Schiste, alors !

Le Canard Enchaîné – 25 juillet 2012- Jean-Luc Porquet
On a bien tort de s’inquiéter. Voyez les Etats-Unis : ils ne s’inquiètent pas, eux ! Et comme on est toujours en retard sur les Etats-Unis… La nonne nouvelle, c’est que l’or noir, comme on dit, va continuer de couler à flots tout au long du siècle. Du coup, nous pourrons toujours nous offrir nos traditionnels embouteillages (409 km de bouchons cumulés samedi 21 ç midi, rien que sur les autoroutes) : ouf !
Car une nouvelle révolution est en cours : il y avait eu celle du gaz de schiste (shale gas), désormais c’est le tour des huiles de schiste (shale oil). Dans le Dakota, et aussi le Montana cher aux écrivains de plein air à la Jim Harrison, chaque jour surgissent des derricks de forage. On fore, on fore, les sous-sols regorgent tellement d’huile et de gaz de schiste que les Etats-Unis prévoient d’être autosuffisants en gaz d’ici à 2020, et aussi d’être beaucoup moins dépendants du pétrole à cette date, à laquelle ils pourront faire la nique à la terre entière (« Le Monde », 18/7).

Mais la pollution ? Les terribles dégâts environnementaux dont tout le monde parle ? L’huile de schiste en provoque, elle aussi ? Evidemment ! Et alors ? Alors rien. Les américains ne sont pas des poules mouillées. Ils n’ont pas interdit la fracturation hydraulique comme l’a fait le gouvernement Fillon. Ils fracturent un max. Et l’on n’imagine pas le nombre de gens que ça démange de fracturer à leur tour dans notre beau pays. Après tout, nous n’avons guère en France que 2 000 puits de forage, dont la moitié en Seine-et-Marne : on pourrait en ajouter des centaines de milliers. Pourquoi laisser dormir des trésors sous nos pieds ? Pour faire plaisir à José Bové ? Arrêtons donc de diaboliser la fracturation, n’arrêtent pas de répéter les patrons de Total et tous les pétroliers du même acabit. Après tout, Shell est bien en train de forer au large de la Guyane à 6 000 mètres de profondeur : ce n’est pas plus dangereux de faire pareil en Seine-et-Marne…
Mettez-vous à la place de Montebourg : notre ministre du Redressement productif cherche désespérément des relais de croissance ; il va devoir recaser tous ceux que Peugeot et consorts vont virer ; on lui promet qu’une révolution énergétique dort sous ses pieds ; et il devrait ne rien faire ?
Il vient de dire que le gouvernement allait « regarder » le dossier du gaz de schiste. La ministre Verte Batho a démenti aussi sec, évidemment, affirmant que jamais le gouvernement Ayrault ne reviendrait sur la fracturation. Mais, on l’a vu (« Le Canard », 25/4), les pétroliers ont plus d’un tour dans leur derrick : la loi interdit la fracturation, mais pas le forage. Déjà, une soixantaine de permis de recherches ont été accordés, et beaucoup plus sont en cours d’instruction. Ce n’est qu’un début. Il ne sera pas dit que seuls les américains ont le droit de dévaster leur territoire. Grâce au nucléaire, nous avons ( ??) l’indépendance électrique. Et si les forages nous donnaient plein d’essence à bon marché ?
On se remettrait à acheter des bagnoles ! Peugeot ouvrirait de nouvelles usines ! On construirait d’autres autoroutes ! Ca fait rêver…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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