie publique d’un gros commissariat parisien, l’autre, Jérôme, dans un service d’investigation de la petite couronne. D’un côté à l’autre du périphérique, entre deux policiers qui ne se connaissent pas, le constat est le même : « On est devenu une boîte privée où on oublie l’humain. »
Même s’il juge légitime la colère des policiers de Seine-Saint-Denis, Jérôme estime que « la présomption de légitime défense est un faux débat tombé à point nommé dans la campagne présidentielle ». « C’est loin d’être le souci principal des collègues, remarque-t-il. Ça permet d’éviter les véritables questions : le manque d’effectif, le management à l’efficience, etc. » Et d’expliquer : « Les policiers français sont conditionnés pour ne pas sortir leur arme. On se dit “Si je mets une cartouche, je risque de finir au trou”. »
Mais, selon lui, les policiers ne veulent pas « de permis de tuer, nous ne sommes pas des cow-boys ! Mais nous aimerions être soutenus, qu’on comprenne que quand un braqueur en cavale exhibe une arme, il est légitime que le policier se défende, et que l’enquête soit rapide et juste ». Pour Nicolas, les policiers parisiens sont déjà suffisamment “fliqués” par l’inspection générale des services (l’IGS, la police des polices – ndlr), « qui nous convoque pour un oui ou pour un non ». « On a une arme, mais on ne l’utilise pas pour éviter les problèmes », résume-t-il.
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