Ministre de l’Ecologie – Cécile Duflot : Le défi et Europe Ecologie-Les Verts (EELV), le mélange des genres ? dans une République qui se veut exemplaire

  LE MONDE | 26.05.2012 Par  Hervé Kempf

Le défi de Mme Duflot

Cécile Duflot est une politicienne habile. La voilà au pied d’un mur plus impressionnant que celui dressé devant les chemins d’accès au pouvoir : l’exercice de ce pouvoir. Et d’une façon qui corresponde aux idéaux mis en avant pour permettre sa conquête.
La responsabilité qui lui incombe est au coeur de l’articulation entre l’objectif de justice sociale et l’impératif écologique : le logement, c’est-à-dire, en fait, l’organisation collective de l’espace physique. Cette organisation détermine en bonne partie l’empreinte écologique globale de la société. Le  » ministère de l’égalité des territoires et du logement  » est donc bien un ministère écologique, qui touche à une des préoccupations les plus concrètes de nos concitoyens.
Quels sont les principaux enjeux ? Lancer un programme de rénovation thermique des habitations qui fasse des économies d’énergie une vraie culture en même temps qu’un outil de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de création d’emplois. Renouveler une politique de construction pour répondre au besoin essentiel qui est celui d’habitations à coût raisonnable. Limiter l’étalement urbain, qui consomme aujourd’hui en France plus de 80 000 hectares par an. Si cette politique réussit, elle aura des effets secondaires sur le renouveau de l’agriculture et la limitation de déplacements largement liés à un urbanisme éparpillé.
Est-il possible de construire plusieurs centaines de milliers de logements par an tout en limitant la consommation d’espace ? Ce sera le principal défi. Pour le relever, il faudra revoir le territoire avec un oeil nouveau. Par exemple, nous dit Eric Hamelin, coauteur de La Tentation du bitume (Rue de l’échiquier, 224 p., 14,20 €),  » on compte 5 000 km2 de surface de parkings en France. A raison de cent logements pour deux personnes par hectare, cela représenterait cent millions d’habitants « . Le trait est forcé, mais il signifie que les interstices du tissu urbain représentent une importante réserve foncière. Deuxième voie : la maîtrise collective de l’espace, pour sortir des logiques spéculatives. Les outils sont connus : agences publiques foncières et plans d’urbanisme à l’échelle intercommunale. Et puis, troisième outil, modifier une fiscalité qui favorise l’artificialisation des sols, comme le démontre Guillaume Sainteny dans Plaidoyer pour l’écofiscalité (Buchet-Chastel, 262 p., 20 €).
La tâche, comme on dit, est immense. Souhaitons que la ministre soit à la hauteur.
par Hervé Kempf  kempf@lemonde.fr

 La ministre écolo et le mélange des genres

S’agit-il ici d’une de ces querelles aussi violentes qu’inaccessibles aux non-initiés dont les écologistes ont le secret ? Pas cette fois. En évoquant, jeudi 24 mai sur France Info,  » des tas de choses qui ne vont pas «  à Europe Ecologie-Les Verts (EELV), et en plaidant pour un  » droit d’inventaire « , Daniel Cohn-Bendit a cité de nombreux dysfonctionnements affectant, selon lui, le parti écologiste.
Par exemple, le fait que  » le bureau exécutif d’EELV a – it – lieu dans le bureau de la ministre – de l’égalité des territoires et du logement, Cécile Duflot – « . Le député européen s’est montré sévère : il a jugé cette confusion des lieux lourde de sens et  » invraisemblable « , car  » il faut qu’EELV apprenne le B. A.-BA de la démocratie : il y a d’un côté des partis et de l’autre il y a un gouvernement, et on n’est pas représentant d’un parti au gouvernement, on représente la France et une majorité « .
La riposte de Cécile Duflot n’a guère tardé par la voix de David Cormand, secrétaire national aux élections, qui s’est voulu factuel :  » Il y a eu une réunion du bureau exécutif, comme tous les vendredis, et elle s’est tenue au siège parisien du mouvement écologiste. « 
 » République exemplaire « 
Daniel Cohn-Bendit aurait-t-il donc inventé cette réunion du bureau exécutif au ministère du logement ? En réalité, lors de la réunion hebdomadaire du bureau exécutif du vendredi 18 mai, Cécile Duflot a publiquement proposé que la suivante, celle du 25, se tienne au siège de son ministère.
C’est ce qu’a entendu Marie Bové, proche de Daniel Cohn-Bendit, membre du bureau exécutif et déléguée aux mobilisations citoyennes, présente ce jour-là.  » Cécile Duflot a bel et bien proposé que nous nous réunissions dans son bureau, ce que j’ai contesté, au nom de la « République exemplaire » que nous sommes supposés incarner. Nous ne devons pas faire dans la confusion des genres en mélangeant ainsi la gestion des affaires de l’Etat et la gestion de celles du parti. Cécile Duflot a rétorqué qu’elle était libre de convoquer qui elle souhaitait au ministère « , explique la fille de José Bové.
Cette version des faits est corroborée par Jérôme Gleizes, autre membre du bureau exécutif d’EELV, mais proche, lui, de la gauche du parti. Lui aussi demande  » une clarification dans les rôles de chacun et chacune «  et précise que Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement et membre d’EELV, présent à cette réunion, n’approuvait pas la proposition de Cécile Duflot.
Jérôme Gleizes déplore par ailleurs que le bureau exécutif d’Europe Ecologie, sorte de gouvernement du parti, soit devenu un lieu déserté par les débats où  » on ne parle plus politique «  et où  » un tout petit nombre est détenteur des informations « .
Devant le tollé suscité par la médiatisation de l’affaire, l’état-major d’EELV a annoncé que la réunion du 25 mai se tiendrait, comme à l’accoutumée, au siège du parti. Le 7 mai, Cécile Duflot avait annoncé vouloir prendre ses distances avec son parti et quitter ses fonctions de secrétaire nationale au lendemain des législatives, après six années à la tête d’EELV. La prise de distance annoncée n’est pas encore évidente.
Anne-Sophie Mercier Edition du 26/05/2012 © Le Monde 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Ecologie, Logement, Politique, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.