Médiapart – Les carnets libres d’Edwy Plenel : Des faits qui appellent une réflexion collective

09 Août 2012 Par Edwy Plenel

 Mediapart-icipatif et lecteurs responsables

Mediapart a reçu une réquisition judiciaire inhabituelle : elle nous demande l’identification d’abonnés dont des commentaires sont visés par une plainte pour injures publiques. Nous ne connaissons pas l’auteur de cette plainte. Aussi disproportionnée qu’elle puisse paraître, cette demande est de droit, la loi nous faisant obligation d’y répondre. C’est l’occasion de rappeler que le libre espace public de débat que constituent Mediapart, son Journal et son Club, est placé sous la responsabilité de tous ceux qui s’y expriment.
En vertu d’une commission rogatoire délivrée à la PJ par Yves Madre, premier juge d’instruction au tribunal de Paris, la réquisition judiciaire récemment reçue par Mediapart s’inscrit dans le cadre d’une « information contre inconnu du chef de injures publiques et injures non publiques ». Elle vise des commentaires postés à la suite de deux articles du Journal et de deux billets du Club, mis en ligne fin septembre et début octobre 2011. Le contexte éditorial – des échanges polémiques entre abonnés – laisse supposer que la justice est mise en branle par une plainte avec constitution de partie civile émanant d’un lecteur de Mediapart.
Sont concernés huit commentaires (sur 550) postés par quatre abonnés dans le fil de l’article Affaire Takiedinne : la police piste des voyages de Sarkozy et Copé ; deux commentaires (sur 331) de deux abonnés de l’article Naufrage à l’Elysée ; trois commentaires (sur 273) de trois abonnés du billet Mediapart face à l’Elysée : c’était à « Mots Croisés » sur France 2 ; cinq commentaires (sur 24) d’un seul abonné à la suite du billet ASB, un mystère. À chaque fois, la justice nous demande l’identification de l’auteur et l’adresse IP utilisée.
En date du 25 février 2011, le décret d’application de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN) nous fait obligation, en tant qu’hébergeur de contenus dont nous ne sommes pas éditorialement responsables, de conserver pendant un an à compter du jour de leur création et, si elle le demande, de mettre à disposition de l’autorité judiciaire tous ces éléments d’identification. Après en avoir dûment prévenu les abonnés concernés, nous avons donc transmis à la justice les éléments en notre possession (nom d’inscription, adresse mail valide, adresse IP utilisée).
Tels sont les faits qui, maintenant, appellent une réflexion collective. On ne peut que regretter une telle mobilisation de moyens judiciaires pour arbitrer ce qui, au vu des commentaires concernés, relève d’échanges polémiques entre abonnés, lesquels échanges, aussi vigoureux soient-ils, ne nous ont pas été signalés et ne nous ont pas parus à l’époque comme contrevenant à notre Charte éditoriale. Reste que, au-delà de sa démesure, cette initiative nous rappelle qu’un journal en ligne participatif comme l’est Mediapart est un espace public dans lequel chacun d’entre nous est responsable de ce qu’il dit et qu’en conséquence, il doit pouvoir, en cas de conflit ou de litige, assumer ses écrits.
C’est évidemment le cas dans le Journal dont les rédacteurs sont comptables de leurs articles, sous la responsabilité juridique du directeur de publication. Mais c’est aussi le cas dans les blogs du Club et dans tous les fils de commentaires pour les contenus mis en ligne par nos abonnés dont ils sont les premiers responsables : la responsabilité de Mediapart ne peut être engagée qu’indirectement, en cas d’inaction après que nous ait été transmise une demande formelle alertant de la présence d’un contenu illicite sur un espace de contribution personnelle
C’est ce que précise explicitement, en son point 4, la Charte de participation à Mediapart, Charte éditoriale que, lors de leur abonnement, nos lecteurs s’engagent à respecter : « 4. Votre responsabilité : Le fait de vous accorder un espace de libre expression ne présume en aucune façon l’adhésion de Mediapart aux contenus que vous y publiez. Vous êtes seul et entièrement responsable de tous propos et Contenus que vous publiez via votre compte, tant à notre égard qu’à l’égard des tiers, et vous vous engagez à nous garantir et nous relever indemne de toute conséquence de votre utilisation de nos services. »

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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