Londres Jubilé – Exposition des portraits de la reine Elisabeth II

Soixante portraits pour le jubilé d’Elizabeth II et une énigme : la reine

Des visiteurs regardent un portrait de la reine Elizabeth II lors d’une exposition à Londres le 2 mai 2012. AFP – Carl Court

La reine a fermé les yeux. Elle semble s’être retirée en elle-même, loin des obligations de la couronne: l’image surprenante, en trois dimensions, du photographe Chris Levine fait partie d’une exposition de 60 portraits d’Elizabeth II à l’occasion du jubilé. 
Depuis les portraits officiels figés, jusqu’à la couverture irrévérencieuse d’un disque des Sex Pistols, l’exposition explore toutes les facettes d’une souveraine restée mystérieuse.
« La reine reste un caractère fascinant, une énigme », constate Paul Moorhouse, qui a monté l’exposition itinérante (à partir du 17 mai à Londres) pour la National Portrait Gallery. « Certains portraits posent vraiment des questions: +avons-nous besoin d’une reine? A quoi sert-elle?+ » 
En soixante ans de règne, la représentation de la souveraine a explosé, sortant du cadre immuable observé par des générations de souverains britanniques.
« Je pense que la décision prise dans les années 60 de secouer l’image régalienne, de rapprocher la reine de ses sujets constituait un risque et un virage dangereux », explique le conservateur.
C’est l’époque où la reine invite les caméras de télévision au petit déjeuner à Buckingham et pose, souriante, ses enfants dans les bras.
« Quand vous enlevez la solennité, une sorte de mépris peut s’immiscer », avance Paul Moorhouse.
Les années 70 voient les Sex Pistols assimiler la royauté à un « régime fasciste »: leur chanson « God Save The Queen » devient la plus censurée du pays. La couverture du disque, où la reine apparaît yeux et bouche bandés, « choque encore aujourd’hui », constate le conservateur.
La monarchie traverse une crise majeure lors des deux décennies qui suivent, avec les divorces successifs des enfants d’Elizabeth, l’incendie du château de Windsor (1992), la mort de Diana (1997).
Le masque d’impassibilité de la reine se craquèle: on la voit épouvantée, en imperméable, devant Windsor dévasté, et cinq ans plus tard muette devant les bouquets déposés en hommage à Diana devant les grilles de Buckingham.
La reine a depuis « regagné l’affection et le respect de la nation », constate Paul Moorhouse, mais sa représentation a changé pour toujours.

La formalité n’est plus de mise, les artistes donnent leur vision personnelle. Lucian Freud en fait un portrait peu flatteur, visage affaissé, fermé.
Hew Locke, qui a grandi au Guyana, pays sud-américain membre du Commonwealth, revendique un portrait « vaudouesque » de la reine. Le visage fait de verroterie, jouets de plastique, scorpions et gorilles miniatures semble « suinter comme un fruit tropical pourri ».
Bien qu’il se dise « ni monarchiste, ni républicain », il juge incongru « d’avoir grandi dans un pays multiculturel, dont le chef d’Etat était blanc tandis que le pays était noir ».
A l’inverse, Chris Levine, auteur du portrait de la souveraine aux yeux clos, avoue ressentir « une réelle affection ». « C’est une adorable vieille dame » mais aussi une personnalité « puissante », dit-il. Et si elle paraît parfois impénétrable, c’est qu’elle a dû s’armer « pour se protéger de tant d’attention ».
La carapace laisse parfois percer une femme simple et Chaleureuse. La photographe américaine Eve Arnold la capture en 1968 souriante sous son parapluie, regard tourné vers le ciel. Patrick Lichfield la saisit détendue, riant aux éclats à bord de son cher « Britannia », le yacht royal mis au rebus en 1997.
« Les gens voient Diana comme très glamour, et aujourd’hui c’est le tour de Kate, mais la reine était une femme très séduisante, y compris aux yeux de Winston Churchill », rappelle Paul Moorhouse.
 TV5MONDE LONDRES (AFP) – 14.05.2012 – Par Marie-Pierre FEREY © 2012 AFP
 

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