EDF, Areva, La Poste et ADP : serrez vos ceintures, MM. les PDG ! Une idée défendue par un grand banquier américain au début du XXe siècle

 C’est une priorité pour M. Hollande : aucun patron dans le public ne pourra gagner plus de 20 fois le plus bas salaire de son entreprise
J‘imposerai aux dirigeants des entreprises publiques un écart maximal de rémunérations de 1 à 20 « . Le 26e des  » 60 engagements  » du candidat François Hollande est désormais l’une des priorités du président élu.
Jugée aussi symbolique que la baisse de 30 % de rémunération du chef de l’Etat et des ministres, attendue très vite, cette mesure vise à diffuser l’image d’une République exemplaire. A l’avenir, aucun patron dans le public ne pourra gagner plus de 20 fois le plus bas salaire de son entreprise. Ce qui devrait représenter un plafond de rémunération de 400 000 à 500 000 euros par an.
Si la réforme n’est pas rédigée, les grands principes sont posés. Sur la forme, un décret sera pris pour les entreprises dont les dirigeants voient leur salaire fixé par l’autorité publique, comme la Poste, la Française des jeux ou Areva. Pour les autres, dont Aéroports de Paris, l’Etat fixera la ligne en conseil d’administration s’il est l’actionnaire unique ou majoritaire. Il s’efforcera d’imposer ses vues s’il est minoritaire.
Pour être efficace, le périmètre de la réforme
Pour être efficace, le périmètre de la réforme sera large. Le plafonnement s’appliquera à toutes les composantes de la rémunération des dirigeants, fixe et variable (bonus). Les dirigeants mandataires sociaux ne devraient pas être les seuls visés : sauf écueil juridique, tous les hauts salaires seront concernés (comités de direction, patrons de filiales).
Dans toutes les entreprises publiques, on a sorti les calculatrices. Les patrons vertueux se réjouissent. Les autres attendent le texte final. Mais au moins quatre grandes entreprises devront modifier leurs pratiques une fois la réforme adoptée : EDF, Areva, La Poste et Aéroports de Paris.
Chez EDF, la rémunération du PDG, Henri Proglio, représente 63 fois le salaire minimum du groupe. M. Proglio devra donc abaisser sa rémunération de près de 70 %, et Luc Oursel, le président du directoire d’Areva, de plus de 50 %. Sur France 2, mercredi 9 mai, Anne Lauvergeon, qui l’a précédé à la tête du groupe nucléaire avec un salaire supérieur, a estimé qu’ » il – fallait – que les plus hautes rémunérations fassent des efforts, peut-être conjoncturels. « 
Renault  » pas concerné « 
A La Poste, le PDG Jean-Paul Bailly gagne 34 fois plus que le postier le moins bien payé et devra renoncer à plus de 258 000 euros. Au sein d’Aéroports de Paris, le PDG Pierre Graff, le plus gros salaire du groupe, devra consentir un effort de moindre ampleur.
En revanche, la SNCF, la RATP, France Télévisions et la Française des jeux seraient en conformité.
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La réforme sera compliquée à mettre en oeuvre. Si le droit le permet, elle pourrait s’appliquer sans délai aux mandataires sociaux, mais au fur et à mesure du renouvellement des contrats de travail, pour les autres dirigeants.  » Une telle mesure aura valeur de symbole, déclare Razzy Hammadi, secrétaire national du PS aux services publics. Il faut mettre fin à l’indécence de certains gros salaires. « 
Pour Daniel Lebègue, président de l’Institut français des administrateurs,  » les dirigeants politiques et économiques doivent donner l’exemple et contribuer à l’effort collectif qui sera demandé à tous. «  Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et dans les pays scandinaves, des économies libérales, souligne l’ex-directeur du Trésor, les rémunérations des dirigeants d’entreprises publiques sont jusqu’à cinq fois inférieures à celles du privé.  » On entre dans le secteur public en connaissance de cause, pour servir l’intérêt général. « 
Anne Michel (avec le service économie) © Le Monde 12 mai 2012 Extrait

 Une idée défendue par un grand banquier américain

DÉJÀ jugé  » plutôt dangereux «  par l’hebdomadaire britannique The Economist, François Hollande n’améliorera pas son image en voulant plafonner les salaires des grands patrons. Fussent-ils à la tête d’entreprises publiques.
Pourtant, limiter la rémunération des dirigeants à vingt fois le salaire le plus bas de l’entreprise n’a rien d’une idée  » gauchiste « . C’est au contraire un capitaliste, banquier de surcroît, qui en est l’auteur. John Pierpont Morgan, fondateur de la banque du même nom, estimait, au début du XXe siècle, qu’on ne pouvait faire confiance à un patron qui gagnerait plus de vingt fois le salaire de son employé le plus mal payé.
Décrit comme un homme épisodiquement dépressif, M. Morgan n’est pas le seul à avoir édicté de telles règles. Son richissime rival John D. Rockefeller avait lui aussi fixé un ratio, un peu plus généreux, de un à quarante. La légende ne dit pas si l’éthique protestante est le moteur de ces initiatives. Economistes et historiens en doutent…
 » Barons voleurs « 
L’époque était celle des  » barons voleurs « , ceux qui, comme MM. Rockefeller et Morgan, s’enrichissaient grâce aux cartels, rappelle Thomas Philippon (université de New York). Ces déclarations visaient sans doute à «  ce qu’on ne les embête pas trop « , suppose-t-il.
Pour Daniel Cohen, professeur d’économie à l’Ecole nationale supérieure (et membre du conseil de surveillance du Monde), la démarche s’inscrit aussi dans l’histoire du capitalisme : les héritiers ont cédé peu à peu la place à des  » managers « , des dirigeants sans capital, des roturiers.  » Privés de la légitimité des propriétaires, ce sont de simples salariés, qui doivent être traités comme tels pour garantir la paix sociale « , note-t-il.
Hormis des dérapages, la rémunération de ces patrons  » roturiers  » restera contenue jusque dans les années 1970-1980. Ensuite les choses ont dérapé et la  » règle Morgan  » est passée aux oubliettes. Notamment parce que les dirigeants sont devenus actionnaires, grâce aux stock-options et ont profité de l’envolée de la Bourse.
En 2007, les patrons américains de grandes entreprises cotées gagnaient 344 fois le salaire d’un Américain moyen, selon un rapport de Harvard publié en 2010, intitulé Perverting Civilization or Pursuing Dreams ? (Pervertir la civilation ou poursuivre ses rêves ?). Une étude qui rappelait en introduction :  » Platon a dit à Aristote, personne ne doit gagner plus de cinq fois la paie du membre le plus bas de la société, JP Morgan a dit vingt fois. Jésus a plaidé pour un différentiel négatif – c’est pourquoi ils l’ont tué… « . p
Claire Gatinois © Le Monde édition du 12 mai 2012

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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