Banque JPMorgan : Le mythe s’est fracassé sur des pertes catastrophiques

Edito LE MONDE | 15.05.2012

L’irresponsabilité aux commandes

C’était le bon élève des établissements bancaires. JPMorgan Chase, dans le monde de la finance pris dans la tourmente de la faillite de Lehman Brothers en 2008, était la banque que l’on donnait en exemple, celle qui, sous le pilotage avisé de son PDG Jamie Dimon, avait su éviter les écueils et traverser l’ouragan sans encombres. JPMorgan était invincible et Jamie Dimon était son magicien.
Le mythe s’est fracassé sur les pertes catastrophiques infligées ces dernières semaines à la banque par une stratégie de couverture hasardeuse. Ces pertes de trading ont coûté à JPMorgan plus de 2 milliards de dollars. Comparée aux actifs de la banque, la somme ne menace pas sa viabilité, mais elle révèle au grand jour une réalité que Jamie Dimon s’employait assidûment à nier : quatre ans après la chute de Lehman Brothers, qui a déclenché la plus grave crise financière mondiale depuis la Grande Dépression, la réglementation visant à protéger les contribuables des risques excessifs pris par les grandes banques reste largement insuffisante.
Le président Barack Obama s’est d’ailleurs empressé de reprendre cet argument, en soulignant à nouveau l’urgence d’une réforme de Wall Street. « Ce qui fait de nous la meilleure industrie financière, a-t-il déclaré mardi 15 mai, c’est la transparence, la responsabilité, des règles qui font que les petits investisseurs ont le sentiment qu’en plaçant leur argent à Wall Street, il ne va pas soudain s’évanouir. » Le Congrès américain, dont les élus dépendent de Wall Street dans des proportions scandaleuses pour le financement de leur campagne, traîne les pieds pour légiférer sur ces exigences.
Ce ne sont pourtant pas les avertissements qui ont manqué. La longue liste de faillites spectaculaires est là pour le rappeler : 1995, Baring Banks ; 1998, le fonds Long Term Capital Management ; 2008, Lehman Brothers, AIG, Merrill Lynch… Mais rien ne semble pouvoir freiner l’avidité et le goût du risque de certains banquiers. Mardi, le New York Times révélait que plusieurs responsables de JPMorgan avaient tiré le signal d’alarme, ces dernières années, sur des prises de risque incontrôlées et des mécanismes de trading de plus en plus difficiles à comprendre. Leurs scrupules avaient été balayés par la direction, y compris par le virtuose Jamie Dimon : rappelez-vous, JPMorgan était invincible.
Une telle arrogance met en danger non seulement les placements des investisseurs, mais aussi, comme on l’a vu, l’économie mondiale, bien au-delà des frontières des Etats-Unis. Une solution, souvent évoquée, pourrait poser un premier rempart contre ces comportements : l’adoption de la « règle Volcker », du nom de l’ancien patron de la Fed, qui limiterait la pratique du trading spéculatif au sein des grandes banques. Elle est sans doute imparfaite et demande à être affinée. Mais les responsables de la finance et de l’Etat américains doivent impérativement trouver un moyen de protéger l’économie, et en priorité les contribuables, contre les risques inconsidérés pris par les banques. 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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