Assemblée Nationale – Députés : L’évasion du matériel informatique est directement planifiée par la questure – Pas touche au sous de mes élus

Sud-Ouest  03/06/2012 Par Yann Saint-Sernin

Frais des députés : à la fin du mandat, les ordinateurs, c’est cadeau

Pour s’équiper en informatique, en plus du matériel mis à leur disposition, les députés perçoivent déjà une solide indemnité de 15 000 euros pour le mandat
Il n’est pas rare, lorsqu’une nouvelle équipe arrive au pouvoir, qu’elle trouve armoires et bureaux vidés par l’ancienne. Dans l’histoire politique, l’état dans lequel le staff du jeune Jean-Noël Guérini avait laissé à son successeur une mairie d’arrondissement de Marseille fait figure de légende ! L’Assemblée nationale est plus policée. Et mieux organisée. L’évasion du matériel informatique est directement planifiée par la questure, comme en témoigne le courrier que nous nous sommes procuré.
Pour les « besoins en circonscription », le questeur, le député UMP Philippe Briand, informe les députés qu’ils peuvent emporter les équipements informatiques mis à leur disposition par l’Assemblée. De quoi s’agit-il ? Dans le bureau de chaque député, l’Assemblée met à disposition deux ordinateurs et deux imprimantes multifonction. Vieux de cinq ans, ceux-ci doivent être remplacés à la fin de la législature. Dans son courrier, Philippe Briand ne semble pas douter de la qualité de la petite faveur, certes symbolique, qu’il octroie aux parlementaires : « Nous sommes convaincus que ces équipements trouveront leur utilité dans votre organisation, même si, datant de plus de cinq ans, ils ne sont plus garantis et devront être maintenus par vos soins », croit bon de préciser le questeur. Avant d’inviter les élus à « prendre rendez-vous pour le débranchement, ainsi que pour le transport jusqu’à un véhicule situé à proximité de l’Assemblée nationale ». Autant dire qu’on s’occupe de tout.
« C’est simple, en partant, ils embarquent les ordinateurs. Et ils fonctionnent très bien, je peux vous dire que certains n’ont jamais servi. À la place, on aurait pu les donner à une association, pour de l’argent public, ça aurait quand même fait moins tache », s’énerve un assistant parlementaire.
D’autant que pour s’équiper en informatique, en plus du matériel mis à leur disposition, les députés perçoivent déjà une solide indemnité : 15 000 euros pour le mandat !
Joint par téléphone, le président du Syndicat des assistants parlementaires, Jean-François Cassant, ne décolère pas. « C’est incroyable ! L’Assemblée nationale commande de l’informatique par camions entiers en dépensant tout le budget en matériel qui finit dans les mains des élus mais sans jamais se préoccuper d’une quelconque adéquation avec nos besoins. Parce que nous, ça fait des années que nous réclamons un logiciel spécifique pour le travail parlementaire et personne ne nous répond. On va encore avoir de beaux ordinateurs, mais on va gérer les amendements sur Word », s’agace le syndicaliste.
Sollicité, Philippe Briand n’a pas donné suite. Un autre assistant parlementaire relativise : « Ils ont toujours la possibilité de donner eux-mêmes ce matériel. Je conseille aux associations de se manifester ! » 

 Pas touche aux sous de mes élus

Les cumulards peuvent redistribuer une partie de leur indemnité à des élus. Difficile à réformer !
Publié le 03/06/2012

L’amendement de René Dosière a finalement été retoqué par le Sénat. (AFP JACQUES DEMARTHON)
 Qu’est-ce qui, en 2009, a permis au sénateur président du Conseil général de Gironde Philippe Madrelle d’octroyer par exemple 250 euros par mois aux conseillers généraux Mathieu Rouveyre et Jacques Maugein sur sa propre enveloppe parlementaire ? Une subtilité du Code des collectivités nommée « écrêtement ». Elle interdit aux cumulards de percevoir plus de 1,5 fois le montant de l’indemnité parlementaire. Mais, au lieu de les obliger à rendre le trop-perçu à la trésorerie du Parlement, elle les autorise à le verser aux élus de leur choix, après délibération !
Une pratique qui évite difficilement le soupçon de clientélisme. C’est à ce titre que le député apparenté PS et chantre de la moralisation de la vie politique, René Dosière, a tenté de supprimer cette pratique en octobre 2011. Sentant que sa mesure ne serait pas populaire, il a fait passer un amendement par surprise au sein d’une loi concernant la Polynésie, sans presque avertir son groupe parlementaire. Et malgré l’opposition du rapporteur de la loi et du gouvernement, l’amendement est passé, presque comme une lettre à la poste.
Sauf que le coup de l’impayable Dosière lui a attiré les foudres de la droite comme de la gauche. Et quelques jours après, le Sénat remettait les choses en place en annulant l’amendement. Ouf !
De là à dire que cette petite aventure a coûté à René Dosière l’investiture que le PS se refuse obstinément à lui accorder, il n’y a qu’un pas. « Je crois que ça a joué. Ici, on n’oublie pas ce genre de chose », note un habitué de l’hémicycle. 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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