Neuf-Quinze – Athènes : Avant les élections et la percée d’Aube dorée …

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La ratonnade, nouvelle mythologie grecque

09h15Tremblez braves gens: Alexis Tsipras devrait passer la journée à Paris. Cachez les femmes, les enfants et les lingots. Si vous avez manqué les épisodes précédents, Tsipras, comme le dit Match de cette semaine, est…
Dans le même numéro de Match, juste derrière la photo du terrifiant Tsipras, un reportage saisissant d’Alfred de Montesquiou sur Athènes, ville qui « suinte la misère et la violence ». L’article s’ouvre sur une terrible scène de ratonnade, saisie par le reporter « au beau milieu d’Athènes, baignée par la lumière du crépuscule méditerranéen ». « Un Bangladais déambule et voit surgir devant lui Panos, un militant du parti néonazi Aube dorée, en patrouille dans les quartiers populaires de la capitale ».
Effrayant, non ? Et quelle chance pour le reporter, d’avoir précisément assisté à cette scène, si typique de la nouvelle Grèce, tentée par le néo-nazisme (accessoirement, le chef des néo-nazis d’Aube dorée pourrait aussi être « l’homme qui fait peur à l’Europe », mais Match préfère avoir peur de Tsipras. Passons).
Effrayant, oui, sauf qu’à lire l’article de plus près, il est très peu vraisemblable que Montesquiou ait assisté lui-même à la scène qu’il décrit. Rien ne l’indique en effet, même si tout le suggère. Et il est même vraisemblable qu’il raconte une scène que l’on lui a racontée. Mais qui ? Des Grecs ? Des confrères français ?
Peu importe. L’intéressant, est qu’il ait décidé d’attaquer son article par cette scène, comme si elle était la plus typique, la plus représentative, de la Grèce post-législatives. Avant les élections et la percée d’Aube dorée, tout reportage de terrain en Grèce se devait de comporter quelques scènes incontournables: la soupe populaire à Athènes, le jeune couple réduit à vivre aux crochets de ses parents, l’inspecteur des impôts dépourvu de moyens s’arrachant les cheveux, et les armateurs cyniques pour qui rien n’a changé, et qui continuent de se la couler douce au bord des piscines. Ainsi était par exemple composé l’excellent reportage de Hervé Chabalier, que nous avions reçu sur notre plateau (1).
 Dans tous ces reportages, dont certains sont très récents, pas la moindre allusion aux « patrouilles » d’Aube dorée. Est-ce à dire que les journalistes ne les voyaient pas ? Ne voulaient pas les voir ? Ne les évoquaient pas, faute de pouvoir les filmer ? Ou bien cette pratique des patrouilles est-elle soudain apparue au lendemain des législatives ? Plus vraisemblablement, la mythologie médiatique d’ « Athènes la miséreuse et la violente » s’est enrichie, par consensus général, d’un tableau supplémentaire: la ratonnade. Attendez-vous, en tout cas, à relire les aventures de Panos et du Bengladais dans nombre de reportages à venir. Ou encore, à voir buzzer nombre de vidéos (2) sur le même thème, dont certaines filmées voici plusieurs mois.
Et pour se donner de l’air, sitôt cette chronique envoyée, le matinaute va se transporter lui-même sur le terrain, à Hénin-Beaumont, jusqu’à nouvel ordre. Rendez-vous là-bas, à partir de demain, et pour une durée indéterminée.
(1) http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=4736
(2) http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php#13855
Daniel Schneidermann 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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