Etudiants étrangers – Retrait de la circulaire Guéant

 Nouvel Obs 24/05/2012

 « un signal politique très fort »

 Elle aura vécu tout juste un an. La circulaire Guéant du 31 mai 2011, qui durcit, pour les diplômés étrangers, les conditions de passage du statut d’étudiant à celui de salarié, sera abrogée la semaine prochaine.
 La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso, l’a annoncé jeudi 24 mai, au cours d’un déplacement à l’Université Paris 13, à Villetaneuse. Fatma Chouaieb est l’une des porte-parole du Collectif du 31 mai, qui s’est mobilisé sans relâche depuis un an pour exiger l’annulation de ce texte. Interview.
Quelle est votre réaction à l’annonce de l’abrogation de la circulaire Guéant ?
– Nous avions envoyé un courrier à François Hollande dès son élection pour que le texte soit retiré rapidement, afin d’oublier cette année qui a ruiné le début de la vie professionnelle de centaines de diplômés étrangers. Quand cette décision sera concrétisée, nous serons très satisfaits. C’est un signal politique très, très fort.
A la fois à destination des entreprises françaises qui, depuis la circulaire du 31 mai, sont devenues frileuses à l’idée d’embaucher des diplômés étrangers, même pour un stage de fin d’études universitaires. Cela va permettre de restaurer la confiance. Mais c’est aussi un signal très important pour les étudiants étrangers eux-mêmes, pour les bacheliers des lycées français à l’étranger, qui pourront à nouveau faire le choix de venir faire leurs études en France, en sachant qu’ils pourront y vivre une première expérience professionnelle. C’est une décision fondamentale, mais ce n’est aussi qu’un premier pas
Au-delà du retrait de la circulaire, vous réclamez la rédaction d’un nouveau texte.
– Oui, cette abrogation doit être accompagnée d’un nouveau texte pour changer immédiatement les habitudes préfectorales. La circulaire, en prônant plus de rigueur dans l’examen des demandes de changement de statut [du titre de séjour étudiant à celui de salarié, NDLR], a créé un flou, et a permis aux agents d’instruire les dossiers sous le règne de l’arbitraire le plus total. Il faut donc une mesure immédiate pour régler le cas des centaines de diplômés étrangers qui ont essuyé un refus de changement de statut et qui sont engagés dans des recours devant les tribunaux.
A plus long terme, vous estimez que seule une réforme législative permettrait de sécuriser la situation de ces diplômés étrangers. Pourquoi ?
– Parce qu’une circulaire ne suffit pas. D’un gouvernement à l’autre, elle peut facilement être supprimée. Grâce à notre mobilisation, une nouvelle circulaire avait été publiée le 12 janvier, mais elle a été rédigée à la va-vite, en trois jours, de manière tout à fait insatisfaisante. Nous souhaitons que soit effectué un travail approfondi sur cette question, qui entérine dans la durée la tradition française d’accueil des étudiants étrangers. Il faut que cela soit inscrit dans la loi.
Quels sont les principales dispositions, qui, selon vous, devraient figurer dans cette loi ?
– Nous avions envoyé une liste de propositions aux candidats à l’élection présidentielle; nous l’avons renvoyée à François Hollande  (voir ). La priorité est qu’on ne puisse plus opposer aux entreprises qui veulent embaucher un diplômé étranger la situation de l’emploi sur le marché du travail français. Aujourd’hui, une entreprise doit prouver qu’elle a d’abord cherché à recruter un Français, et ceci en publiant une offre à Pôle Emploi.
Or 70% des entreprises qui recrutent des cadres [les étudiants étrangers concernés par la circulaire du 31 mai ont un niveau Master 2, NDLR] utilisent d’autres canaux que Pôle Emploi : elles passent par des chasseurs de têtes, elles publient leurs annonces sur d’autres sites, comme celui de l’Apec… Pôle Emploi ne doit plus être le seul site de référence. Il faut quand même savoir que quand une entreprise embauche un étranger, elle paie une taxe supplémentaire pour cela, donc elle ne le fait pas par hasard : c’est bien qu’elle a besoin des compétences particulières de cette personne.
La circulaire du 31 mai aura été en vigueur pendant un an. Combien de diplômés étrangers en ont fait les frais ?
Avec le Collectif du 31 mai, nous avons recensé 1.500 dossiers de refus de changement de statut. Mais cela ne tient pas compte de tous les diplômés qui n’ont pas souhaité rentrer leurs données personnelles sur notre site. Ni de ceux qui, plutôt que de s’épuiser dans des recours devant les tribunaux, ont tout simplement préféré quitter la France et aller travailler dans d’autres pays qui leur offraient des opportunités. Concernant les chiffres, je tiens aussi à rappeler que sur 55.000 étudiants étrangers (hors Union européenne) diplômés au niveau Master 2 chaque année en France, seuls 7.000 demandent un statut de salarié parce qu’ils ont trouvé un premier emploi en France. Tous les étudiants étrangers ne demandent pas à s’installer en France et à y faire des enfants !
Les propositions du Collectif du 31 Mai pour favoriser l’accueil des étudiants et diplômés étrangers en France
 Par Lisa Vaturi Journaliste  

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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