Bordeaux – Paysage politique girondin bouleversé : Michel Delaunay ministre, Alain Juppé et sa décision.

Sud-Ouest Par X. S., H. M. et D. D. L. 26/05/2012
Quand la collaboratrice de Michèle Delaunay raccroche au nez de Jean-Marc Ayrault au moment de la nomination du gouvernement.
« Allô, ici Jean-Marc Ayrault »
Retour sur les dates clés et quelques anecdotes qui ont bousculé le paysage politique girondin.
Michèle Delaunay fête la victoire de François Hollande. Dix jours plus tard, elle deviendra ministre. (Photo Philippe Taris)
Il aura fallu un score historique de la gauche à Bordeaux et une quinzaine de jours pour que le paysage politique girondin soit bouleversé. Retour sur une quinzaine mouvementée.
6 mai, soir du 2e tour – Depuis quelques semaines, Alain Juppé a évoqué à un tout petit cercle la possibilité de ne pas repartir aux législatives. Les résultats de la présidentielle seront décisifs. Ils l’ont été. Score historique de la gauche à Bordeaux (57 %), quant à la circonscription qu’il brigue, Hollande enregistre 59 %. La décision de se retirer est prise dans la nuit. Dans la soirée, ses adjoints à la mairie sont convoqués pour le lendemain matin.

7 mai – L’équipe de campagne qu’il avait constituée pour les législatives se retrouve au Palais Rohan. Il n’y aura pas de combat. Avant la réunion des adjoints, le fidèle Hugues Martin tonne dans les couloirs de la mairie. Il n’était pas au courant et ne comprend pas cette décision. C’est un Alain Juppé ému, selon les témoins, qui annonce la nouvelle à son équipe. Tout ce petit monde est étourdi. Il n’en laissera rien paraître lors du point presse pour présenter Nicolas Florian qui croisera le fer avec Michèle Delaunay. L’après-midi le bureau politique de l’UMP est homérique. Une vive altercation a lieu entre Alain Juppé et Jacques Valade, qui se fait le porte-voix de ceux qui ne comprennent pas la décision. Une partie de son camp reste étourdie.
Semaine du 7 au 13 mai
En Gironde, les spéculations vont bon train pour savoir qui de Vincent Feltesse ou d’Alain Rousset décrochera un ministère. Le nom de Michèle Delaunay circule, sa cote est extrêmement faible. Quelque 300 noms circulent pour constituter le gouvernement.
16 mai – Jusqu’en début de semaine Feltesse et Rousset étaient qualifiés. Dans l’équipe Delaunay on plaisante : « Le premier ministre a appelé ? » La blague circule d’autant plus que personne n’y croit. Alors que la France entière attend la liste des nominés, Michèle Delaunay a fermé son portable. Elle travaille avec sa collaboratrice bordelaise. À 17 heures, quand le téléphone fixe de l’attachée parlementaire retentit à Bordeaux, surprise : « Allo, ici Jean-Marc Ayrault, pourrais-je parler à Michèle ? » Le choc est tel que la collaboratrice raccroche au nez du Premier ministre. Panique à bord. La bourde va-t-elle lui coûter le poste ? Elle est bien sûr sommée de rappeler mais la ligne de Jean-Marc Ayrault est occupée. Il y a de l’électricité dans l’air quand Michèle Delaunay parvient enfin à joindre Jean-Marc Ayrault. Ce qui délivre la malheureuse collaboratrice de son angoisse.
16 mai au soir – Vincent Feltesse avouera avoir été flatté d’avoir vu son nom circuler dans les ministrables. On se doute du brin de déception. Le président de la CUB ne cède pas à l’abattement. La fenêtre de tir est étroite, il fait feu, décroche son téléphone et propose à Michèle Delaunay de devenir son suppléant sur la 2e.
Lors du dîner de la journée des maires à la Foire expo, Alain Rousset s’efforce de faire bonne figure. L’initiative de Vincent Feltesse lui porte le coup de grâce. « Il a compris que le vent avait tourné et que c’est désormais la nouvelle génération qui prend place dans la conduite des affaires socialistes à Bordeaux et dans l’agglo », glisse un élu PS. Le même considère que Feltesse « va devenir le leader naturel et Freygefond (premier fédéral) devrait aussi s’y résoudre ».
17 mai – Selon la version « officielle », Michèle Delaunay appelle le Premier ministre pour lui soumettre le nom de son futur suppléant. Il aurait accepté. D’autres témoins racontent que François Hollande a été informé. Le Président : « Ce serait une bonne idée. » Pas une décision en soi mais une petite incitation. L’affaire est entendue.
18 mai – Michèle Delaunay, Vincent Feltesse reçoivent la presse pour présenter leur attelage. Emmanuelle Ajon la suppléante « historique » est débarquée. Elle a du mal à cacher ses larmes lors du point presse. Souci pour le staff de campagne les affiches et prospectus sont à jeter. La suppléante déchue y figure. Bilan : le PS met un pied à Bordeaux pas que pour y faire de la figuration

21 mai – Alain Juppé, reçoit « Sud Ouest » et s’exprime. Il dénonce « une entourloupe politique » et explique ne rien regretter de ses choix. Un Alain Juppé tout à fait détendu, qui se montrera davantage guerrier avec ses troupes.
24 mai – Vincent Feltesse convoque un point presse pour expliquer que le fonctionnement de la CUB, ne sera pas impacté par le contexte électoral. Et annonce… une annonce pour ce samedi. Il s’agissait du deuxième étage de la stratégie d’implantation à Bordeaux. En cas de victoire aux législatives il abandonnera son fauteuil de maire de Blanquefort. 

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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