Enquête – Rachida Dati : Incontrôlable et prête à tout

Nouvel Obs 05/06/2012

 UMP : pourquoi Rachida Dati leur fait peur

 Emblème de la sarkozie, elle a perdu sa bataille contre Fillon à Paris… Mais celle qui connaît plus d’un secret du quinquennat n’hésitera pas à frapper là où ça fait mal.
La scène se passe à l’Elysée et elle dit de quoi Rachida Dati est capable. En ce jour d’hiver 2010, elle est reçue par Nicolas Sarkozy. Depuis des mois, l’ancienne ministre de la Justice n’est plus en odeur de sainteté au « Château ». Malgré les réconciliations de façade, le président continue de la croire responsable des rumeurs d’infidélité qui ont couru sur son couple au printemps précédent. Il la tient depuis à bonne distance. Dati en a assez de cet ostracisme. Elle est mise au ban de la majorité. Il faut que cela cesse. Alors elle a décidé de lui parler, les yeux dans les yeux.
La voilà donc qui explique au chef de l’Etat que, dans le plus grand secret, elle a demandé à son avocat, Me Olivier Metzner (qui est aussi celui de Dominique de Villepin !), de rédiger une plainte. C’est de la dynamite. Prenant prétexte de la publication du livre “Carla et les Ambitieux”, des journalistes Michaël Darmon et Yves Derai (1), dont elle estime plusieurs passages diffamatoires, elle fait valoir qu’un juge, s’il venait à être saisi, devrait entendre des témoins. Des policiers, puisque Bernard Squarcini a admis avoir lancé une enquête sur l’origine des rumeurs, mais aussi et pourquoi pas ceux qui lui en ont donné l’ordre ou l’ont sollicitée. Sont évoqués Jean-Paul Faugère, le directeur de cabinet du Premier ministre, François Fillon lui-même, mais aussi Carla Bruni en personne… Sarkozy est fou de rage. Il hurle. Dati claque la porte. Dévale-t-elle le grand escalier de l’Elysée, comme l’affirment des témoins, alors que le président s’époumone à l’étage, penché sur la rampe ?
Claude Guéant, qui a assisté à la scène, confirme l’épisode au « Nouvel Observateur », avec son sens bien particulier de l’understatement : « En fait, Rachida n’est pas sortie plus loin que le petit salon vert, attenant au bureau du chef de l’Etat, avant de revenir pour poursuivre l’échange. Oui je sais qu’une plainte a été envisagée. Mais je sais aussi qu’elle n’a pas été déposée… »
Incontrôlable et prête à tout
Chantage ? Assurance-vie ? Simple précaution pour s’épargner de nouveaux ennuis ? La méthode, en tout cas, est hallucinante. Et bien dans la manière de la « bombe » Dati. Incontrôlable et prête à tout.

Emblème de la sarkozie au début du quinquennat, puis éloignée à Strasbourg après ses déboires à la Chancellerie, elle est revenue dans le jeu à la faveur de la campagne présidentielle, faisant grincer des dents tous ceux qui l’avaient trop vite enterrée au rayon des accessoires défraîchis. Pendant des mois, elle a défié le Premier ministre, coupable de vouloir lui chiper la circonscription qu’elle convoitait. Mais au terme de cette guérilla d’une violence insensée, elle a fini par jeter l’éponge. Au nom de l’intérêt du parti, comme elle l’assure ? Ses ennemis n’en sont pas convaincus. Ils savent qu’elle n’a jamais dit son dernier mot et sont certains qu’elle a plus d’une manigance dans son sac.

Longtemps, rongeant son frein, elle s’est cantonnée à son rôle d’élue locale – maire du 7e arrondissement de Paris depuis 2008 et parlementaire européenne depuis 2009.
Strasbourg, Bruxelles, Paris : bien moins palpitant que les voyages du début du mandat, le bateau de Wolfeboro, la Maison-Blanche en robe de soie ivoire, le Maroc où elle était reçue en princesse. Mais elle a un but politique, pour revenir plus près des feux de la rampe. Se faire élire en 2012 députée dans la 2e circonscription de Paris, qui contient son fief du 7e. Nicolas Sarkozy, dit-elle, la lui a promise. Claude Guéant confirme que « la perspective avait clairement et sérieusement été envisagée ». La voie paraît libre, la députée sortante, Martine Aurillac, ne se représentant pas. Il n’aurait pas dû y avoir d’anicroche. 

