Deux autorités morales planétaires – Stéphane Hessel et le dalaï-lama : rencontre remarquable

Nouvel Obs 08 juin 2012 par Ursula Gauthier
Correspondante permanente de l’Obs à Pékin
 Un dialogue extraordinaire entre deux autorités morales planétaires : « Déclarons la paix ! Pour un progrès de l’esprit humain » paraît aux Editions Indigène.
Stéphane Hessel et le dalaï-lama ont beaucoup en commun : deux autorités morales planétaires, ils se sont forgés l’un et l’autre dans la résistance contre la dictature, sans rien céder de leur attachement aux valeurs humanistes. L’ancien diplomate adhère sans réserve au combat non-violent mené depuis des décennies par le chef spirituel tibétain. Mais là s’arrêtent les convergences : athée, voire laïcard, Hessel ne partage pas la « dalaï-mania » du public – convertis bouddhistes ou simples fans – qui se presse par milliers aux conférences du célèbre moine au bras dénudé.
 « Quand nous lui avons proposé l’idée de ce débat, Stéphane a d’abord réagi avec une certaine réserve », racontent en souriant Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou. Les éditeurs de son best seller « Indignez-vous ! » sont pourtant persuadés que ce dialogue est « la véritable suite » du célébrissime opuscule de 34 pages.
 Passionnés de cultures premières, fins connaisseurs de la culture tibétaine, ils ont raconté dans un livre la fascinante aventure entreprise par des équipes ultra-pointues – conjoignant neuroscientifiques et moines tibétains – pour comprendre l’esprit humain. « Très ouvert et curieux, Hessel a été captivé en découvrant tout ce pan du bouddhisme qui n’a plus rien de religieux. » De son côté, le dalaï-lama aborde avec admiration l’œuvre du « grand sage », de vingt ans son aîné. Il en lit la droiture et la sérénité, conformément aux règles du lien corps-esprit, dans le fait qu’« à 94 ans, il marche sans canne »... La rencontre, lors d’une conférence commune à Toulouse l’été dernier, sera « magnétique ».

 Le pontife, « qui a une présence corporelle très enveloppante », réussit à sortir l’Occidental de la défensive. Les deux hommes vont dialoguer à cœur ouvert, se tenant par les mains, s’abîmant front contre front.
 Le fruit de cette rencontre est un passionnant petit opus de 46 pages. Pour Hessel, les deux défis majeurs de notre temps – le fossé qui s’élargit entre riches et pauvres d’une part et la survie de la planète de l’autre – appellent une action non-violente. Mais comment éviter la dérive violente des mouvements de protestation ? Comment échapper à la colère ? Comment « se débarrasser de la haine », « garder l’esprit en paix », s’inquiète Hessel.
 A cette question sur le nécessaire « progrès de l’esprit » – à distinguer du simple progrès scientifique – le dalaï-lama propose une réponse tirée des pratiques immémoriales du bouddhisme, mais débarrassée de leur coloration religieuse. La méditation, explique-t-il, nous permet d’observer notre fonctionnement mental. Les recherches montrent qu’il est possible, à partir de cette « carte de l’esprit », de cultiver des qualités d’ouverture et de compassion. « On peut changer de tempérament » affirme-t-il, à condition que l’éducation intègre « des valeurs universelles d’éthique séculière ».

 Quand Hessel s’interroge sur la création d’une « démocratie spirituelle », le moine trouve des réponses pratiques : abolir le droit de véto qui pervertit le fonctionnement de l’ONU, créer un comité des sages pour représenter « les peuples » auprès du secrétaire général. Voilà des missions qu’il confierait volontiers à cet aîné dont l’expérience l’enthousiasme. Les deux hommes sont convenus de se revoir pour lancer un appel public à la réforme de l’ONU.
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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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