Sommet de l’Otan : Soixante chefs d’Etat ont rendez-vous

Nouvel Obs 20/05/2012
 Chicago, peur sur la ville
 Soixante chefs d’Etat ont rendez-vous ce week-end dans cette ville de l’Illinois. De fait, la sécurité est un enjeu politique. De notre correspondante à Chicago.
Voilà deux jours que le ballet des hélicos tourne sans fin au dessus de Chicago. C’est peu dire que la ville est sur le pied de guerre et les services secrets sur les dents dans l’attente du sommet de l’Otan qui démarre aujourd’hui.
Voilà des mois que le « Chicago Tribune », le principal quotidien local fait campagne contre ce sommet, dénonçant tous les embarras qu’il va causer aux Chicagoans dans une ville très difficile, paraît-il, à sécuriser : par crainte des émeutes, plusieurs écoles seront fermées ainsi que les principaux musées et certaines lignes de métros.
Pour les trains de banlieue, les consignes de sécurité seront peu ou prou celles des aéroports : pas de liquide, pas de nourriture, pas de sacs excédant la taille d‘une valise cabine… Les habitants d’un immeuble voisin du palais des congrès où auront lieu les conférences se sont vus carrément conseiller de quitter les lieux durant le sommet, d’autres, de ne sortir avec aucun objet de valeur sur eux. Dans certaines entreprises, les salariés sont priés de ne porter aucun signe permettant d’identifier le nom de leur employeur, de crainte qu’ils soient pris pour cible.
Une circulation paralysée
Les voies express, dans une ville déjà perpétuellement embouteillée, seront bloquées pour laisser passer les cortèges : des flottes de plusieurs centaines de voitures identiques sont prévues pour accompagner les soixante chefs d’état dans tous leurs déplacements, avec à chaque fois, deux itinéraires possibles, des accès bloqués aux hôpitaux, aux pistes d’hélicoptères et à des lieux sécurisés. Sachant qu’il faut traverser la ville de bout en bout pour aller des hôtels au centre Mc Cormick où se tiendra le sommet, on imagine la pagaille !
Le maire a beau jurer depuis des mois que ces petits inconvénients ne seront rien par rapport aux retombées espérées pour la ville, le « Chicago Tribune » ne décolère pas. Le puissant quotidien local menaçant même le maire Rahm Emanuel et Garry McCarthy, le chef de la police, des pires représailles, s’il y avait le moindre incident.
Profiter du sommet pour se faire entendre
Outre les inévitables risques d’attentat, les autorités redoutent surtout les quelque milliers de manifestants qui comptent bien profiter des projecteurs braqués sur le sommet pour se faire entendre. Infirmière en colères, pacifistes de tout poil, rescapés du mouvement « Occupy Chicago » qui tente de renaître de ses cendres, ou encore la mission anglicane « Notre mère de Guadeloupe », tous ont préparé leurs banderoles et leurs tracts.
Histoire de bien faire monter la pression, certains ont d’ailleurs commencé à manifester dès lundi 14 mai, devant le siège de campagne d’Obama, en plein centre ville, mais aussi dans les quartiers sud, contre les brutalités policières, contre la finance, pour l’emploi, ou encore en faveur des immigrés… Des arrestations ont eu lieu : la CPD, la police de Chicago, n’a pas la tête à la rigolade en ce moment.
Protéger, sans faire peur
Le cauchemar de Garry McCarthy, le chef du CPD ? La réunion de l’OMC de Seattle, en 1999 qui avait basculée dans le chaos, avec 40 000 manifestants, des forces de police non préparées et totalement débordées. Une véritable étude de cas que le CPD a méticuleusement analysé. D’autres ont en mémoire la Convention Démocrate de 1968 à Chicago, quand les brutalités policières contre des manifestants, filmées par les télévisions, avaient enlevé toute chance à Hubert Humphrey de gagner la Maison-Blanche. A 5 mois des élections, voilà qui serait malvenu pour Obama.
Résultat : les milliers de policiers déployés, préparés depuis un an, sont sommés de protéger, mais sans faire peur. Assurer la sécurité sans donner pour autant l’impression aux participants et surtout aux 2500 journalistes qui débarquent dans la ville qu’ils sont dans un état policier. On leur a donc demandé de laisser au vestiaire leur casque et leur attirails anti émeute,  « qui créent un climat de tension et de conflits » d’après le chef de la police. Mais quand même d’apporter leur casque et leur matraque, au cas où.
 Par Natacha Tatu
Correspondante du « Nouvel Observateur » à Chicago 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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