Sarkozy les avait mis au placard, ils reviennent à la tête de l’Association des amis de Nicolas Sarkozy.

Le Canard Enchaîné – 29 août 2012 – Jean-Michel Thénard 
Sous couvert se réhabiliter l’ex, les recalés se cherchent un avenir.
« Gardez-moi de mes amis »… Sarkozy médite chaque jour l’adage prêté à Voltaire. Imagine-t-on son calvaire, tout l’été ? Carla lui a interdit le bain de mer au Cap Nègre car, cette année, elle ne voulait pas croiser des paparazzis. Et lui qui, depuis la défaite, veut se retirer de la vie politique, a dû contenir les assauts d’une bande de braillards qui veulent préparer son retour alors qu’il n’est pas encore parti. Il rêvait d’une traversée du désert, il n’a même pas une plage… de répit. Imagine-t-on son infortune ? Si Sarkozy ne rime pas avec nostalgie, dixit Nadine Morano, son été rime à coup sûr avec ennui et flatterie.

Hommage au grand homme
A l’origine de ces Amis de Sarkozy qui font tout pour compliquer la vie de l’ancien président et mettre à bas sa brillante tactique de reconquête – se faire oublier pour mieux revenir -, l’inénarrable Brice Hortefeux, autoproclamé « ami de toujours ». Sarkozy lui a confié trois portefeuilles ministériels et lui a repris chaque fois, mécontent de l’usage qu’il en faisait. Hortefeux s’est retrouvé sur la touche à un an de la présidentielle. Sans doute en a-t-il nourri un ressentiment caché, lui qui pensait obtenir en compensation un poste de directeur de campagne qui n’est jamais venu pour cause d’affaire Takieddine, affairiste à grande piscine antiboise, chez qui il aimait poser en compagnie de Jean-François Copé. Sarko battu, Hortefeux a aussitôt trouvé prétexte à exercer sa vengeance en créant l’Association des amis de Sarkozy et en en prenant la présidence. Au grand dam de l’Association nationale des amis de Nicolas Sarkozy, créé en 2004 par Nadia Bourhis, une militante de Bruges, en Gironde. Hortefeux lui a demandé de se faire hara-kiri, mais la dame ne se passera par la baïonnette que si Sarkozy le lui demande en personne. Drame.
Le plagiaire a appelé à ses côtés un autre banni de l’Elysée, Pierre Charon, ex-mentor de Carla, qui s’est paré du titre de vice-président. Le Charon est culotté, lui qui avait osé braver l’oukase présidentiel en se présentant aux sénatoriales de l’automne 2011 à Paris, précipitant ainsi la déroute de l’UMP dans la capitale.   
Troisième larron dans la conspiration, Christian Estrosi, dont Sarkozy avait décidé de se priver des talents de ministre dès novembre 2010, lui préférant à l’Industrie un traître, mais socialiste, Eric Besson. L’emploi d’un jet privé pour un aller-retour à Washington n’avait pas servi la cause du Niçois, et pas davantage ses multiples appartements de fonction. Estrosi s’est octroyé le titre de secrétaire général de l’association.
Enfin, à ces trois là s’est joint Alain Joyandet, éphémère secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, amené à démissionner du gouvernement Fillon après avoir utilisé un jet privé pour se rendre à la Martinique, où il devait participer à une conférence internationale pour la reconstruction d’Haïti. L’affaire a coûté 116 500 euros au contribuable et Joyandet a aggravé son cas en se faisant délivrer un permis de construire illégal pour l’agrandissement de sa maison de Grimaud (Var).C’est ce garçon délicat qui est aujourd’hui secrétaire général adjoint des Amis de Sarkozy. Et président l’association de financement qui va avec. Les adhérents peuvent être rassurés sur la gestion de leur cotisation (25 euros).

Avec des amis pareils, Sarkozy n’a pas besoin d’ennemis. La preuve, il n’en a plus. Toute l’UMP ce week-end, s’est déplacée à Nice pour rendre hommage au grand homme trop tôt disparu. On ne comptait que trois absents de marque : Rachida Dati qui ne supporte pas Hortefeux, Raffarin qui, comme le Parti communiste a abandonné le culte de la personnalité, et Fillon qui se prétend pilote automobile mais ne sait pas conduire un scooter. Il a même envoyé une photo de sa blessure de la jambe à Hortefeux pour qu’il n’imagine pas qu’il se cherchait une excuse. Car les prétendants à la présidence de l’UMP sont dans leurs petits souliers. Personne n’a osé mettre les pieds dans le plat et s’étonner de la bizarrerie de la situation. Il est quand même étrange que quatre anciens placardisés du quinquennat forment l’avant-garde des amis de Sarkozy.
Sarko lui, mesure le ridicule de cette amicale des virés du gouvernement qui le ringardise, le chiraquise, le transforme en nécessiteux de la cause mémorielle.

 

Jean-Michel Goudard, son publicitaire préféré, lui a tout de suite conseillé de mettre le holà à l’initiative. Mais Sarko a craqué. Dès qu’on prétend l’aimer de façon inconditionnelle, et effacer en trois mois toutes les critiques subies pendant cinq ans, il ne résiste pas. « Tu sais bien qu’Hortefeux n’a rien d’autre à faire », a-t-il confié à un de ses visiteurs du soir qui le pressait de sortir de ce mauvais pas. Sarko a du cœur. Et pas de réponse à la question : les has been sont-ils les mieux placés pour l’empêcher d’en devenir un ?
Copé rassemble
Devant les amis de Nicolas Sarkozy, Copé s’est fendu d’un discours qui se veut rassembleur. Il a souhaité que, malgré l’ouverture des hostilités pour la présidence de l’UMP, chacun soit « garant de l’unité« .
Après quoi, le député de Seine-et-Marne n’a pu s’empêcher de tacler son rival dans la course à la présidence de l’UMP. Sans jamais citer son nom, il affirme qu’il n’a pas les qualités d »homme d’Etat » de l’ex-président, à savoir le « refus de la prudence dans l’action publique« , la « prise de risques » et la volonté de « ne jamais lâcher ceux qui sont à vos côtés« …
La nullité dans l’unité … ou l’inverse !
Et, au cas où quelqu’un n’aurait pas compris, Copé, en descendant de scène, va trouver les journalistes présents et leur assène : « Vous avez lu l’interview de Fillon dans « Le Point » ? Comment peut-on dire des choses pareilles ? C’est vraiment un nul ! »

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