Comportement animal – Expériences britanniques : une étape supplémentaire de prouver que les chevaux domestiques peuvent appliquer la capacité de la reconnaissance à leur entourage humain.

Médiapart  –  Carnets de labo 19 Mai 2012 Par Michel de Pracontal

 Samedi-sciences(43) : le cheval, un humaniste féministe!

 Les chevaux peuvent reconnaître l’homme qui murmure à leur oreille… Une série d’expériences réalisées à l’université du Sussex démontre que des chevaux domestiques sont capables d’associer la vue d’une personne qui leur est familière au son de sa voix. Ces travaux, réalisés par Leanne Proops et Karen McComb, toutes deux spécialistes du comportement animal, sont publiés dans Proceedings of the Royal Society du 16 mai 2012.

Leanne Proops avec un de ses chevaux© Université du Sussex
 Les deux chercheuses britanniques avaient précédemment démontré que les chevaux sont capables de se reconnaître entre eux en combinant les modalités auditive et visuelle : autrement dit, il associent le son de la voix d’un individu à son apparence physique. Bien que cette aptitude à croiser deux modalités perceptives nous paraisse évidente, le fonctionnement précis du processus de reconnaissance individuelle  est complexe et difficile à étudier.
Bien sûr, on peut juger qu’il n’est pas étonnant de découvrir de telles capacités chez un animal aussi intelligent que le cheval (les lecteurs de Mediapart familiers de l’édition participative de Michel Philips, « Cheval mon ami », ne me démentiront pas). Pour autant, il est difficile de prouver objectivement qu’un animal non humain possède une capacité de reconnaissance intermodale.
La démonstration expérimentale a été faite chez des primates non humains comme les macaques, ainsi que chez les corbeaux, et plus récemment chez les chevaux.
«Lorsque nous entendons une voix familière, nous formons une image mentale de la personne qui parle, explique Karen McComb. Nous associons les indices visuels et auditifs pour reconnaître des individus spécifiques. Nous avons démontré précédemment que les chevaux en faisaient autant pour identifier leurs congénères. »

Mais c’était une étape supplémentaire de prouver que les chevaux domestiques pouvaient appliquer cette capacité à la reconnaissance de leur entourage humain. Remarquons qu’une telle capacité ne va pas de soi, dans la mesure où un animal est en principe plus doué pour reconnaître les individus de sa propre espèce.
C’est d’ailleurs vrai de notre espèce: les humains se spécialisent dès la petite enfance dans le traitement de l’information sensorielle relative à leurs congénères. Avant 6 mois, le bébé reconnaît et traite aussi bien les signaux provenant d’un animal non humain, par exemple un chien ou un chat, que des signaux humains ; mais entre 6 et 10 mois, cette capacité se focalise sur les signaux provenant d’autres humains. A l’âge adulte, nous ne sommes pas spontanément très doués pour distinguer les visages ou les voix d’animaux non humains : qui est capable, à moins d’être berger, de distinguer entre deux individus d’un troupeau de moutons ?
La situation des animaux domestiques est cependant assez particulière : ils fréquentent beaucoup l’espèce humaine, et certains humains leurs sont parfois plus familiers que leurs propres congénères. L’idée de Leane Proops et de Karen McComb était de tester si la capacité de reconnaissance intermodale était assez flexible pour s’adapter à l’identification d’individus appartenant à une espèce très différente – un peu comme les bergers apprennent à le faire pour leurs moutons.
« Le cheval domestique est un modèle idéal pour cette recherche parce qu’il a une organisation sociale complexe et une relation de proximité avec les humains, observe Leanne Proops. Pour le cheval domestique, reconnaître individuellement les personnes qui l’entourent présente un intérêt fonctionnel ».
Les deux chercheuses britanniques ont mis au point un dispositif expérimental dans lequel le cheval fait face à un haut-parleur ; deux personnes se tiennent devant l’animal, une de chaque côté du haut parleur ; ce dernier diffuse un enregistrement vocal qui correspond à l’une ou l’autre des personnes ; la disposition est telle que si le cheval regarde en face de lui, il voit le haut parleur en vision binoculaire mais chacune des deux personnes en vision monoculaire. Autrement dit, l’un des individus est nettement sur sa gauche et l’autre sur sa droite.
Une première expérience vise à comparer les capacités du cheval à distinguer une personne familière d’un étranger. McComb et Proops ont testé 32 chevaux et le résultat est clair : les chevaux regardent plus vite et pendant plus longtemps du côté de leur éleveur quand ils entendent sa voix ; quand ils entendent une voix étrangère, ils n’ont pas de réaction particulière. Ils associent donc une voix familière avec l’apparence physique de la personne correspondante, mais assez logiquement ne font pas cette association lorsque la personne leur est inconnue.
Dans une deuxième expérience, 40 chevaux ont été invités à reconnaître individuellement  deux personnes de leur entourage : deux de leurs soigneurs se tiennent devant eux, et ils entendent la voix de l’un ou de l’autre ; ils se tournent alors clairement du côté de l’individu dont la voix a été diffusée. L’expérience a été réalisée avec un grand nombre de paires de soigneurs, ce qui démontre que les chevaux domestiques se servent couramment de la reconnaissance intermodale pour distinguer les personnes de leur entourage.
Autre découverte : globalement, le cheval reconnaît plus vite une personne dont il entend la voix quand cette personne se tient à sa droite. Apparemment, les chevaux identifient mieux la personne à l’aide de leur œil droit. Cela indique un probable partage des tâches entre les deux hémisphères cérébraux (le droit contrôle l’œil gauche et inversement). Il semble que les processus de la reconnaissance intermodales soient gouvernés par l’hémisphère gauche.
Karen McComb et Leanne Proops ont également constaté que dans l’ensemble, les juments sont plus douées que les chevaux mâles pour reconnaître les personnes qui s’occupent d’elles. A moins qu’elles ne soient plus motivées pour le faire. Or, en général, il a été observé que les juments sont aussi plus aptes à évaluer l’état d’attention des humains, et interagissent mieux que les mâles avec les humains. Cet avantage du sexe féminin est difficile à interpréter, mais on sait que dans la vie sauvage, l’organisation sociale des chevaux est matriarcale et dominée par les femelles. Le cheval, un modèle féministe ?

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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