Grâce, disgrâce, Rachida Dati connaît. Sa cote a fluctué au gré des cahots sentimentaux de Nicolas Sarkozy, des départs successifs de Cécilia Sarkozy puis de l’arrivée de Carla Bruni. Elle a essuyé les coups bas de « la Firme », la garde rapprochée du président, Brice Hortefeux, Frédéric Lefebvre ou du vibrionnant Pierre Charon. Elle a connu la détestation du monde judiciaire. Et éprouvé le regard condescendant du gotha politique.

Son prédécesseur à la Chancellerie, le si policé Pascal Clément, en est aujourd’hui encore la parfaite incarnation. « Que Rachida Dati soit ainsi sortie des quartiers sensibles de Chalon, c’est admirable, j’en conviens volontiers. Elle va même paraît-il à la messe, ce qui est pittoresque car on me dit qu’elle est musulmane. Ensuite, elle est devenue une star people. Au ministère, elle faisait un peu honte. Son côté mannequin agaçait légitimement les magistrats. »
Son bilan ? « Une réforme de la carte judiciaire menée à la hache et qui n’a pu se faire que par la volonté du président. Des lois cosmétiques, pour lesquelles on n’a pas inventé l’eau chaude. Quant à l’Assemblée nationale, où elle a été fort désagréable avec les parlementaires, je ne suis pas sûr qu’elle ait vraiment su à quoi servait un député. »
La mise à mort est publique, ce 7 janvier 2009
Après sa surexposition sur papier glacé, c’est la fronde des milieux judiciaires qui a donné le coup de grâce à ses ambitions ministérielles. La mise à mort est publique, ce 7 janvier 2009, le jour même de sa sortie de la clinique où cinq jours plus tôt elle a accouché par césarienne de Zohra, l’enfant dont tout le monde cherche à savoir qui est le père. Dati doit, sur ordre présidentiel, participer au conseil des ministres et à l’audience solennelle de la Cour de cassation, où, sans même lui avoir demandé son avis, le chef de l’Etat annonce la suppression des juges d’instruction.
Sous le maquillage, elle est à bout de forces, et son ventre la fait souffrir le martyre. Le soir, au téléphone, elle sanglote. Elle sait que son départ n’est plus qu’une question de mois. « Hormis le mariage, Sarkozy lui aura tout donné ! » se gausse Pascal Clément. Y compris un cadeau de rupture : son siège à Strasbourg. « C’était son solde de tout compte », ironise un ancien ministre. Mais l’Europe, elle n’en voulait pas et a supplié son mentor de ne pas l’y envoyer, alors qu’elle élève seule sa fille. Sarkozy, revêche : « Il y a une crèche à Strasbourg, non ? » Dati n’a rien oublié.

 

Anne Méaux, présidente de l’influente agence de communication Image Sept, dit de son amie Rachida qu’elle est « un chat ». Parce que, comme lui, elle retombe sur ses pattes, a plusieurs vies et sait utiliser ses griffes ? On connaît bien sa première vie, celle de la méritante Rachida de Chalon-sur-Saône. Elle l’a d’ailleurs racontée elle-même l’an dernier dans un livre : « Fille de M’Barek et de Fatim-Zohra, ministre de la Justice » (2). On sait son culot monstre, son art consommé d’ouvrir les portes les plus verrouillées de la bonne société parisienne, jusqu’à la rencontre fondatrice avec celui qui l’a faite reine, Nicolas Sarkozy. Pour le meilleur ? Souvent pour le pire…
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1)Editions du moment, septembre 2010, 16,50 euros.
(2) Editions XO, mai 2011,19,90 euros.

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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