Tours – Avec 70 % de revenus en moins depuis les travaux du tram, expulsée de son logement, une couturière vit, sans confort, sur son lieu de travail

La nouvelle République

Faute de moyens, elle dort dans son magasin

Tours.  Isabelle Douet, couturière, en est rendue à vivre dans son magasin avenue de Grammont.

Seul Aragon, son chien, est témoin des larmes qu’elle verse sur son inacceptable condition d’artisan pauvre. – (Photos NR, Patrice Deschamps)
Isabelle Couture, atelier de confection et de retouches. La petite boutique, au 222, avenue de Grammont, ressemble à d’autres commerces de ce type. Pas vraiment pompeux. Vitrines obturées par un rideau désuet aux motifs papillons. A droite de l’atelier, une table avec une machine à coudre et des bobines de fil multicolores à foison.
Sur les étagères qui grimpent assez haut dans le local d’environ 20 m2, sont entassées des centaines de coupons de tissus. Sur quelques casiers de fortune, Isabelle Douet, la couturière, a rangé des catalogues. Des revues avec des modèles pour ses clientes. Le problème est que ses clientes – « une majorité de personnes très âgées » concède-t-elle – ne fréquentent plus son échoppe depuis le début des travaux du tram.
 « L’accessibilité est trop compliquée pour ces personnes qui s’aident à la marche avec des cannes », explique-t-elle.
Positionnée sur une niche bien précise de la confection, la modeste affaire d’Isabelle, qui s’est installée en 2007, a complètement périclité. Pour preuve, son chiffre d’affaires. En chute libre. « J’ai perdu 70 % de mon chiffre d’affaires depuis le début des travaux », assure-t-elle. Aussi modeste que fût ce chiffre depuis son installation – 20.000 € à l’année – il permettait à la couturière de vivre, voire survivre.« Je me suis mise à mon compte après plusieurs licenciements, une création de Scop. J’ai fidélisé une petite clientèle. Je pouvais payer le loyer de mon local, 150 €, l’assurance des commerçants, 400 € au mois, et le loyer d’un appartement en face, dans la rue », détaille la couturière.
Aujourd’hui, lorsque le chiffre d’affaires dépasse les 500 €, c’est Byzance. Enfin, manière de parler. Car cette perte énorme de revenus ne permet plus à Isabelle de faire face. Faute de paiement, elle a été expulsée de son logement en octobre dernier. Sans logement social attribué, elle vit jour et nuit dans son petit atelier. Comment ? « Je me débrouille », répond-elle, essuyant subrepticement de grosses larmes qui jaillissent et roulent sur ses joues.
Un point d’eau pour se laver, un réchaud pour manger
Le soir, lorsqu’Isabelle Douet baisse le rideau de fer, elle déplie un lit de camp, se fait cuire un peu des pâtes sur un petit réchaud. La toilette ? Avec un gant, au lavabo au point d’eau installé dans le commerce. Les toilettes ? Celles dans le couloir de l’immeuble d’à côté. « J’ai passé l’âge de vivre comme ça alors que je travaille, non ? », interroge-t-elle. « Je bénéficie de 113 € de RSA. L’assistante sociale qui s’occupe de mon cas m’a dit qu’à Tours, on ne me logerait pas », poursuit-elle. A moins peut-être, lui a-t-on laissé entendre, qu’elle cesse son activité. « J’adore mon métier, je n’ai pas envie de me retrouver entre quatre murs, ce métier c’est mon seul lien social, je veux continuer », assure-t-elle, décidée.
repères
Seulement trois mois d’indemnisation
Et cerise sur le gâteau, en marge de cette spirale ascendante, Isabelle vient d’apprendre le 19 juillet dernier par un courrier émanant du Sitcat, qu’elle ne percevra une indemnisation pour son commerce que sur une période courant du 1er septembre au 30 novembre 2011, trois mois en fait. La commission d’indemnisation amiable a rejeté les périodes de décembre 2011 à mai 2012. Un rude coup pour la couturière, dont le commerce a totalement régressé à cause des travaux, comme les autres commerces tourangeaux qui ont souffert et souffrent encore de cette pourtant inéluctable réalisation de la première ligne de tram de la ville.
Patricia Lange 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Social, Travail, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.