Savez-vous vraiment quel poisson vous mangez ?

Notre-planete.info – 13/05/12
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© C. Magdelaine / notre-planete.info
Le public, peu méfiant, est massivement trompé dans certains États membres de l’UE : on fait passer les poissons, mal étiquetés, pour des espèces plus chères ou même pour des espèces pêchées de manière durable. Comment est-ce possible ?
Notre demande en produits de la mer augmente au moment même où la disponibilité de poissons pêchés localement diminue en raison de la surpêche. Ainsi l’UE a besoin d’importer davantage de poissons lesquels, moins chers, envahissent les marchés européens – et nous sont souvent vendus de manière frauduleuse.
Savez-vous vraiment ce que vous mangez ?
Saviez-vous que 28 % de toutes les morues vendues en Irlande ne sont en réalité pas des vraies ? Du lieu jaune, du lieu noir ou du merlan mal étiqueté sont vendus sous le nom de morue – le fait de  paner, fumer ou enrober les filets de pâte à frire permet de masquer l’apparence, l’odeur et le goût de ces imposteurs.
Ces résultats surprenants ont été révélés après que des scientifiques aient prélevé des échantillons de poissons achetés de façon aléatoire dans des fish and chips, des supermarchés ou des poissonneries en Irlande, puis ont testé leur ADN.
Les tests ont également montré que certains poissons étiquetés comme « morue du Pacifique issue d’une pêche durable » étaient en réalité de la morue de l’Atlantique surexploitée. Ainsi les fraudeurs tirent profit du souhait des clients d’acheter du poisson pêché de manière durable. Mais la tromperie ne s’arrête pas là : une fraude aussi généralisée risque de faire croire à bon nombre de personnes peu méfiantes que les stocks de morue de mer du Nord et de mer d’Irlande sont en bon état puisqu’il semble si facile de se procurer cette espèce.
La morue est aux Irlandais et aux Britanniques ce que le merlu est aux Espagnols. Des études menées par l’Université d’Oviedo, Espagne, en 2004, 2006 et 2010 ont montré des niveaux élevés d’étiquetage erroné et de substitution des espèces : entre 31 % et 39 % du merlu était en réalité du merlu africain, moins cher que le merlu capturé en Europe ou importé d’Amérique3,4. Même si, d’un point de vue scientifique, il n’y a pas de différence de qualité entre les différentes espèces de merlu, les consommateurs espagnols perçoivent une différence et paient volontiers davantage pour du merlu frais capturé localement. Le prix moyen du merlu européen en 2010 (11,72 €/kg) était quasiment le double de celui du merlu africain (6,79 €/kg)4. L’UE importe plus de 100 000 tonnes de merlu par an : jusqu’à 60 % sont destinés à l’Espagne3 pour compenser un approvisionnement largement insuffisant. Les fraudeurs y gagnent en prétendant que le merlu d’autres régions du monde a été capturé dans les eaux locales.
Dans le même temps, en Allemagne, les consommateurs achètent davantage de poissons, moins chers et de qualité moindre, pour combler le vide créé par la surpêche. Pour compenser l’approvisionnement insuffisant en espèces traditionnelles d’eau froide, capturées dans l’Atlantique Nord, les congélateurs des supermarchés allemands sont remplis de pangasius, un poisson élevé dans les eaux chaudes, douces et saumâtres d’Asie du Sud-Est, et également connu sous le nom de poisson-chat du Mékong.
Il y a sept ans, il était encore virtuellement inconnu, mais l’Allemagne est désormais devenue un marché de première importance et ce poisson est proposé au menu des restaurants dans tout le pays. Il est aujourd’hui le cinquième poisson le plus acheté en Allemagne.
De 1999 à 2009, les importations de pangasius dans l’UE ont fortement augmenté, passant de près de 2 000 tonnes à plus de 220 000 tonnes et remplaçant les marchés traditionnels de morue et de merlu. Certaines personnes le trouvent fade, presque sans saveur, tandis que d’autres s’étonnent qu’on puisse vouloir que sa chair ait le goût de nos mers froides du nord alors qu’il est élevé dans les eaux douces et boueuses et les mares saumâtres des rivières et deltas du Sud-Est asiatique. Quand bien même, certains consommateurs ont été trompés – en 2009, plusieurs fish and chips britanniques ont été poursuivis après avoir fait passer du pangasius pour de la morue.
Comment expliquer cette situation ?
Les économistes et analystes commerciaux n’ont pas besoin de chercher bien loin pour comprendre pourquoi l’UE importe de grandes quantités de pangasius et d’autres espèces. Selon les chercheurs, si l’UE dépendait uniquement de poissons capturés à l’état sauvage dans les eaux européennes pour répondre à ses besoins annuels, l’approvisionnement serait épuisé début juillet. La surpêche et l’augmentation de la demande, en moyenne 15 % par an pour les consommateurs de l’UE, conduit à une offre de plus en plus insuffisante, compensée par des poissons capturés par des navires de l’UE dans les eaux lointaines, par l’aquaculture et par les importations de poissons. Cette pression qui pèse sur le secteur de la pêche, de la transformation et de la vente pour trouver de nouvelles sources de produits de la mer et continuer à réaliser des bénéfices incite à mal étiqueter des poissons moins chers et à les vendre comme des espèces plus chères.
La dissimulation de poissons « imposteurs » dans des produits transformés tels que les repas prêts à cuire couverts de sauce ou sous forme de croquettes de poissons, ainsi que leur vente dans les supermarchés et les points de vente à emporter est assez facile car nous, consommateurs, ne pouvons généralement pas faire la différence.
Que pouvons-nous faire ?
Comment en finir avec la surpêche ? Les dirigeants politiques sont responsables des décisions qui permettront de mettre un terme à la surpêche ; les citoyens sont responsables de leurs choix alimentaires, ainsi que du soutien et des encouragements qu’ils procurent à leurs dirigeants politiques lorsque ceux-ci doivent prendre des décisions. Vous pouvez aider à mettre un terme à la surpêche en faisant entendre votre voix et en agissant de sorte à mettre en oeuvre une vision écologique globale d’océans en bon état et de pêcheries durables. 

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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