Témoignage Travailleuse saisonnière : A plus de 50 ans, je gagne 5 à 7 euros par jour en enchaînant les emplois saisonniers

Nouvel Obs 14/08/2012 Par Hélène Tuheil Travailleuse saisonnière

LE PLUS. Les jobs saisonniers, réservés aux étudiants ? Les jeunes qui travaillent l’été pour se faire de l’argent de poche sont loin d’être les seuls sur le marché.

Symptôme d’une précarité grandissante, les chômeurs et retraités sont de plus en plus nombreux à vivre uniquement de ces emplois temporaires, comme Hélène Tuheil, qui se prépare pour les vendanges.
J’ai commencé les vendanges alors que j’avais 13 ans. Aujourd’hui la cinquantaine passée et malgré la fatigue, je les attends toujours avec impatience, pour des raisons financières, cette fois. Et je suis loin d’être la seule à compter sur ce travail saisonnier pour me permettre de joindre les deux bouts. Parmi les personnes qui travaillent avec moi dans les vignes, il y a bien sûr des étudiants, mais ils ne sont pas majoritaires. Nous sommes plus de la moitié à être des chômeurs ou retraités vivant dans des situations précaires.
 Mon quotidien a basculé du jour au lendemain lorsque j’ai perdu ma fille et me suis séparée de mon mari médecin. Je gérais son cabinet sans être déclarée, comme c’est souvent le cas dans ce genre de situation. Moi qui avais alors un train de vie plutôt aisé, je me suis retrouvée sans rien ni personne avec, en plus, une grande inquiétude quant à mon avenir, puisque je peux tirer un trait sur ma retraite.
 J’enchaîne les petits boulots saisonniers
 Je suis devenue auto-entrepreneur dans l’immobilier, mais la crise a tellement plombé le marché que j’ai dû tout abandonner. Avec un chiffre d’affaires de seulement 800 euros en trois mois, il n’était plus possible de continuer. C’est alors que j’ai commencé à enchaîner les petits boulots en plus des vendanges pour m’assurer une rentrée d’argent et réussir à vivre convenablement.
 J’ai fait du travail à la chaîne, gardé les animaux de personnes parties en vacances, vendu des légumes sur les marchés, ou encore du poisson. Je me suis occupée pendant trois ans de la propriété d’un couple parti faire le tour du monde, où j’étais chargée d’entretenir les vignes. Et je me suis récemment lancée dans l’élevage et la vente d’oiseaux, mais mes revenus restent aléatoires, car il faut trouver des clients.
 Je voulais lancer mon propre commerce sur les marchés, mais tous ceux qui ont essayé se sont cassé la figure. Il ne faut pas vendre de choses superflues car chez nous, les gens n’achètent plus que l’essentiel. La crise se ressent partout. Des personnes qui galèrent, qui vivent avec très peu d’argent, j’en connais des tas. Certains vont même de propriété en propriété pour les récoltes et n’hésitent pas à dormir dans leur voiture pour ne pas avoir à payer de logement.
 Je vis avec 5 à 7 euros par jour
 Aujourd’hui, je me rends compte à quel point vivre seule est devenu un luxe que tout le monde ne peut pas se permettre. Je vis avec 5 à 7 euros par jour, ne sors quasiment plus et ne prends pas de vacances. Quand je n’ai plus rien, je vends mes affaires sur internet, même pour 20 euros, c’est toujours ça de pris.
 J’aimerais beaucoup trouver un emploi de caissière. Ne serait-ce que 20 heures par semaine pourraient m’assurer un revenu fixe et me permettraient de respirer. Mais à 50 ans, plus personne ne veut m’embaucher. Les employeurs favorisent les jeunes, ce qui est compréhensible et normal, il faut leur laisser la place à un moment donné.
 J’avais choisi, jusqu’à aujourd’hui, de ne pas m’inscrire à Pôle emploi. Je ne me suis jamais faite aidée, n’ai jamais rien demandé à personne, et le fait de profiter du système me dérange énormément. Mais j’ai pris mon courage à deux mains parce que je ne m’en sors pas.
 J’espère à présent que la situation va s’améliorer et je relativise, d’autres sont beaucoup plus à plaindre que moi. Si toutes ces galères m’ont bien appris une chose, c’est qu’il faut rester positif et croire en sa bonne étoile : les choses vont finir par s’arranger !

Une femme qui participe aux vendanges du Château Haut-Brion, à Bordeaux, en août 2011 (P.BERNARD/AFP).
 Propos recueillis par Rozenn  Le Carboulec 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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