Livre-enquête par Donatella Caprioglio, psychanalyste italienne « Au cœur des maisons » : avec elles, une partie de votre être le plus intime, le plus intériorisé…

Promenade entre quatre murs Par Mélina Gazsi

N’y a-t-il pas, en effet, un rapport évident entre la construction d’une maison et celle d’une identité ?

 

Quand vous aurez lu le livre de Donatella Caprioglio, vous n’ouvrirez ni ne fermerez plus la porte de votre maison de la même façon. Pas plus que vous ne l’habiterez comme avant. Et il est à parier que toutes les maisons que vous avez eues dans votre vie, à commencer par celle qui vous a vu naître, celles qui ont accompagné vos rêves de jeunesse ou encore vos vacances jusqu’à celles que vous avez construites, et toutes les autres, quittées, fuies ou abandonnées, referont surface dans votre mémoire. Et, avec elles, une partie de votre être le plus intime, le plus intériorisé.
Une maison, cela n’a pourtant l’air de rien, n’est-ce pas, semble dire la psychanalyste italienne comme pour mieux vous faire réagir ? Evidemment, elle, qui organise des séminaires pour les professionnels de la petite enfance à Bobigny et a créé en 1993 des lieux d’accueil pour les parents et les enfants – les Porta Verde d’abord, dans la région de Venise, puis au Vietnam, les Toits bleus dans les écoles maternelles et, récemment, les Cafés des parents en Italie -, sait bien que rien n’est plus révélateur qu’une maison.
Son livre-enquête, qu’elle consacre donc aux maisons, est, l’on s’en doute, à l’opposé des manuels et magazines d’architecture intérieure qui font florès et nous invitent à bâtir des décors presque parfaits comme des promesses répétées de plénitude.
La promenade intime de Donatella Caprioglio à travers nos demeures, qu’elles soient comme ceci ou comme cela, vides ou pleines, parfaites ou jamais achevées, tendres ou indifférentes, froides ou chaleureuses, nous entraîne en réalité vers les profondeurs des fondations de notre  » intérieur « .
N’y a-t-il pas, en effet, un rapport évident entre la construction d’une maison et celle d’une identité, questionne-t-elle ? Ne faut-il pas, là aussi, que le terrain soit solide, la situation propice ? La maison n’est-elle pas une notion archaïque ? Ne voit-on pas souvent les enfants se mettre sous une table, une chaise, un bureau et en faire pour un moment ou plusieurs heures leur refuge ? Pour la psychanalyste se profile déjà là le désir de sécurité, la quête de « sa » maison.
Mais « il existe autant de maisons que de manières différentes d’habiter l’espace », prévient-elle dans les premières lignes de son ouvrage. Son travail d’introspection, enrichi de nombreux témoignages, tente de nous éclairer sur notre manière de nous installer dans nos murs, sur l’identité des personnes qui les ont imaginés ou construits et les relations qu’entretiennent celles qui y vivent.
Comme si l’espace où nous habitons concentrait dans son foyer le premier regard symbolique de nos parents. « Ce regard détermine souvent les maisons futures de chacun d’entre nous et révèle pour certains un vrai malaise « habitatif », si le premier accueil a manqué de bienveillance, explique la psychanalyste. Certaines personnes réalisent toute leur vie des maisons qu’ils n’habiteront jamais ou si peu, ou des maisons dans lesquelles malgré tout ils ne se sentiront jamais bien. » Comme si se rejouaient à chaque fois le vide et la rage générée par le manque initial. « Quand j’ai fini de planter le dernier clou dans le mur, j’ai envie de m’en aller et de chercher une autre maison à remettre en état », confie Adreana à l’auteure.
La maison comme un eldorado ? L’une des manières d’habiter, parmi beaucoup d’autres explorées par Donatella Caprioglio. Car, fait rarissime, voire interdit dans le domaine psychanalytique, l’auteure part de sa propre expérience pour aller à l’universel. De toute évidence, si l’exercice est difficile, le résultat est là : un livre doux, tendre et enrichissant.
Mélina Gazsi (Le livre du jour)
« Au cœur des  » : Donatella Caprioglio Editions Fayard  278 p 18 e
LE MONDE | 19.07.2012

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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