France – Discours de politique générale : le style du premier ministre

LE MONDE | 03.07.2012

Se concerter avant de trancher, le style Ayrault

Par David Revault d’Allonnes
Un discours à son image ? « Il ne peut pas y avoir de surprises dans le contenu, car cette déclaration, c’est la concrétisation de la manière de mettre en œuvre la politique du président », affirmait, mardi matin 3 juillet, un conseiller du chef de l’Etat. Une sorte de discours de la méthode Ayrault, marquée par « le thème du sérieux, de la responsabilité et de la conscience », mais avant tout dédiée à l’application pratique du hollandisme programmatique.
François Hollande et Jean-Marc Ayrault, le premier ministre, le 26 juin sur le perron de l’Elysée. | REUTERS/PHILIPPE WOJAZER
Lire aussi : Le discours de la méthode, selon Jean-Marc Ayrault
Le premier ministre a planché une quinzaine de jours, avec son équipe, sur sa déclaration de politique générale. Les ministres, par écrit, ont tous proposé des éléments au chef du gouvernement, qui y a travaillé tout le week-end avec son équipe, avant de transmettre une version relativement aboutie, dimanche soir, au président.
A l’Elysée, soucieux de se démarquer de la pratique de la présidence précédente et de mettre en avant un « retour au fonctionnement normal des institutions », l’on se défendait de tout interventionnisme : « C’est la déclaration de politique générale du premier ministre. Il faut quand même que le président en soit informé, mais c’est lui qui engage sa responsabilité devant l’Assemblée. »
IMAGE DE « SÉRIEUX »
Dans cet Hémicycle où l’ancien patron des députés PS a, pendant de longues années, mené la charge contre les gouvernements de droite successifs, avec davantage de sérieux dans l’argumentation que de flamboyance oratoire, M. Ayrault devait s’installer dans un nouveau rôle : celui de chef de la majorité, tant face à l’opposition qu’à ses camarades et à ses alliés. Il devait jouer, là aussi, un moment important dans la fixation du rapport institutionnel avec le chef de l’Etat.
« Lorsque Pompidou nomme Chaban et que celui-ci fait sa déclaration de politique générale sur la nouvelle société, c’est le début de la fin. Parce que le président considère que c’est un acte de défiance », rappelait-on à l’Elysée. De ce point de vue, avec Jean-Marc Ayrault, « zéro risque ».
Le premier ministre serait-il au fond, malgré les dénégations de l’Elysée, un exécutant des choix présidentiels ? Avec cette image de « sérieux », qui devait constituer la marque de cette déclaration de politique générale, et l’extrême modération qui le caractérise, l’ancien député de la Loire-Atlantique et maire de Nantes représente le casting parfait pour mettre en œuvre et en scène la « simplicité » que le président a voulu conférer à son équipe.
« IL N’Y A PAS BESOIN DE RÉGLAGE »
Entre ces deux-là, qui se téléphonent plusieurs fois par jour, la confiance règne. « Il est très complémentaire avec le président. C’est pour ça qu’il était sans doute premier ministre dans la tête de François Hollande depuis longtemps », note le ministre de l’intérieur, Manuel Valls.
Onze années passées à présider aux destinées de leurs camarades, l’un à la tête de la Rue de Solférino, l’autre à la présidence du groupe PS, ont installé entre les deux hommes des habitudes de travail. Un conseiller de l’Elysée en atteste : « Ils ne se cherchent pas, ils se sont trouvés depuis longtemps. Il y a une telle confiance entre eux deux qu’il n’y a pas besoin de réglage. » Avec, en commun, une même capacité : celle de durer. Et un goût prononcé pour le consensus.
Proche du chef du gouvernement, Olivier Faure, député de Seine-et-Marne et ancien secrétaire général du groupe PS à l’Assemblée, résume la méthode Ayrault : « Sur chaque grand projet, écouter, se concerter, négocier puis trancher. Il est de ce point de vue assez proche de la socialdémocratie du nord de l’Europe. »
REPOUSSER LES SUJETS QUI FÂCHENT
Le premier ministre, qui déjeune ou petit-déjeune, par petits groupes, avec ses conseillers, pratique volontiers le bilatéral avec ses ministres. « Il est dans la concertation, l’échange, la simplicité des relations », confirme la ministre des affaires sociales, Marisol Touraine, qui le trouve d’« accès assez facile ».
La ministre en atteste : « Il bosse, il n’est pas dans l’esbroufe. » Cela tombe bien : Jean-Marc Ayrault est là pour appliquer le projet présidentiel, et n’ira pas plus loin. De même qu’il ne devrait pas fournir d’emblée un luxe de détails en matière fiscale, budgétaire ou sociétale. Tant pour temporiser et repousser encore un peu les sujets qui fâchent que pour offrir le visage de la concertation.
« Après cinq années de virevoltes et de décisions unilatérales, c’est quelqu’un qui prend le temps de la réflexion avant l’action et qui ne change pas de cap tous les deux jours », commente Olivier Faure. Pour sa prestation devant les députés, bien sûr, le président devait l’écouter, selon un conseiller de l’Elysée. En toute confiance, et sans redouter de mauvaises surprises. « Avec Jean-Marc Ayrault, il n’y a pas de face cachée, pas de diable derrière le Bon Dieu, glisse un proche du premier ministre. Personne n’imagine qu’il souhaite être candidat dans dix ans à l’élection présidentielle. »
Lire aussi : Un discours de politique générale sur fond de rigueur budgétaire pour Ayrault
David Revault d’Allonnes

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